Chapitre 33 — Les c***, ça ose tout !

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Le matin suivant, le tabac avait retrouvé son rythme habituel.

Monsieur Louis était arrivé plus tôt que d’ordinaire. L’air grave. L’inspecteur Podium, lui, observait en silence, carnet en main, costume froissé et regard attentif.

— Alors, racontez-moi exactement, demanda-t-il.

Delphine ne dramatisait pas. Elle n’en rajoutait jamais.

— 3 h 33. Bruit métallique. Tentative de soulèvement du rideau avec un pied-de-biche. Deux individus. Casques de moto. Foulards sur le bas du visage. Agités. Pas organisés.

Elle parlait vite, mais précis.

— Vous avez vu leurs visages ? demanda Podium.

— Non. Totalement masqués. Mais leurs silhouettes…
Elle hésita une seconde.
— Ça m’a fait penser à de jeunes vendeurs de cigarettes de contrebande. Ceux qu’on croise parfois sur le Cours Lafayette. Même démarche nerveuse. Même façon de se parler.

Monsieur Louis leva les sourcils.

— Vous les aviez déjà vus ?

— Pas formellement. Mais le type de profil, oui. Je dirais début vingtaine. Minces. L’un plus grand que l’autre. Le grand semblait diriger, mais sans autorité naturelle. Ça criait beaucoup pour rien.

Podium nota.
— Accent ? Particularité vocale ?

Delphine réfléchit.

— Sud. Mais pas marqué. Et une voix légèrement rauque chez le plus petit. Peut-être un fumeur.

Un silence.

— Vous avez déclenché l’alarme ? demanda l’inspecteur.

— Non. J’ai allumé l’enseigne. Ça a suffi.

Monsieur Louis secoua la tête.

— Vous auriez pu vous faire attaquer.

Delphine haussa les épaules.

— Probablement.

Podium leva les yeux de son carnet.

— Ce mot revient souvent chez vous.

Un sourire discret passa sur le visage de Delphine.

— C’est un bon mot. Il laisse de la place aux erreurs.

L’inspecteur referma son carnet.

— On va faire patrouiller un peu plus le secteur. Si ce sont des petits vendeurs à la sauvette, ils ont peut-être tenté un coup facile. Mauvaise idée.

Il s’apprêtait à partir quand Delphine ajouta, presque négligemment :

— Inspecteur… ce n’était pas très professionnel. Trop bruyant. Trop visible. Comme s’ils voulaient tester quelque chose.

Podium se retourna.

— Tester quoi ?

Elle soutint son regard.

— Si quelqu’un était là.
Ou comment quelqu’un réagirait.

— S’ils s’imaginent que notre tabac fait de l’ombre à leur commerce, j’imagine qu’il suffit de leur faire peur pour ne plus entendre parler d’eux.


Le salon de Delphine était encore encombré de dossiers. Les feuilles formaient des îlots instables autour du canapé, et la lumière de fin d’après-midi dessinait des ombres longues sur le parquet.

Barbara venait à peine d’entrer qu’elle comprit au regard de Delphine que quelque chose avait changé.

— J’ai enfin une piste, dit Delphine, sans détour.

Sa voix n’était pas euphorique. Elle était tendue, précise, comme un fil prêt à céder.

Barbara posa son sac, inspira.

— Il y a une nouvelle victime.

Le silence se contracta.

— Où ?

— Le long de la voie ferrée, près de la gare de Solliès-Pont.

Solliès-Pont

Delphine blêmit à peine. Elle attendait la suite.

— Même mode opératoire. Sternotomie pratiquée de son vivant.
Barbara marqua une pause.
— C’était une infirmière de Font-Pré. Devenue libérale il y a deux ans.

Hôpital de Font-Pré
Toulon

Les mots tombèrent comme des pièces dans un mécanisme implacable.

— Donc il continue, murmura Delphine.
— Oui.

Delphine se leva, fit quelques pas.

— Ça doit finir. Maintenant. Toulon est en train de devenir le sujet de toutes les unes des journaux télévisés. On parle de “chirurgien fantôme”, de “tueur anatomiste”. C’est en train de nous échapper.

Barbara l’observait.

— Ta piste ?

Delphine prit un dossier sur la table.

— Les victimes ne sont pas reliées par leurs conflits. Ni par leurs erreurs. Ni par leurs dettes.
Elle leva les yeux.
— Elles sont reliées par un seul événement administratif commun. Un détail que personne n’a jugé utile de creuser.

Barbara allait répondre quand le monde explosa.

Un fracas sec, brutal.

La vitre du salon vola en éclats. Un choc violent, comme un pigeon suicidaire — sauf que cette fois, la fenêtre céda réellement. Les morceaux de verre retombèrent sur le parquet dans un tintement prolongé.

Les deux femmes restèrent figées une fraction de seconde.

Delphine s’approcha lentement. Au milieu des éclats reposait une pierre.

Elle la ramassa.

Un papier était scotché dessus.

Barbara sentit son estomac se contracter.

Delphine déplia le message.

Un seul mot.

“Salope.”

Aucune signature.
Mais un timing parfait.

Barbara murmura :

— Il sait.

Delphine releva la tête. Son regard avait changé. Plus aucune hésitation.

— Non.
Elle serra le papier entre ses doigts.
— Des cons!

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Chapitre 1 – L’Attente
Chapitre 2 – Le Retour à la Basse Ville
Chapitre 3 – Ce que dissimule le sol
Chapitre 4 – L’ombre ne meurt jamais
Chapitre 5 – Le feu de La Garde
Chapitre 6 – Trois types biens
Chapitre 7 – Déconstructions
Chapitre 8 — L’envers du décor
Chapitre 9 — Les eaux troubles de Saint-Mandrier
Chapitre 00 – La boutique et la rencontre
Chapitre 10 – Je m’occupe de tout
Chapitre 11 — Derrière le Sourire de Delphine
Chapitre 12 — L’épouse de M. Louis
Chapitre 13 — La chute de Mathieu
Chapitre 14 — Partie remise
Chapitre 15 — Le tambour
Chapitre 16 — Les ombres du matin
Chapitre 17 — De Font-Pré à Saint-Musse
Chapitre 18 — Les rubalises jaunes
Chapitre 19 — La rivière des Amoureux
Chapitre 20 — Échapper à la boue
Chapitre 21 — Les empreintes
Chapitre 22 — Elle rôde dans La Rode
Chapitre 23 — Aux genoux des égouts
Chapitre 24 — Macabre covoiturage
Chapitre 25 — Un bus c’est dur !
Chapitre 26 — Urgence à Saint-Musse
Chapitre 27 — Fuite hors sol
Chapitre 28 — Barbara balade
Chapitre 29 — Un caoua avec Barbara
Chapitre 30 — Barbaravatar
Chapitre 31 — Barbara spécial
Chapitre 32 — Probablement
Chapitre 33 — Les c***, ça ose tout !
Chapitre 34 — L’écoquartier
Chapitre 35 — La clochette
Chapitre 36 — Le téléphone

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