Chapitre 12 — L’épouse de M. Louis

Votre feuilleton, offert par Titan-Informatique, Assistance aux particuliers et entreprises

Chapitre 1 – L’Attente
Chapitre 2 – Le Retour à la Basse Ville
Chapitre 3 – Ce que dissimule le sol
Chapitre 4 – L’ombre ne meurt jamais
Chapitre 5 – Le feu de La Garde
Chapitre 6 – Trois types biens
Chapitre 7 – Déconstructions
Chapitre 8 — L’envers du décor
Chapitre 9 — Les eaux troubles de Saint-Mandrier
Chapitre 00 – La boutique et la rencontre
Chapitre 10 – Je m’occupe de tout
Chapitre 11 — Derrière le Sourire de Delphine
Chapitre 12 — L’épouse de M. Louis
Chapitre 13 — La chute de Mathieu
Chapitre 14 — Partie remise
Chapitre 15 — Le tambour
Chapitre 16 — Les ombres du matin
Chapitre 17 — De Font-Pré à Saint-Musse
Chapitre 18 — Les rubalises jaunes
Chapitre 19 — La rivière des Amoureux
Chapitre 20 — Échapper à la boue
Chapitre 21 — Les empreintes
Chapitre 22 — Elle rôde dans La Rode
Chapitre 23 — Aux genoux des égouts
Chapitre 24 — Macabre covoiturage
Chapitre 25 — Un bus c’est dur !
Chapitre 26 — Urgence à Saint-Musse
Chapitre 27 — Fuite hors sol
Chapitre 28 — Barbara balade
Chapitre 29 — Un caoua avec Barbara
Chapitre 30 — Barbaravatar
Chapitre 31 — Barbara spécial
Chapitre 32 — Probablement
Chapitre 33 — Les c***, ça ose tout !
Chapitre 34 — L’écoquartier
Chapitre 35 — La clochette
Chapitre 36 — Le téléphone

Dans le tabac de M. Louis, qui donnait directement sur le cours Lafayette, cette artère animée où se croisaient chaque matin commerçants, militaires en uniforme et étudiants pressés, la vitrine offrait un spectacle contrasté : les étals de bonbons aux couleurs vives tranchaient avec la rigueur des paquets de cigarettes, soigneusement alignés.

Delphine entra par la porte arrière, posa son sac et enfila son tablier rouge. Monsieur Louis l’attendait déjà derrière le comptoir. Sa silhouette longiligne, presque sèche, tranchait avec le désordre organisé de la boutique. Toujours en blouse grise, il ressemblait davantage à un fonctionnaire des Postes qu’à un marchand de tabac.

— Vous êtes matinale, nota-t-il sans lever les yeux de son registre.

— Pas réussi à dormir, répondit Delphine.

Il ne chercha pas à en savoir plus. Chez lui, la curiosité était toujours mesurée, comme s’il respectait une frontière invisible entre la vie intime de ses employés et la rigueur quotidienne du commerce. À la place, il poussa vers elle un petit gobelet de café fumant.

— Buvez. Ça remet les idées en place.

Le silence qui suivit n’était pas pesant. Il faisait partie du lieu, au même titre que l’odeur mêlée de tabac froid, de papier journal et de café tiède. Dehors, un marchand de poissons installait déjà ses caisses sur le trottoir, et les cris des maraîchers se disputaient aux klaxons.

Delphine aimait ce contraste. Ici, derrière le comptoir, rien ne transparaissait des tensions qui hantaient ses nuits. Monsieur Louis incarnait une forme de stabilité rassurante. Il parlait peu, se contentant de gestes précis : vérifier les stocks, ranger les tickets de loto, recalibrer la caisse. À force, elle avait compris que son rôle dépassait celui d’un simple patron : il était le gardien discret de ce microcosme du cours Lafayette, un homme immobile autour duquel tout semblait tourner.

En essuyant machinalement le comptoir, il ajouta d’un ton neutre :
— Les gens changent, mais pas leurs habitudes. Ici, vous verrez, c’est toujours la même comédie.

Delphine hocha la tête sans répondre. Elle jouait ailleurs des rôles dangereux, mais ici, au tabac, elle pouvait presque croire à une normalité. Monsieur Louis n’avait aucun lien avec ce qui se tramait dans sa vie, et c’était précisément ce qui rendait cette boutique vitale : un refuge au cœur du tumulte.


Le commerce où Delphine avait fait ses premiers pas se trouvait à La Garde. C’était celui que Monsieur Louis dirigeait jadis avec son épouse, une enseigne réputée, presque incontournable dans le centre commercial du Grand Var. Tout bascula le jour où une sombre affaire vint tout menacer.

Sa femme, que beaucoup décrivaient comme vive et charmante, aimait s’occuper des clients. Mais derrière son sourire se cachait une dépendance plus sournoise : le jeu. Loto, cartes, machines à sous, elle ne savait pas s’arrêter. Petit à petit, ses pertes devinrent si lourdes qu’elle chercha à les compenser. C’est ainsi qu’elle se mit, en cachette de son mari, à vendre des produits « gris », des cigarettes d’importation douteuse qu’elle faisait entrer par l’intermédiaire de connaissances.

L’affaire ne tarda pas à mettre en péril la licence du tabac. Monsieur Louis n’apprit la vérité que trop tard : un contrôle avait révélé des écarts suspects, et il dut se battre pour sauver son commerce. La confiance entre eux, elle, ne survécut pas.

Peu après, sa femme disparut. Elle avait pris l’avion pour Macao, officiellement pour « voir du pays ». Mais les rumeurs, elles, parlaient de dettes de jeu abyssales et d’un dernier pari sur les tables des casinos géants. Depuis ce départ, plus personne ne l’avait revue.

Le tabac de La Garde, marqué par ce scandale étouffé, finit par fermer. Monsieur Louis déménagea alors sur Toulon, reprenant une autre enseigne sur le cours Lafayette. Plus sobre, plus rigoureux, il ne laissa jamais place au moindre écart. C’est là que Delphine travaillait désormais, sans que les clients devinent que son patron portait un tel passé.

Pour les habitants de La Garde, cette histoire restait un murmure persistant, une rumeur qui revenait parfois dans les conversations. On disait que sa femme n’était peut-être pas morte à Macao, qu’elle avait pu refaire surface ailleurs. D’autres, plus cruels, assuraient qu’elle avait volontairement abandonné mari et commerce, incapable de résister à son vice.

Monsieur Louis, lui, n’en parlait jamais. Il se contentait de servir ses clients, de tenir ses comptes, comme si le silence était sa seule façon de maintenir les ruines à distance. Et une seule fois, alors qu’il expliquait à Delphine comment vérifier les scellés de livraison, il lâcha d’une voix éteinte :

— Les femmes… ça peut faire disparaître un empire en une nuit.

Il s’était repris aussitôt, redevenu l’homme méthodique qui comptait ses stocks. Mais Delphine, attentive, avait noté le tremblement à peine perceptible dans ses mains.

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Chapitre 1 – L’Attente
Chapitre 2 – Le Retour à la Basse Ville
Chapitre 3 – Ce que dissimule le sol
Chapitre 4 – L’ombre ne meurt jamais
Chapitre 5 – Le feu de La Garde
Chapitre 6 – Trois types biens
Chapitre 7 – Déconstructions
Chapitre 8 — L’envers du décor
Chapitre 9 — Les eaux troubles de Saint-Mandrier
Chapitre 00 – La boutique et la rencontre
Chapitre 10 – Je m’occupe de tout
Chapitre 11 — Derrière le Sourire de Delphine
Chapitre 12 — L’épouse de M. Louis
Chapitre 13 — La chute de Mathieu
Chapitre 14 — Partie remise
Chapitre 15 — Le tambour
Chapitre 16 — Les ombres du matin
Chapitre 17 — De Font-Pré à Saint-Musse
Chapitre 18 — Les rubalises jaunes
Chapitre 19 — La rivière des Amoureux
Chapitre 20 — Échapper à la boue
Chapitre 21 — Les empreintes
Chapitre 22 — Elle rôde dans La Rode
Chapitre 23 — Aux genoux des égouts
Chapitre 24 — Macabre covoiturage
Chapitre 25 — Un bus c’est dur !
Chapitre 26 — Urgence à Saint-Musse
Chapitre 27 — Fuite hors sol
Chapitre 28 — Barbara balade
Chapitre 29 — Un caoua avec Barbara
Chapitre 30 — Barbaravatar
Chapitre 31 — Barbara spécial
Chapitre 32 — Probablement
Chapitre 33 — Les c***, ça ose tout !
Chapitre 34 — L’écoquartier
Chapitre 35 — La clochette
Chapitre 36 — Le téléphone

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