Chapitre 35 — La clochette

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La clochette de la porte du tabac tintait à l’arrivée d’un client, en cette fin d’après-midi. Delphine, seule derrière le comptoir — Barbara n’était pas là ce jour-là — replia lentement le journal avant d’afficher son sourire de circonstance.

Le titre de Var-Matin continuait pourtant de brûler dans son esprit.

“Deux femmes retrouvées mortes, leurs corps mutilés, sur le site de l’Hôpital Georges Clemenceau à La Garde.”

Elle encaissa mécaniquement. Café. Monnaie. Ticket.

La psychose, elle, ne se payait pas en espèces.

La radio locale, posée près de la caisse, débitait les dernières informations : grève totale et illimitée du personnel hospitalier sur tout le département du Var. Les syndicats réclamaient des mesures de sécurité immédiates. Les plateaux nationaux parlaient désormais d’une “dizaine d’infirmières assassinées dans le bassin toulonnais”, évoquant de plus en plus ouvertement l’hypothèse d’un tueur unique.

Delphine tourna légèrement le volume, sans quitter son poste.

Deux victimes d’un coup.
Sur un ancien site hospitalier.

Ce n’était plus une escalade. C’était une démonstration.

Elle replia le journal et le glissa sous le comptoir. Ses pensées allaient vite, plus vite que ses gestes.

Un habitué s’approcha du comptoir.

— Vous avez vu, Delphine ? Ça devient fou, cette histoire…

Elle leva les yeux, sourire poli.

— Oui. J’ai vu.


La clochette tinta de nouveau.

Monsieur Louis fit son entrée, un dossier concernant les stocks serré sous le bras, l’air contrarié — ou peut-être était-ce simplement son naturel. Il déposa les documents sur le comptoir et jeta un regard circulaire autour de lui.

— Barbara n’est pas là ?

— Non, répondit Delphine sans lever les yeux de sa caisse. Le mardi après-midi, elle n’est pas présente au tabac.

Monsieur Louis plissa les yeux.

— Elle devait me transmettre la liste de la dernière commande. Les références manquantes, les cartons de blondes, les cigares… Elle ne vous a rien dit ?

Delphine referma le tiroir-caisse.

— Non. On fera le point demain.

Il soupira, théâtral.

— Donc, en fait, vous faites ce que vous voulez… et mon avis est simplement consultatif ?

Il prit cet air dépité qu’il affectionnait, mélange d’indignation sincère et de comédie parfaitement rodée.

Delphine leva enfin les yeux vers lui. Un sourire calme, presque lumineux.

— Oui.

Un silence.

— C’est exactement ça.

Monsieur Louis la fixa, surpris par la franchise.

— Pardon ?

— Votre avis est consultatif.
Elle pencha légèrement la tête.
— Et c’est pour ça que vous nous aimez.

Il resta figé une seconde. Puis ses épaules s’affaissèrent dans un demi-sourire.

— Insolente.

Delphine était à la limite du fou rire.

Il attrapa son café, secoua la tête.

— Faites au moins en sorte qu’il y ait mes cigarillos préférés demain.

— On verra.

Il leva un doigt accusateur.

— Vous voyez ? Consultatif !

Delphine reprit son travail, impassible. Derrière l’ironie légère et les échanges presque familiers, son esprit, lui, ne quittait pas les gros titres du matin.

Mais dans le commerce, le sourire restait essentiel.


La clochette tinta violemment cette fois.

Alex entra presque en trébuchant, le souffle court, le regard affolé. Il balaya la pièce des yeux avant de s’arrêter sur Delphine.

— Elle est où ?

Delphine resta calme.

— Bonjour, Alex.

— Delphine, s’il te plaît. Barbara est où ?

Il passa une main nerveuse dans ses cheveux.

— Je viens de croiser ses parents. Ils avaient les filles. Ils m’ont dit qu’elle devait les récupérer plus tard… sauf qu’elle ne répond pas. Son téléphone est éteint.

Un silence bref.

Delphine posa la tasse qu’elle essuyait.

— Elle n’est pas ici.

— Je vois bien qu’elle n’est pas là !

Son agitation tranchait avec l’atmosphère maîtrisée du tabac.

— Elle t’a dit où elle allait ? reprit-il. Elle t’a parlé de quelque chose ? D’un rendez-vous ?

Delphine le regarda longuement. Elle choisissait ses mots.

— Elle avait des choses à régler.

— Quelles choses ?

— Les siennes.

Alex secoua la tête.

— Ça fait des semaines qu’elle est… différente. Absente. Elle cache quelque chose.

Delphine ne répondit pas immédiatement. Elle savait. Elle l’avait vu avant lui. Les silences trop pleins. Les sourires trop rapides. Les mardis après-midi devenus intouchables.

Elle reprit d’un ton mesuré :

— Barbara traverse beaucoup de choses.

— On traverse tous beaucoup de choses ! Ce n’est pas une raison pour disparaître comme ça !

Il fit quelques pas dans le magasin, incapable de rester immobile.

— Son téléphone est éteint, Delphine. Éteint. Elle ne fait jamais ça.

Delphine sentit une tension froide s’installer. Pas de panique. Pas encore. Mais quelque chose se resserrait.

Elle savait que Barbara cachait quelque chose depuis plusieurs semaines. Elle l’avait laissé faire. Par respect. Par indulgence. Peut-être par fatigue.

Mais les secrets ont une mécanique simple : ils finissent toujours par éclater.

Et quand ils éclatent, ils éclaboussent tout le monde.

— Elle va te rappeler, dit-elle finalement.

— Tu en es sûre ?

Delphine soutint son regard.

— Oui.

Elle passa tous les scénarios dans sa tête : le tueur, les deux petits cons, un simple contretemps…

— Quoi qu’il en soit, elle venait de mentir à Alex.

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Chapitre 1 – L’Attente
Chapitre 2 – Le Retour à la Basse Ville
Chapitre 3 – Ce que dissimule le sol
Chapitre 4 – L’ombre ne meurt jamais
Chapitre 5 – Le feu de La Garde
Chapitre 6 – Trois types biens
Chapitre 7 – Déconstructions
Chapitre 8 — L’envers du décor
Chapitre 9 — Les eaux troubles de Saint-Mandrier
Chapitre 00 – La boutique et la rencontre
Chapitre 10 – Je m’occupe de tout
Chapitre 11 — Derrière le Sourire de Delphine
Chapitre 12 — L’épouse de M. Louis
Chapitre 13 — La chute de Mathieu
Chapitre 14 — Partie remise
Chapitre 15 — Le tambour
Chapitre 16 — Les ombres du matin
Chapitre 17 — De Font-Pré à Saint-Musse
Chapitre 18 — Les rubalises jaunes
Chapitre 19 — La rivière des Amoureux
Chapitre 20 — Échapper à la boue
Chapitre 21 — Les empreintes
Chapitre 22 — Elle rôde dans La Rode
Chapitre 23 — Aux genoux des égouts
Chapitre 24 — Macabre covoiturage
Chapitre 25 — Un bus c’est dur !
Chapitre 26 — Urgence à Saint-Musse
Chapitre 27 — Fuite hors sol
Chapitre 28 — Barbara balade
Chapitre 29 — Un caoua avec Barbara
Chapitre 30 — Barbaravatar
Chapitre 31 — Barbara spécial
Chapitre 32 — Probablement
Chapitre 33 — Les c***, ça ose tout !
Chapitre 34 — L’écoquartier
Chapitre 35 — La clochette
Chapitre 36 — Le téléphone
Chapitre 37 — A quatre dans le 4×4
Chapitre 38 — Et la honte disparu

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