Chapitre 31 — Barbara spécial

Votre feuilleton, offert par Titan-Informatique, Assistance aux particuliers et entreprises

Titan-informatique - Dépannage, réparation et assistance informatique pour vos ordinateurs et équipements numériques à Carqueiranne, Hyères, La Crau, La Garde, Le Pradet et Toulon.

Ils entrèrent dans la salle presque vide, baignés dans cette pénombre bleutée qui précédait toujours les séances de l’après-midi. Le sol collait légèrement sous les semelles, odeur familière de sucre chaud et de maïs éclaté. Alain prit machinalement le pot de pop-corn le plus gros, comme autrefois, et Barbara sourit en le voyant faire — certains gestes ne disparaissaient jamais vraiment.

Ils s’installèrent côte à côte, sans commentaire, laissant un siège vide de chaque côté, par habitude plus que par nécessité. Les bandes-annonces s’enchaînèrent, bruyantes, trop longues, puis les lumières s’éteignirent pour de bon. Le noir se referma sur eux comme une parenthèse hors du temps.

Quand la scène d’introduction débuta, avec ses images grandioses et sa musique ample, quelque chose d’inattendu se produisit. Aucun des deux ne suivait vraiment l’écran.

Ils s’en rendirent compte en même temps.

Ce premier Avatar, celui qu’ils étaient censés avoir vu ensemble, ce jour-là… en réalité, ils ne l’avaient jamais regardé. Pas une seule image n’était restée gravée. Ils l’avaient découvert bien plus tard, chacun de leur côté, dans d’autres vies, sur d’autres écrans, avec d’autres silences.

Non. Ce jour-là, au Pathé de Grand Var, la salle obscure avait servi à autre chose.

Le souvenir remonta sans bruit.

Leurs mains, d’abord immobiles sur les accoudoirs, s’étaient frôlées par hasard — ou peut-être pas. Un contact bref, électrique. Puis un autre, plus assumé. Le pop-corn oublié entre eux. Les regards s’étaient croisés, surpris, interrogateurs, presque inquiets d’aller trop loin. Et pourtant les visages s’étaient rapprochés, lentement, comme attirés l’un par l’autre.

Ils n’avaient pas échangé un mot. Il n’y avait eu ni promesse, ni projet. Juste ce moment suspendu, volé au reste du monde, loin de la bande, loin des attentes, loin de l’avenir qui les attendait déjà.

Rien d’autre ne s’était passé après.
Pas de relation.
Pas de suite.
Juste ce secret commun, enfoui mais intact.

Dans la salle d’Avenue 83, des années plus tard, Barbara sentit sa main frissonner quand celle d’Alain se rapprocha à nouveau, hésitante, presque respectueuse. Il n’osa pas la toucher. Elle non plus.

Mais ils sourirent dans le noir, chacun de son côté, avec la même pensée muette : ce n’était pas le film qui comptait. Ça ne l’avait jamais été.

Ce qui comptait, c’était cette sensation rare — celle de se sentir libres, uniques, presque exceptionnels — ne serait-ce que l’espace d’une séance, dans une salle obscure, à l’abri du reste de leurs vies.


Barbara ne regardait déjà plus l’écran. Les images défilaient, superbes, lointaines, mais son esprit était ailleurs — saturé de ces dernières semaines trop pleines : la peur, la fuite, la violence brute, la conscience aiguë que tout pouvait s’arrêter sans prévenir. La vie, la vraie, ne demandait jamais la permission.

Elle tourna lentement la tête vers Alain. Il était là, à portée de souffle, éclairé par les reflets bleutés de l’écran, le visage un peu plus marqué qu’autrefois, mais le regard toujours aussi franc.

Dans un élan presque rageur, comme on tranche un nœud trop serré, elle murmura :
Et puis merde… on n’a qu’une vie.

Et sans lui laisser le temps de répondre, elle se jeta latéralement sur lui.

Alain eut un demi-sourire surpris, puis ses réflexes prirent le relais. Quinze années s’étaient écoulées depuis leur premier baiser, mais certaines choses s’apprenaient une fois pour toutes. Il la rattrapa avec assurance, la stabilisa contre lui, et leurs visages se retrouvèrent à quelques centimètres l’un de l’autre — trop près pour reculer.

Ils ne reculèrent pas.

Le baiser fut immédiat, franc, sans hésitation. Rien de délicat ni de maladroit cette fois : c’était un baiser d’adultes, chargé de tout ce qui avait été retenu, différé, étouffé par les années et les choix raisonnables. Les mains cherchèrent naturellement leur place, les souffles se mêlèrent, et très vite, le monde autour d’eux cessa d’exister.

Le film continua, grandiose et parfaitement inutile.

Comme pour Avatar 1, ils ne virent rien. Absolument rien.

Ils passèrent la séance à s’embrasser, à rire à voix basse, à se perdre dans ce que Alain appelait autrefois — avec cette ironie adolescente qui lui était propre — une soupe de langues. Le terme lui revint à l’esprit et la fit sourire contre la bouche de Barbara.

Ce n’était ni une promesse, ni une fuite, ni même une décision.
Juste un moment volé de plus.
Mais cette fois, il n’était plus innocent — il était choisi.

Dans l’obscurité de la salle, alors que Pandora s’étendait sur l’écran sans témoin, Barbara se sentit étrangement apaisée. Pour la première fois depuis longtemps, elle n’était ni la fille du maire, ni une mère sous pression, ni une survivante encore tremblante.


Ils sortirent avant la fin, laissant derrière eux la salle obscure et ses images grandioses devenues inutiles. Sur le parvis du cinéma, l’air de la nuit avait quelque chose de tranchant, presque salutaire. Les lumières d’Avenue 83 projetaient des halos trop nets, trop réels après trois heures de régression douce.

Ils marchaient côte à côte, mais en gardant une distance soigneusement calculée, comme si un pas de trop pouvait faire céder un barrage fragile. Ni l’un ni l’autre ne parlait. Le silence, cette fois, n’était pas gênant. Il était chargé.

Ce fut Barbara qui rompit l’équilibre.

— Chez moi, c’est pas possible, dit-elle avec un sourire malicieux, presque professionnel dans sa façon d’annoncer les choses.

Alain répondit trop vite, comme s’il avait répété la phrase intérieurement :
— Je suis marié.

Il y avait dans sa voix moins de fermeté que prévu, plus une tentative de se convaincre lui-même. Barbara tourna légèrement la tête vers lui.

— Moi aussi, répondit-elle calmement.
Puis, après une seconde :
— Mais on va bien finir ce qu’on a commencé, non ?

Alain détourna le regard. Il scrutait l’horizon, les voitures, les enseignes lumineuses, comme si la réponse pouvait se trouver quelque part entre un feu tricolore et une vitrine fermée. Barbara ne lui laissa pas le luxe de l’évasion.

— Un hôtel ? proposa-t-elle.

Il la regarda enfin, un mélange de résignation et d’admiration dans les yeux.
— Tu lâcheras pas l’affaire.

Elle soutint son regard sans ciller. Ce n’était ni un défi ni une provocation. C’était un constat. Elle était déjà allée trop loin pour reculer sans se trahir.

— D’accord, finit-il par dire.
Puis, plus bas :
— Mais j’ai certaines conditions.

Barbara sourit, un sourire franc, presque joyeux.
— Super !

Alain se pencha vers elle et murmura. Longtemps. Presque une minute entière. Barbara l’écoutait sans l’interrompre, son visage passant de l’enthousiasme à la surprise, puis à une concentration attentive, ponctuée de micro-silences où l’on sentait ses pensées réorganiser leur hiérarchie.

Quand il se redressa, elle leva les yeux vers le ciel, inspira profondément.
— Il faut que j’y réfléchisse…
Puis, après un temps :
— Je dis pas non. Mais c’est spécial, quand même.

Ils se séparèrent là, chacun reprenant la direction de sa vie officielle, de ses rôles bien rangés. À quelques mètres, Barbara s’arrêta, se retourna brusquement.

— À mardi prochain ! lança-t-elle à pleine voix, un large sourire aux lèvres.
— Et tu t’occupes de tout !

Alain resta immobile une seconde, puis hocha lentement la tête.

Barbara repartit sans se retourner.
Elle avait pris sa décision.

Votre feuilleton, offert par Titan-Informatique, Assistance aux particuliers et entreprises

Chapitre 1 – L’Attente
Chapitre 2 – Le Retour à la Basse Ville
Chapitre 3 – Ce que dissimule le sol
Chapitre 4 – L’ombre ne meurt jamais
Chapitre 5 – Le feu de La Garde
Chapitre 6 – Trois types biens
Chapitre 7 – Déconstructions
Chapitre 8 — L’envers du décor
Chapitre 9 — Les eaux troubles de Saint-Mandrier
Chapitre 00 – La boutique et la rencontre
Chapitre 10 – Je m’occupe de tout
Chapitre 11 — Derrière le Sourire de Delphine
Chapitre 12 — L’épouse de M. Louis
Chapitre 13 — La chute de Mathieu
Chapitre 14 — Partie remise
Chapitre 15 — Le tambour
Chapitre 16 — Les ombres du matin
Chapitre 17 — De Font-Pré à Saint-Musse
Chapitre 18 — Les rubalises jaunes
Chapitre 19 — La rivière des Amoureux
Chapitre 20 — Échapper à la boue
Chapitre 21 — Les empreintes
Chapitre 22 — Elle rôde dans La Rode
Chapitre 23 — Aux genoux des égouts
Chapitre 24 — Macabre covoiturage
Chapitre 25 — Un bus c’est dur !
Chapitre 26 — Urgence à Saint-Musse
Chapitre 27 — Fuite hors sol
Chapitre 28 — Barbara balade
Chapitre 29 — Un caoua avec Barbara
Chapitre 30 — Barbaravatar
Chapitre 31 — Barbara spécial
Chapitre 32 — Probablement

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *