Chapitre 36 — Le téléphone

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La nuit tombait lentement sur le Cours Lafayette. Les derniers clients du tabac avaient disparu depuis longtemps, remplacés par quelques passants pressés et le bruit des chaises que l’on empilait sur les terrasses voisines.

À l’intérieur du tabac, l’ambiance était étrange.

Alex était resté là toute la journée.
Assis dans un coin, près de la petite table ronde où les habitués prenaient leur café, il n’avait presque pas bougé. Les bras croisés, le regard perdu vers la porte, il attendait.

Il attendait Barbara.

Delphine l’avait observé à plusieurs reprises dans la journée, sans rien dire. Elle savait très bien pourquoi il était là. Et elle savait aussi que cette histoire risquait d’exploser tôt ou tard.

Mais Barbara n’était pas venue.

Mr Louis faisait ses comptes derrière le comptoir lorsque la porte du tabac s’ouvrit brusquement.

BONSOIR LA COMPAGNIE !

La voix résonna dans tout le magasin.

L’inspecteur Podium venait d’entrer, sans se soucier du volume sonore.

— Alors ! lança-t-il à tue-tête. Vous avez des nouvelles des deux malfrats qui ont tenté de forcer votre rideau métallique ?

Mr Louis leva la tête de son cahier.

— Non… répondit-il en haussant les épaules. Rien du tout.

Podium hocha la tête d’un air contrarié.

— Dommage… on aurait bien aimé mettre la main dessus.

Delphine, elle, resta silencieuse quelques secondes.

Son regard s’était figé.

Podium le remarqua immédiatement.

— Quoi ? demanda-t-il. Vous avez une idée ?

Delphine hésita.

Elle releva doucement les yeux.

— Je ne suis pas certaine… dit-elle.

Podium se redressa.

— Mais ?

Delphine prit une seconde de plus.

— Je crois les avoir croisés… il y a quelques jours.

— Où ça ?

Elle répondit calmement :

À l’écoquartier de Font-Pré.

Alex releva la tête pour la première fois depuis des heures.

Podium fronça les sourcils.

— Font-Pré ? répéta-t-il. L’ancien hôpital ?

Delphine acquiesça lentement.

— Oui.

Un silence pesa dans la pièce.

Podium croisa les bras.

— Et vous ne me dites ça que maintenant ?

Delphine répondit sans se démonter :

— Parce que je n’étais pas sûre. Et parce que ce jour-là… ils nous ont pris en chasse.

Cette fois, même Mr Louis leva les yeux de ses comptes.

Podium siffla entre ses dents.

— Intéressant…

Il sortit son carnet.

— D’autres informations les concernant?

Delphine réfléchit.

— Je dirais qu’ils conduisent mal.

Podium nota tout.

Puis il leva les yeux.

— Vous pensez qu’ils ont un lien avec le tueur d’infirmières ?

Delphine répondit immédiatement :

— Non.

Podium haussa un sourcil.

— Alors pourquoi c’est important ?

Delphine posa ses mains sur le comptoir.

Son regard devint plus sombre.

— Parce que quelqu’un a lancé une pierre dans ma fenêtre cette nuit.

Podium se figea.

— Une pierre ?

— Avec un mot.

— Quel mot ?

Delphine répondit simplement :

« Salope ».

Le silence retomba dans le tabac.

Puis Podium referma lentement son carnet.

— Bon… dit-il.

Il regarda Delphine droit dans les yeux.

— À partir de maintenant, mademoiselle Rey… vous allez tout me raconter.

Dans son coin, Alex serrait les poings.

Mais une seule chose tournait dans sa tête.

Barbara n’était toujours pas rentrée.


Alex se leva d’un coup.

La chaise racla le sol avec un bruit sec qui fit sursauter Mr Louis derrière son comptoir.

Mais vous vous foutez de moi ou quoi ?!

L’inspecteur Podium releva lentement la tête vers lui.

Alex pointa un doigt accusateur vers le carnet de notes de l’inspecteur.

— Vous êtes là à parler de deux pauvres types qui vendent des cigarettes à la sauvette, alors qu’il y a un tueur qui découpe des infirmières dans tout le département !

Le ton monta d’un cran.

— Et maintenant ma femme a disparu !

Le tabac devint silencieux.

Même les deux clients qui grattaient un jeu à gratter arrêtèrent leur pièce.

Podium croisa les bras.

— Calmez-vous monsieur.

Je ne me calmerai pas !

Alex fit quelques pas dans la pièce, agité.

— Vous savez combien de femmes sont mortes ?! Et vous êtes là avec vos histoires de rideau métallique !

Delphine intervint calmement.

— Alex.

Il ne l’écouta pas.

— Barbara ne répond plus au téléphone ! reprit-il. Elle n’est pas avec les filles, elle n’est pas chez ses parents, elle n’est pas au travail !

Delphine posa doucement une main sur le comptoir.

— Inspecteur… dit-elle d’une voix posée. Barbara ne répond effectivement plus à son téléphone. Alex commence à s’inquiéter sérieusement.

Podium soupira.

Il avait l’habitude de ce genre de situation.

— Depuis quand ?

Alex répondit immédiatement.

— Ce matin.

— Ce matin ce n’est pas une disparition, monsieur.

Alex le fixa avec incrédulité.

Comment ça ce n’est pas une disparition ?!

Podium parla avec le ton administratif d’un policier habitué aux procédures.

— Une personne majeure a le droit de ne pas répondre à son téléphone, de se déplacer, de passer la journée ailleurs.

Alex éclata.

Vous êtes sérieux là ?!

Delphine intervint de nouveau.

— Alex…

Mais il continua.

— Alors quoi ? On attend qu’on retrouve son corps dans un fossé ?

Mr Louis leva les yeux au ciel.

— Alex…

Mais Alex s’adressa directement à Podium.

— Vous pouvez au moins localiser son téléphone !

Podium secoua la tête.

— Ce n’est pas aussi simple.

Pourquoi ?!

— Parce que pour localiser un téléphone, il faut une autorisation judiciaire.

Alex ouvrit les bras, exaspéré.

— Mais c’est n’importe quoi !

Podium haussa légèrement les épaules.

— C’est la loi.

— Donc vous ne pouvez rien faire ?

— Pas immédiatement.

Alex ricana nerveusement.

— Formidable.

Podium poursuivit calmement.

— Pour ce genre de procédure, il faut passer par un juge. Et sauf cas de terrorisme ou de danger immédiat avéré, ce genre de demande peut prendre du temps.

Alex serra les mâchoires.

— Du temps…

Delphine observait la scène en silence.

Elle connaissait déjà la réponse.

Podium rangea son carnet.

— Si votre femme ne donne toujours pas signe de vie d’ici demain matin, vous pourrez déposer une main courante.

Cette phrase fut la goutte de trop.

Alex éclata.

Une main courante ?!

Sa voix résonna dans tout le tabac.

— Ma femme disparaît dans une ville où un malade tue des infirmières et vous me parlez de paperasse !

Le silence tomba.

Podium ne répondit pas.

Delphine, elle, réfléchissait.

Parce qu’au fond d’elle, une idée venait de surgir.

Une idée qui n’avait rien de légal.

Elle releva lentement les yeux.

Et dit simplement :

— Inspecteur…

Podium la regarda.

— Oui ?

Delphine parla calmement.

— Et si… nous n’avions pas besoin d’un juge pour localiser ce téléphone ?


Delphine sortit son téléphone sans rien ajouter.

Alex la regarda faire, encore tremblant de colère.

Elle composa un numéro qu’elle connaissait par cœur.
La tonalité ne dura que deux secondes.

Oriol.

Delphine parla vite, sans détour.

— Jean-René, c’est Delphine. J’ai besoin d’un service immédiatement.

Un court silence.

— Je t’écoute.

— Barbara ne répond plus au téléphone. Depuis ce matin. Alex est avec moi au tabac.

De l’autre côté du fil, la voix du capitaine devint plus attentive.

— Depuis quand exactement ?

— Plusieurs heures. Et dans le contexte actuel… je préfère vérifier.

Oriol comprit immédiatement ce que Delphine ne disait pas.

— Tu veux une localisation.

— Oui.

Un silence.

Puis un soupir.

— Tu sais que je n’ai pas le droit de faire ça.

— Je sais.

Nouveau silence.

Dans le tabac, Alex fixait Delphine comme si sa respiration dépendait de la réponse.

Podium observait la scène sans intervenir.

Finalement la voix d’Oriol revint.

— Donne-moi le numéro.

Delphine le dicta.

On entendit des claviers au loin.

Quelques secondes passèrent.

Puis encore quelques secondes.

Delphine ne disait rien.

Alex non plus.

Soudain Oriol reprit.

— D’accord… je l’ai.

Delphine redressa légèrement la tête.

— Où ?

Encore un silence.

Plus long cette fois.

Quand Oriol parla, sa voix avait changé.

— Delphine…

— Oui ?

— La situation est… compliquée.

Delphine fronça légèrement les sourcils.

— Explique.

— Non. Pas au téléphone.

Elle comprit immédiatement.

— Tu viens ?

— Je suis déjà en voiture.

Delphine hocha la tête, même s’il ne pouvait pas la voir.

— Très bien.

Elle raccrocha.

Dans le tabac, les trois hommes la regardaient.

Alex fut le premier à parler.

— Alors ?!

Delphine posa lentement le téléphone sur le comptoir.

Elle fixa Alex dans les yeux.

— Le capitaine Oriol a localisé le téléphone de Barbara.

Alex blêmit.

— Où ?

Delphine inspira légèrement.

— Il vient nous chercher.

— Pourquoi ?

Elle répondit calmement :

— Parce qu’il préfère nous expliquer la situation en personne.

Alex serra les poings.

— Ça veut dire quoi ça ?

Delphine soutint son regard.

— Ça veut dire…

Elle marqua une pause.

— …que la situation est compliquée.

Au même moment, dehors, on entendit une voiture freiner brusquement sur le Cours Lafayette.

Puis une portière claqua.

Votre feuilleton, offert par Titan-Informatique, Assistance aux particuliers et entreprises

Chapitre 1 – L’Attente
Chapitre 2 – Le Retour à la Basse Ville
Chapitre 3 – Ce que dissimule le sol
Chapitre 4 – L’ombre ne meurt jamais
Chapitre 5 – Le feu de La Garde
Chapitre 6 – Trois types biens
Chapitre 7 – Déconstructions
Chapitre 8 — L’envers du décor
Chapitre 9 — Les eaux troubles de Saint-Mandrier
Chapitre 00 – La boutique et la rencontre
Chapitre 10 – Je m’occupe de tout
Chapitre 11 — Derrière le Sourire de Delphine
Chapitre 12 — L’épouse de M. Louis
Chapitre 13 — La chute de Mathieu
Chapitre 14 — Partie remise
Chapitre 15 — Le tambour
Chapitre 16 — Les ombres du matin
Chapitre 17 — De Font-Pré à Saint-Musse
Chapitre 18 — Les rubalises jaunes
Chapitre 19 — La rivière des Amoureux
Chapitre 20 — Échapper à la boue
Chapitre 21 — Les empreintes
Chapitre 22 — Elle rôde dans La Rode
Chapitre 23 — Aux genoux des égouts
Chapitre 24 — Macabre covoiturage
Chapitre 25 — Un bus c’est dur !
Chapitre 26 — Urgence à Saint-Musse
Chapitre 27 — Fuite hors sol
Chapitre 28 — Barbara balade
Chapitre 29 — Un caoua avec Barbara
Chapitre 30 — Barbaravatar
Chapitre 31 — Barbara spécial
Chapitre 32 — Probablement
Chapitre 33 — Les c***, ça ose tout !
Chapitre 34 — L’écoquartier
Chapitre 35 — La clochette
Chapitre 36 — Le téléphone
Chapitre 37 — A quatre dans le 4×4

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