Chapitre 14 — Partie remise

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Chapitre 1 – L’Attente
Chapitre 2 – Le Retour à la Basse Ville
Chapitre 3 – Ce que dissimule le sol
Chapitre 4 – L’ombre ne meurt jamais
Chapitre 5 – Le feu de La Garde
Chapitre 6 – Trois types biens
Chapitre 7 – Déconstructions
Chapitre 8 — L’envers du décor
Chapitre 9 — Les eaux troubles de Saint-Mandrier
Chapitre 00 – La boutique et la rencontre
Chapitre 10 – Je m’occupe de tout
Chapitre 11 — Derrière le Sourire de Delphine
Chapitre 12 — L’épouse de M. Louis
Chapitre 13 — La chute de Mathieu
Chapitre 14 — Partie remise
Chapitre 15 — Le tambour
Chapitre 16 — Les ombres du matin
Chapitre 17 — De Font-Pré à Saint-Musse
Chapitre 18 — Les rubalises jaunes
Chapitre 19 — La rivière des Amoureux
Chapitre 20 — Échapper à la boue
Chapitre 21 — Les empreintes
Chapitre 22 — Elle rôde dans La Rode
Chapitre 23 — Aux genoux des égouts
Chapitre 24 — Macabre covoiturage
Chapitre 25 — Un bus c’est dur !
Chapitre 26 — Urgence à Saint-Musse
Chapitre 27 — Fuite hors sol
Chapitre 28 — Barbara balade
Chapitre 29 — Un caoua avec Barbara
Chapitre 30 — Barbaravatar
Chapitre 31 — Barbara spécial
Chapitre 32 — Probablement
Chapitre 33 — Les c***, ça ose tout !
Chapitre 34 — L’écoquartier
Chapitre 35 — La clochette
Chapitre 36 — Le téléphone
Chapitre 37 — A quatre dans le 4×4

Le vent marin soufflait fort sur Toulon ce matin-là, balayant les papiers gras et les conversations des terrasses du Cours Lafayette. Delphine poussa la porte du tabac, cette clochette familière qui tintait comme une respiration régulière dans ses journées incertaines. Monsieur Louis, derrière le comptoir, faisait la caisse avec son sérieux habituel. Il leva les yeux, lui adressant ce sourire à la fois bienveillant et réservé qu’il n’offrait qu’aux rares personnes qu’il appréciait vraiment.

— Bonjour, Delphine. Vous avez une mine fatiguée, dit-il d’un ton neutre mais attentif.

Elle hocha doucement la tête, posa son sac sur le comptoir.
— J’ai besoin de vous parler, Monsieur Louis. Ce n’est pas facile à dire, mais… je ne peux plus rester dans l’appartement de la rue de l’Équerre.

Le vieil homme plissa les yeux.
— À cause des travaux, je suppose ?

Delphine hésita, puis confirma d’un signe.
— Oui, entre autres. Il y aura bientôt du bruit, des ouvriers… et puis, j’ai besoin de changer d’air. Trop de souvenirs là-bas.

Elle ne précisa pas lesquels. Elle n’avait pas besoin de le faire. Le ton de sa voix disait tout.

Monsieur Louis resta silencieux quelques secondes, se frottant le menton avec lenteur.
— Il y a bien ce T3 au-dessus du tabac, fit-il enfin. Il n’est pas immense, mais propre et calme. La dernière locataire l’a quitté il y a deux mois. Si vous voulez, je peux le remettre en état rapidement.

Delphine leva les yeux, surprise.
— Vous seriez d’accord ?

— Bien sûr. Vous êtes sérieuse, discrète, et… je préfère savoir qui habite juste au-dessus de mes stocks de cigarettes.

Un léger sourire accompagna sa phrase, mais son regard restait sérieux. Il savait qu’elle traversait quelque chose, sans en connaître les détails. Il n’avait jamais été du genre à poser des questions inutiles.

— Merci, vraiment, dit-elle dans un souffle. Ça m’aiderait beaucoup.

Elle hésita encore avant d’ajouter, d’une voix plus basse :
— Et… j’aimerais aussi, si possible, passer à temps partiel pour quelques semaines. J’ai besoin de… reprendre pied.

Monsieur Louis referma le tiroir-caisse, pris un instant pour réfléchir.
— Vous savez, Delphine, j’ai vu passer beaucoup de jeunes ici. Certains fuyent, d’autres se cherchent. Vous, vous tenez bon. Alors d’accord pour le temps partiel. Mais à une condition : pas de disparition sans prévenir.

Un mince sourire naquit sur les lèvres de Delphine.
— Promis.

— Très bien, répondit-il en lui tendant un trousseau de clés. Les clés du T3. Il faudra juste éviter de marcher trop fort, le plafond du stock n’aime pas ça.

Elle rit doucement, pour la première fois depuis longtemps.

En sortant du tabac, Delphine leva les yeux vers les volets fermés du premier étage. Ce T3 allait devenir son nouveau refuge, un lieu pour se reconstruire, pour respirer à nouveau.
Mais, au fond d’elle, elle savait aussi que ce n’était qu’un sursis.
Les ombres de l’Équerre ne l’avaient pas quittée.
Elles avaient juste changé d’adresse.


L’appartement de la rue de l’Équerre résonnait du bruit sec des cartons qu’on referme. Les murs, nus à présent, semblaient plus petits, presque étrangers. Delphine pliait méthodiquement les dernières affaires — des livres, quelques vêtements, le vase fissuré que Mathieu avait acheté un jour de marché. Chaque objet avait sa mémoire, et chacun pesait trop lourd.

Le soleil de fin d’après-midi filtrait à travers les volets entrouverts. Toulon bruissait au loin : les scooters sur le port, les cris d’enfants, le grondement d’un bus. Elle s’arrêta un instant, le regard perdu sur la table basse où tout avait commencé — le téléphone, les doutes, la peur.

On frappa trois coups à la porte. Mesurés. Autoritaires.
Elle sut avant même d’ouvrir.

— Capitaine Oriol, dit-elle en essayant de sourire.

Il entra sans cérémonie, son manteau encore humide de la bruine. Le regard froid, mais pas indifférent. Un regard d’homme habitué à ce que les choses tournent mal, sans pour autant s’y résigner.

— Vous partez ? demanda-t-il, scrutant les cartons.

— Oui. Je n’ai plus rien à faire ici. Cet endroit… me pèse.

Oriol hocha lentement la tête, puis sortit de sa poche un petit carnet noir.
— Je voulais vous dire que nous avons perdu sa trace. Mathieu a quitté l’ambassade sous protection diplomatique. Pour l’instant, il est intouchable.

Delphine serra les dents.
— Alors c’est fini. Tout ça pour rien.

— Non, dit Oriol. Partie remise.

Elle releva les yeux vers lui. Il y avait dans sa voix quelque chose de calme, presque rassurant, mais aussi une dureté qui ne trompait pas.

— Vous savez, capitaine, murmura-t-elle, je croyais que le pire serait de le perdre. En réalité, le pire, c’est d’avoir vu de près ce que les gens peuvent devenir.

Oriol rangea son carnet, croisa les bras.
— Le monde grouille de gens pas très sympathiques, Delphine. C’est comme ça. Il faut juste choisir son camp.

Elle esquissa un sourire amer.
— Justement, c’est ça qui me dérange. Ce monde, ces gens, cette… zone grise.

Un silence s’installa, lourd mais pas hostile. Oriol la regarda longuement, puis parla d’une voix plus basse, presque complice :
— Vous avez fait un travail remarquable. Peu de gens auraient eu ce sang-froid. Vous savez garder un secret, agir sans bruit. Et ça… c’est rare.

Delphine le fixa, intriguée.
— Qu’est-ce que vous essayez de me dire ?

Il haussa les épaules.
— Que j’aurai besoin de vous, peut-être. Pour d’autres dossiers. Rien d’aussi personnel, mais… le genre d’affaires où la loyauté et l’instinct valent plus qu’un badge.

Elle détourna le regard, observant les reflets du jour sur les vitres poussiéreuses.
— Vous me proposez de continuer ?

— Je vous propose de ne pas tout arrêter. De ne pas laisser cette histoire se terminer comme un simple échec.

Delphine resta immobile quelques secondes, puis referma le dernier carton.
— D’accord, dit-elle enfin. Mais cette fois, c’est moi qui choisis quand on s’arrête.

Oriol esquissa un sourire bref.
— Ça me va.

Il s’approcha de la porte, puis, avant de sortir, ajouta :
— Le monde est pourri, Delphine. Mais parfois, il a besoin de mains propres pour le remuer.

Quand il eut disparu dans le couloir, elle s’assit sur le carton le plus lourd et soupira.
Le bruit de ses pas s’était éteint, mais sa proposition, elle, résonnait encore.
À la fois menace, promesse et, pourquoi pas, espoir.

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Chapitre 1 – L’Attente
Chapitre 2 – Le Retour à la Basse Ville
Chapitre 3 – Ce que dissimule le sol
Chapitre 4 – L’ombre ne meurt jamais
Chapitre 5 – Le feu de La Garde
Chapitre 6 – Trois types biens
Chapitre 7 – Déconstructions
Chapitre 8 — L’envers du décor
Chapitre 9 — Les eaux troubles de Saint-Mandrier
Chapitre 00 – La boutique et la rencontre
Chapitre 10 – Je m’occupe de tout
Chapitre 11 — Derrière le Sourire de Delphine
Chapitre 12 — L’épouse de M. Louis
Chapitre 13 — La chute de Mathieu
Chapitre 14 — Partie remise
Chapitre 15 — Le tambour
Chapitre 16 — Les ombres du matin
Chapitre 17 — De Font-Pré à Saint-Musse
Chapitre 18 — Les rubalises jaunes
Chapitre 19 — La rivière des Amoureux
Chapitre 20 — Échapper à la boue
Chapitre 21 — Les empreintes
Chapitre 22 — Elle rôde dans La Rode
Chapitre 23 — Aux genoux des égouts
Chapitre 24 — Macabre covoiturage
Chapitre 25 — Un bus c’est dur !
Chapitre 26 — Urgence à Saint-Musse
Chapitre 27 — Fuite hors sol
Chapitre 28 — Barbara balade
Chapitre 29 — Un caoua avec Barbara
Chapitre 30 — Barbaravatar
Chapitre 31 — Barbara spécial
Chapitre 32 — Probablement
Chapitre 33 — Les c***, ça ose tout !
Chapitre 34 — L’écoquartier
Chapitre 35 — La clochette
Chapitre 36 — Le téléphone
Chapitre 37 — A quatre dans le 4×4

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