Votre feuilleton, offert par Titan-Informatique, Assistance aux particuliers et entreprises
Delphine se tenait face au tueur, immobile. L’homme était assis sur sa Harley-Davidson, le pistolet levé, pointé droit sur elle. Son doigt reposait sur la détente, mais quelque chose dans son regard hésitait-une faille, peut-être, ou simplement un dernier instant avant le basculement vers l’irréversible.
Elle respirait lentement, maîtrisant la peur qui aurait dû la paralyser. Les secondes s’étiraient comme du miel épais. Elle savait qu’une seule parole maladroite suffirait à le faire basculer. Elle avait lu sur internet-frénétiquement, désespérément-les techniques de négociation avec les hommes en crise. Des formules froides, des méthodes répertoriées comme autant de voies de secours dans l’abîme.
Elle prit la parole, sa voix ne tremblant pas :
– Christophe. Vous vous engagez dans une voie qui n’apportera rien à la mémoire de votre femme. Si ce n’est du malheur. Pour les victimes. Pour vous.
Les mots se succédaient, articulés avec une précision glacée. Elle appliquait les règles qu’elle avait absorbées, méthodiquement :
1) Utiliser le prénom. Humaniser. Créer une connexion.
2). Le projeter dans l’avenir. Lui montrer les conséquences de ses actes. Associer cette projection à ce qui comptait réellement pour lui-sa femme, sa mémoire, son honneur.
3) Rappeler le poids de la destruction. Les victimes. Lui-même, détruit par ses propres mains.
C’était tout ce qu’elle avait. C’était insuffisant. Mais c’était tout ce qu’elle pouvait offrir contre le canon du pistolet.
Un sourire carnassier étira les lèvres du tueur, ses yeux luisant d’une rage froide et implacable.
-Vous vous prenez pour qui, petite conne ?
-Vous n’avez aucune idée de mon histoire.
-Et si j’ai juré d’abattre ces salopes qui ont laissé crever ma femme, c’est pas une larve comme vous qui va m’arrêter.
-De toute façon, vous n’êtes que des dégénérés d’Occidentaux, pourris jusqu’à la moelle.
Delphine perçut la rage du tueur, une chaleur toxique qui empoisonnait l’air lourd de Font-Pré. Ses insultes restaient suspendues entre eux, tranchantes comme une lame. Elle n’avait plus un mot à dire – une seule réplique mal placée, et la bête exploserait. Ses doigts noueux se crispaient déjà autour de l’arme, dont le métal luisait sous les rais de soleil filtrés par les micocouliers. Elle banda ses muscles, forgés par des années de combat, prête à bondir.
Elle s’imaginait déjà, d’un mouvement fluide, bondir sur lui. Genou en avant pour briser son équilibre précaire contre le mur tagué. Le choc résonnerait dans la ruelle déserte, son poing s’écrasant sur le poignet armé, tandis que l’autre main viserait la trachée — une prise d’étranglement précise, fruit d’heures d’entraînement où la sueur avait effacé la peur.
Le tueur grognerait, un râle animal, lâchant presque l’arme sous la pression impitoyable. Mais ses yeux injectés de haine promettaient une contre-attaque vicieuse.
Non ! Une balle venait de s’écraser entre ses jambes, comme si le tueur lui avait visé un genou… et l’avait manqué.
-Tu crois vraiment que c’est la première fois que je me retrouve dans cette situation ? Sache une chose : si tu es encore en vie, c’est uniquement pour que tu comprennes que tu ne représentes rien pour moi.
Sur ces mots, le tueur démarra sa moto d’un geste sec, braquant une dernière fois son arme vers Delphin avant de la ranger dans le sac banane qu’il portait en bandoulière. Puis, dans un rugissement caractéristique des Harley-Davidson, il ouvrit les gaz et disparut dans un nuage de bruit et de fumée.
Delphine la regardait s’éloigner, tout en imaginant comment elle pourrait le retrouver pour terminer leur travail.
Soudain, elle aperçut Barbara au loin, en train de pousser un conteneur à ordures. C’était un gros bac vert, monté sur quatre roues et doté d’un large couvercle.
Barbara lui tournait le dos, tandis que le tueur remontait la rue. L’avait-elle vu ?
Et au moment où la moto arriva à la hauteur de Barbara, cette dernière, sans prévenir, jeta le conteneur au milieu de la rue.
La moto, lancée à vive allure, ne put l’éviter et s’encastra dans la poubelle. Le tueur, projeté en l’air, ne lâcha pas prise et resta accroché au guidon, flottant comme un drapeau.
Plus loin, il retomba sur la moto, qui bascula sur le côté. Le tueur, à moitié écrasé, était toujours agrippé à la machine, elle-même coincée dans le conteneur.
L’ensemble glissa sur une vingtaine de mètres avant de s’arrêter brutalement contre un mur.
Delphine rejoignit Barbara, jetant un regard acéré sur le tueur – à moitié écrasé sous sa propre moto fumante, le visage tordu dans une grimace de défaite puante.
« Tu vas bien ? » demanda-t-elle d’une voix rauque, encore chargée d’adrénaline et de l’odeur de poudre. « Oui, et toi ? » répondit Barbara, les yeux froids comme l’acier. « Mieux que ce ‘Christophe’, en tout cas. »
Elles se mirent à marcher vers le tas de métal et de plastique qui crachait une fumée âcre dans la ruelle de Font-Pré, leurs pas lents, presque nonchalants, comme après une chasse trop facile. Le bruit avait cessé, laissant un silence lourd, seulement brisé par les gémissements du type piégé sous la bécane – les infirmières vengées, sa folie de justicier réduit à cette ferraille tordue.
Le tueur, la jambe et le bras droit coincés sous la moto, ne cessait de maudire Delphine et Barbara. Il insultait toutes les femmes de la terre. Au moment où il tentait d’attraper son sac banane de la main gauche, Delphine se pencha pour le dégager et récupéra le sac.
Elle ouvrit la banane -un étui dissimulé – et en sortit l’arme. Barbara, toujours penchée sur le sac, continua de fouiller à l’intérieur tandis que Delphine examinait le revolver. « 3.5.7… » murmura-t-elle.
« 357, précisa Barbara. C’est le calibre. Un gros. »
L’homme, toujours conscient, les observait discuter du contenu de son sac comme deux copines commentant les choix vestimentaires d’une autre.
Barbara trouva du tabac à rouler, des feuilles et un briquet Zippo. Elle entreprit de rouler une cigarette, presque par jeu. Le tueur, toujours interloqué par leur comportement, s’attendait à ce qu’elle appelle la police. Mais non : elle restait là, à l’observer, comme on contemple un gâteau sur lequel on a passé la journée à travailler et qui va disparaître en trois coups de cuillère.
Delphine ouvrit le barillet de l’arme et observa la cartouche percutée, celle-là même qui lui était passée entre les genoux. Son regard était amusé, comme si elle cherchait à comprendre. Pendant ce temps, le tueur, de plus en plus nerveux, s’emporta :
« Je vais vous buter ! Quoi qu’il arrive, je vous aurai, moi ou un de mes amis. J’ai connu du monde en Russie, et avec les Russitch… ça ne finit jamais ! » hurla-t-il.
Barbara lui demanda de se calmer, ajoutant que s’énerver ainsi ne lui ferait aucun bien dans l’état où il se trouvait. Elle alluma la cigarette qu’elle venait de mal rouler et lui proposa, d’un ton sarcastique :
« Tu veux une dernière clope avant qu’on te livre aux flics ? »
Le tueur hurla en réponse :
« Occupe-toi de tes affaires, salope ! Tu vas le payer ! »
À ce moment-là, Barbara lui lança la cigarette. Celle-ci, en tombant sur sa tête, mit le feu à l’essence qui avait coulé sur le tueur, Delphine et Barbara. Toutes deux firent un pas en arrière et se regardèrent avec un air interrogatif.
Le tueur se mit à hurler, agitant frénétiquement son bras et sa jambe libre. La poubelle, désormais bien enflammée, crachait des flammes de plus en plus intenses. Sous l’effet de la chaleur, le réservoir de la moto commença à siffler, projetant l’essence restante comme un chalumeau directement sur le torse du tueur, qui hurla de plus belle.
Delphine regarda autour d’elle à la recherche de sable pour étouffer le feu, mais dans ce quartier où tout était impeccable, elle ne trouva rien. Elle se tourna vers Barbara et lui demanda calmement si elle avait une idée. Celle-ci lui proposa de prendre sa veste. Delphine écarquilla les yeux : « Non ! C’est du synthétique, ça va fondre ! »
Elle suggéra alors d’utiliser la veste de Barbara, en coton. « Je veux bien, répondit cette dernière en souriant, mais regarde… Il n’y a pas assez de surface. »
« C’est vrai, rétorqua Delphine en riant, tu as encore maigri. Le célibat a du bon, finalement ! »
Le tueur ne bougeait plus. Le réservoir avait cessé de cracher ses flammes, et c’était désormais sa peau qui sifflait de part et d’autre, comme une tarte trop cuite. Mais au lieu de l’odeur sucrée d’une pâtisserie, une puanteur de cochon grillé avait envahi tout le quartier.
Un bruit retentit derrière elles. Quand elles se retournèrent, s’attendant à voir arriver des renforts, Delphine et Barbara se retrouvèrent nez à nez avec les deux jeunes en scooter. Ceux-ci venaient de descendre de leur monture comme des furies. En observant la scène -Delphine, son 357 à la main, Barbara avec un briquet, et la moto réduite à un tas de ferraille, les cendres et le côté de la poubelle fondant sur ce qu’il restait du casse du tueur -, le plus petit des deux se mit à reculer en marche arrière, tandis que le grand le doubla pour remonter sur leur scooter et prendre la fuite. Ils tombèrent deux fois en vingt mètres.
Il paraît que le plus petit a repris son apprentissage de pâtissier, et que le plus grand est rentré à l’arsenal rejoindre son oncle. Depuis ce jour, ni l’un ni l’autre n’a jamais retouché une cigarette.
Votre feuilleton, offert par Titan-Informatique, Assistance aux particuliers et entreprises
Chapitre 1 – L’Attente
Chapitre 2 – Le Retour à la Basse Ville
Chapitre 3 – Ce que dissimule le sol
Chapitre 4 – L’ombre ne meurt jamais
Chapitre 5 – Le feu de La Garde
Chapitre 6 – Trois types biens
Chapitre 7 – Déconstructions
Chapitre 8 — L’envers du décor
Chapitre 9 — Les eaux troubles de Saint-Mandrier
Chapitre 00 – La boutique et la rencontre
Chapitre 10 – Je m’occupe de tout
Chapitre 11 — Derrière le Sourire de Delphine
Chapitre 12 — L’épouse de M. Louis
Chapitre 13 — La chute de Mathieu
Chapitre 14 — Partie remise
Chapitre 15 — Le tambour
Chapitre 16 — Les ombres du matin
Chapitre 17 — De Font-Pré à Saint-Musse
Chapitre 18 — Les rubalises jaunes
Chapitre 19 — La rivière des Amoureux
Chapitre 20 — Échapper à la boue
Chapitre 21 — Les empreintes
Chapitre 22 — Elle rôde dans La Rode
Chapitre 23 — Aux genoux des égouts
Chapitre 24 — Macabre covoiturage
Chapitre 25 — Un bus c’est dur !
Chapitre 26 — Urgence à Saint-Musse
Chapitre 27 — Fuite hors sol
Chapitre 28 — Barbara balade
Chapitre 29 — Un caoua avec Barbara
Chapitre 30 — Barbaravatar
Chapitre 31 — Barbara spécial
Chapitre 32 — Probablement
Chapitre 33 — Les c***, ça ose tout !
Chapitre 34 — L’écoquartier
Chapitre 35 — La clochette
Chapitre 36 — Le téléphone
Chapitre 37 — A quatre dans le 4×4
Chapitre 38 — Et la honte disparu
Chapitre 39 — Les monstres
Chapitre 40 — La chasse est ouverte
Chapitre 41 — A fond à Font-Pré
Chapitre 42 — Deux-rooues
Chapitre 43 — Déclarer sa flamme
Chapitre 44 — Relâcher la tension
