Votre feuilleton, offert par Titan-Informatique, Assistance aux particuliers et entreprises
Chapitre 1 – L’Attente
Chapitre 2 – Le Retour à la Basse Ville
Chapitre 3 – Ce que dissimule le sol
Chapitre 4 – L’ombre ne meurt jamais
Chapitre 5 – Le feu de La Garde
Chapitre 6 – Trois types biens
Chapitre 7 – Déconstructions
Chapitre 8 — L’envers du décor
Chapitre 9 — Les eaux troubles de Saint-Mandrier
Chapitre 00 – La boutique et la rencontre
Chapitre 10 – Je m’occupe de tout
Chapitre 11 — Derrière le Sourire de Delphine
Chapitre 12 — L’épouse de M. Louis
Chapitre 13 — La chute de Mathieu
Chapitre 14 — Partie remise
Chapitre 15 — Le tambour
Chapitre 16 — Les ombres du matin
Chapitre 17 — De Font-Pré à Saint-Musse
Chapitre 18 — Les rubalises jaunes
Chapitre 19 — La rivière des Amoureux
Chapitre 20 — Échapper à la boue
Chapitre 21 — Les empreintes
Chapitre 22 — Elle rôde dans La Rode
Chapitre 23 — Aux genoux des égouts
Chapitre 24 — Macabre covoiturage
Chapitre 25 — Un bus c’est dur !
Chapitre 26 — Urgence à Saint-Musse
Chapitre 27 — Fuite hors sol
Chapitre 28 — Barbara balade
Chapitre 29 — Un caoua avec Barbara
Chapitre 30 — Barbaravatar
Chapitre 31 — Barbara spécial
Chapitre 32 — Probablement
Chapitre 33 — Les c***, ça ose tout !
Chapitre 34 — L’écoquartier
Chapitre 35 — La clochette
Chapitre 36 — Le téléphone
Elle avait accepté parce qu’on lui avait présenté l’alternative sans fard : il y avait être complice de l’aveuglement, ou savoir. Oriol l’avait regardée avec cette franchise sèche qui ne laissait aucune place au lyrisme. « Tu prends le téléphone, tu le passes, on regarde, on le remet. Rien de plus. Rien de moins. » Elle avait hoché la tête. C’était une ligne qu’elle devait franchir.
Le soir venu, l’appartement de la place de l’Équerre paraissait plus ordinaire que jamais : l’ampoule douce, la tasse encore tiède sur la table basse. Mathieu déployait avec sa routine un voile d’innocence ; Delphine, elle, avait appris à l’épouser. Elle attendit. Elle surveilla ses gestes, nota le rythme des douches, le moment où il dépose sa montre, la façon dont il jette sa serviette.
Quand il entra dans la salle d’eau, la vapeur monta comme un silence. Elle se leva, sous l’œil de la lampe, prenant son souffle en petite monnaie. Chaque pas avait l’air de peser une tonne. Elle se pencha, saisit le téléphone posé sur la table basse — léger, tiède du contact récent — et le serra un instant contre sa poitrine pour sentir la réalité de son geste. Puis, sans bruit, elle glissa la porte, descendit l’escalier, sentit la ville qui l’avalait.
Le frigo dans l’entrée du rez-de-chaussée fut toujours le même piège muet. Elle le poussa, enfonça la main dans l’ouverture, puis s’engouffra dans le tunnel. L’odeur d’humidité, le goût du silence en suspend la suivirent jusqu’à la lueur d’un néon lointain. Elle connaissait le trajet maintenant — chaque mètre compté, comme une partition apprise — mais la sensation de transgresser la vie ordinaire lui donnait le vertige. Le téléphone contre sa paume vibra une fois, presque timide ; son cœur vibra avec lui.
Au bas du passage, Oriol attendait, simple silhouette sous la lumière froide. Il ne parla pas. Il prit l’appareil d’un geste sûr, l’examina comme un chirurgien inspecte un prélèvement, puis le glissa dans une poche intérieure. Le capitaine fit signe. Elle recula, le souffle court.
Ce qu’elle ne vit pas, et n’avait pas à voir, se passa derrière une porte blindée. Oriol confia l’appareil à deux hommes en blouse sombre — techniciens, opérateurs de l’ombre, les mains propres et rapides — qui ne posèrent aucune question. Ils travaillèrent sans théâtralité : extraction des données visibles, vérification des traces, sauvegarde. Puis, sans gesticuler, ils plaquèrent le contenu sur un téléphone identique — même coque, même tics d’usure, pour que l’œil ne discerne rien. Un dispositif de repérage discret fut intégré, non pas pour espionner à notre goût malsain, mais pour suivre les déplacements : une tache presque microscopique qui, si besoin, dirait où l’objet allait. Tout cela fut fait avec la froideur nécessaire à qui sait que l’inefficacité coûte des vies.
Quand Oriol lui rendit l’appareil, il lui murmura, sans indulgence : « Tu ne dois pas parler. Tu ne dois pas chercher à comprendre plus que ce que tu as vu. » Elle prit le téléphone ; il était exactement comme au départ — la même micro-rayure sur le coin, la même poussière sous l’écran. Elle redescendit par le tunnel, remit le frigo en place, réajusta la porte du palier pour qu’aucun soupçon ne subsiste. Le pouls lui battait encore dans la gorge.
De retour dans le salon, elle posa l’appareil sur la table basse, comme on repose une coupe vide. Mathieu sortit quelques minutes après, serviette jetée sur l’épaule, ignorant la tempête qui venait de passer sous ses pieds. Il s’installa, prit son verre, parla de menus riens. Delphine sourit ; sa voix était calme, presque trop douce. Elle sentait, au fond d’elle, que le mensonge qu’elle jouait n’était peut-être pas seulement pour lui, mais pour elle-même — une mise en scène d’un présent qui cherchait à tenir tête à un abîme.
Dans la nuit qui suivit, alors que la ville se refermait, Oriol envoyait ses rapports, murmurait des ordres et tirait les fils. Delphine resta éveillée, la main sur la table, le téléphone silencieux devant elle. L’objet à la fois leurre et preuve désormais. Elle savait que ce geste était irréversible : d’un simple mouvement, ils avaient le pouvoir de tout détruire, de tout effacer, ou bien de laisser la réalité s’imposer. Pour la première fois, elle prit conscience que son destin tenait entre ses mains, à travers un écran de verre et de métal, et celles d’hommes capables d’en décrypter les secrets.
Le lendemain, Oriol enclencha le suivi. Le téléphone cloné émettait désormais un signal d’une régularité mécanique, comme une pulsation cardiaque invisible. Sur l’écran de contrôle, un point bleu s’animait, traçant une ligne claire sur la carte.
Mathieu avait quitté Saint-Mandrier en voiture dès son arrivée à l’aube, comme un homme pressé par une mission qu’il ne pouvait reporter. Oriol, les mains jointes derrière le dos, observait ses déplacements en silence. La voiture traversa La Seyne, franchit le pont des Chantiers, puis prit la direction de l’autoroute. Destination : Marseille. Tout laissait penser qu’il avait un rendez-vous.
À chaque échange de route, Mathieu respectait les règles du conducteur attentif. Mais Oriol connaissait trop bien les méthodes pour ne pas remarquer les détours calculés : un arrêt prolongé à une station-service, un double demi-tour dans une zone industrielle, un ralentissement suspect à un rond-point. L’homme testait sa filature.
Le point bleu atteignit les boulevards de Marseille, serpentant dans le chaos de la circulation. Puis, soudain, une accélération, une plongée vers le huitième arrondissement. Oriol fronça les sourcils. Quelques minutes plus tard, le signal se fixa.
Devant ses yeux, les coordonnées s’ancraient sur un bâtiment lourdement protégé, aux grilles hautes, aux caméras omniprésentes : l’ambassade de Russie.
Le capitaine laissa échapper un souffle bref, presque un rire amer. « C’est terminé », dit-il, à personne en particulier.
Les tentatives pour reprendre le signal furent vaines. Le téléphone cessa d’émettre quelques instants après l’entrée de Mathieu. L’ambassade, sanctuaire diplomatique, avalait ses protégés avec l’immunité des pierres officielles. Oriol ne pouvait pas franchir cette frontière sans déclencher un incident international.
Il prit le volant, laissa Marseille derrière lui. La route jusqu’à Toulon fut avalée dans un silence tendu, seulement troublé par le ronflement du moteur et les pensées qui tournaient en boucle.
Quand il retrouva Delphine, l’air de la place de l’Équerre avait quelque chose d’irréel. Elle l’attendait, crispée, devinant à son visage qu’aucune bonne nouvelle ne viendrait. Oriol parla d’une voix sans détour :
— Mathieu a compris qu’il était suivi. Il s’est réfugié dans l’ambassade de Russie à Marseille. À partir de ce moment, il est hors de portée.
Il marqua une pause, la regardant droit dans les yeux.
— C’est officiel, Delphine. Mathieu est un traître. Il est en fuite.
Elle ne répondit pas tout de suite. La phrase se planta en elle comme une lame lente, découpant les derniers restes d’illusions. Elle baissa la tête, serra ses mains l’une contre l’autre. Dans sa poitrine, la colère et la douleur formaient une même brûlure, impossible à distinguer.
Oriol, d’un ton plus bas, ajouta :
— Ce n’est pas ta faute. Tu nous as donné la preuve qu’il nous fallait. À partir de maintenant, il n’est plus ton problème.
Mais Delphine savait qu’il se trompait. Mathieu resterait son problème aussi longtemps qu’elle entendrait encore sa voix dans ses souvenirs, aussi longtemps qu’elle verrait son visage lorsqu’elle fermait les yeux.
Soulagée et détruite à la fois, elle comprit qu’aucun retour à la normale n’était possible.
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Chapitre 1 – L’Attente
Chapitre 2 – Le Retour à la Basse Ville
Chapitre 3 – Ce que dissimule le sol
Chapitre 4 – L’ombre ne meurt jamais
Chapitre 5 – Le feu de La Garde
Chapitre 6 – Trois types biens
Chapitre 7 – Déconstructions
Chapitre 8 — L’envers du décor
Chapitre 9 — Les eaux troubles de Saint-Mandrier
Chapitre 00 – La boutique et la rencontre
Chapitre 10 – Je m’occupe de tout
Chapitre 11 — Derrière le Sourire de Delphine
Chapitre 12 — L’épouse de M. Louis
Chapitre 13 — La chute de Mathieu
Chapitre 14 — Partie remise
Chapitre 15 — Le tambour
Chapitre 16 — Les ombres du matin
Chapitre 17 — De Font-Pré à Saint-Musse
Chapitre 18 — Les rubalises jaunes
Chapitre 19 — La rivière des Amoureux
Chapitre 20 — Échapper à la boue
Chapitre 21 — Les empreintes
Chapitre 22 — Elle rôde dans La Rode
Chapitre 23 — Aux genoux des égouts
Chapitre 24 — Macabre covoiturage
Chapitre 25 — Un bus c’est dur !
Chapitre 26 — Urgence à Saint-Musse
Chapitre 27 — Fuite hors sol
Chapitre 28 — Barbara balade
Chapitre 29 — Un caoua avec Barbara
Chapitre 30 — Barbaravatar
Chapitre 31 — Barbara spécial
Chapitre 32 — Probablement
Chapitre 33 — Les c***, ça ose tout !
Chapitre 34 — L’écoquartier
Chapitre 35 — La clochette
Chapitre 36 — Le téléphone