Chapitre 34 — L’écoquartier

Votre feuilleton, offert par Titan-Informatique, Assistance aux particuliers et entreprises

Le petit matin était encore gris quand Delphine gara sa voiture devant l’immeuble de Barbara, à Saint-Jean-du-Var.

Les volets étaient à moitié clos. Une boulangerie ouvrait plus bas dans la rue. L’odeur du pain chaud contrastait violemment avec la nuit qu’elles venaient de traverser.

Barbara ouvrit la porte encore en sweat, les cheveux attachés à la hâte.

— Tu n’as pas dormi.

— Non.

Delphine entra sans enlever son manteau. Elle avait ce regard que Barbara connaissait : celui des pièces qui s’emboîtent.

— Il a un lien fort avec les victimes.

Barbara referma la porte.

— On le sait déjà plus ou moins.

— Non. Un lien direct. Pas symbolique. Pas idéologique. Personnel.

Elle posa un dossier sur la table de la cuisine.

— Il agit maintenant. Pas avant. Pas il y a cinq ans. Pas il y a dix ans. Maintenant.

Barbara croisa les bras.

— Donc ?

— Donc soit il était empêché.
Elle énuméra froidement :
— En prison.
— À l’étranger.
— Hospitalisé.
— Ou simplement… ignorant d’un événement qui vient de déclencher sa folie.

Le mot était lâché.

— Quel événement ? demanda Barbara.

Delphine secoua la tête.

— C’est ça qu’on doit identifier. Un élément récent qui relie toutes les victimes. Quelque chose qu’elles ont partagé… et qu’il vient seulement d’apprendre.

Barbara s’approcha du dossier.

— L’infirmière de Font-Pré, le médecin, la première victime… tu penses à quoi ? Une erreur médicale commune ?

Delphine fixa le mur quelques secondes.

— Peut-être.

Elle inspira profondément.

— Mais ce qui est sûr, c’est que sa rage est fraîche. Elle n’a pas dix ans. Elle n’a pas été contenue pendant des années. Elle a été déclenchée.

Barbara sentit un frisson.

— Et s’il sort de prison ?

— Alors il y a une trace.
— S’il revient de l’étranger ?
— Il y a une trace.
— S’il vient seulement d’apprendre quelque chose ?

Delphine eut un léger sourire.

— Alors, il a cherché. Car chercher, c’est laisser des traces, et surtout, c’est avoir besoin d’un point de départ.

Barbara la regarda avec insistance.

— Tu sais par où commencer, n’est-ce pas ?

Delphine hocha la tête.

— Oui.

Un silence.

— Je sais par où commencer mes recherches.
Elle marqua une pause.
— Et ce n’est pas loin d’ici.

Barbara comprit.

— Je prends mes affaires et je te suis ?

Le jour se levait franchement à présent. La lumière traversait la cuisine, révélant les cernes sous les yeux de Delphine.

— Peu importe la raison, dit-elle calmement.
Peu importe s’il était enfermé, absent ou aveugle à la vérité.
Je sais par où commencer à chercher.

Barbara murmura :

— D’accord, j’ai compris ! On y va ?

Delphine pensa à la vitre brisée. À la pierre. Au mot.

— Je dois te prévenir : j’ai l’impression qu’on nous suit.

Et cette fois, dans son regard, il n’y avait plus seulement de la détermination.

Il y avait comme une pointe d’amusement.


La voiture filait sur l’avenue encore humide de rosée. Barbara observait Delphine au volant : mâchoire serrée, regard fixé droit devant.

— Où on va ? demanda-t-elle enfin.

— À l’écoquartier Font-Pré.

— Le nouveau complexe ?

— Oui, il a été construit il y a près de dix ans, à l’emplacement de l’ancien hôpital.

Barbara comprit aussitôt.

— Tu penses que tout est parti de là.

— Je pense que si un événement a déclenché sa folie, il est lié à ce lieu.
Elle ralentit à un feu.
— L’hôpital a fermé, les services ont été déplacés.

— Tu penses qu’il habite là-bas ?

Delphine acquiesça.

Quelques minutes plus tard, les immeubles modernes de l’écoquartier se dressaient devant elles. Façades claires, balcons vitrés, allées plantées d’arbres encore jeunes. Trop propre. Trop neuf.

Delphine réduisit la vitesse.

— On va tourner. Observer.

Elle emprunta une rue intérieure, puis une autre. Elle détaillait les rez-de-chaussée, les interphones, les caméras, les vitrines encore vides de certains commerces.

— Tu cherches quoi exactement ? demanda Barbara.

— Quelque chose qui ne colle pas.
Une voiture qui stationne trop longtemps.
Un regard qui s’attarde.
Un détail déplacé.

Le quartier semblait paisible. Une mère poussait une poussette. Un retraité promenait son chien. Un camion de livraison reculait lentement.

Puis Barbara les vit.

— Delphine… à gauche.

Un scooter noir débouchait d’une allée. Deux individus dessus. Casques. Foulards remontés jusqu’aux yeux.

Ils ralentirent en les croisant.

Le passager tourna la tête. Insista.

Delphine soutint son regard avec un petit sourire narquois.

Le scooter continua dix mètres.

Puis, brusquement, il freina.

Demi-tour sec.

— Ils reviennent, souffla Barbara.

Le moteur du deux-roues hurla.

— Attache ta ceinture, dit Delphine calmement.

Le scooter accéléra et se plaça derrière elles.

Distance : cinquante mètres.

Quarante.

Trente.

— Ils nous suivent, confirma Barbara.

Delphine tourna à droite sans clignotant. Le scooter la copia immédiatement.

— Ce ne sont pas des habitants qui rentrent chez eux.

Elle accéléra à son tour.

Le quartier résidentiel devint soudain un labyrinthe étroit. Virages serrés. Dos-d’âne. Priorités à droite.

Le scooter se rapprochait.

— Ils veulent quoi ?!

Delphine répondit : « Ils ne savent même pas ce qu’ils veulent. C’est les mêmes que pour la tentative de cambriolage et l’histoire de la pierre… Peut-être qu’ils essaient de nous faire peur, mais ils risquent d’avoir une surprise.

À la sortie d’une rue, elle pila brusquement et s’engagea dans une voie secondaire en sens unique.

Le scooter hésita une demi-seconde.

Puis les deux hommes s’y engouffrèrent aussi.

— Mauvaise idée, murmura Delphine.

La rue débouchait sur un rond-point en travaux. Barrières métalliques. Passage réduit.

Delphine accéléra au dernier moment, passa juste avant qu’un camion ne s’engage.

Le scooter tenta de forcer le passage.

Klaxon violent.

Freinage brutal.

Les deux silhouettes chancelèrent, la roue avant du scooter dérapa, et le pilote effectua un vol plané de plusieurs mètres, son passager accroché dans son dos comme un sac à dos.

Delphine ne jeta pas un regard dans le rétroviseur, une larme perlant au coin de l’œil.

Elle sortit du quartier et prit l’avenue principale.

Silence dans l’habitacle.

Barbara respirait vite.

— Elle remarqua la petite larme et demanda à Delphine si elle pleurait.

— Oui, c’est une larme d’émotion… de joie.

— Ce sont les mêmes que la nuit du cambriolage ?

Delphine réfléchit.

— Dans ce cas de figure, les probabilités sont fortes.
Elle serra le volant.
— Il faut faire attention à ne pas leur faire trop de mal, ce sont des jeunes qui ne savent pas ce qu’ils font

Barbara sentit le poids de la conclusion.

— Tu ne veux pas qu’il se fasse arrêter ? C’est une distraction pour toi ?

Delphine hocha lentement la tête.

— Oui.
Elle jeta un regard dans le rétroviseur, désormais vide.
— Il faudra qu’on revienne pour continuer nos recherches..

Et soudain, l’écoquartier ne ressemblait plus à un simple projet immobilier moderne.

Il ressemblait à un couvercle posé sur un secret.

Votre feuilleton, offert par Titan-Informatique, Assistance aux particuliers et entreprises

Chapitre 1 – L’Attente
Chapitre 2 – Le Retour à la Basse Ville
Chapitre 3 – Ce que dissimule le sol
Chapitre 4 – L’ombre ne meurt jamais
Chapitre 5 – Le feu de La Garde
Chapitre 6 – Trois types biens
Chapitre 7 – Déconstructions
Chapitre 8 — L’envers du décor
Chapitre 9 — Les eaux troubles de Saint-Mandrier
Chapitre 00 – La boutique et la rencontre
Chapitre 10 – Je m’occupe de tout
Chapitre 11 — Derrière le Sourire de Delphine
Chapitre 12 — L’épouse de M. Louis
Chapitre 13 — La chute de Mathieu
Chapitre 14 — Partie remise
Chapitre 15 — Le tambour
Chapitre 16 — Les ombres du matin
Chapitre 17 — De Font-Pré à Saint-Musse
Chapitre 18 — Les rubalises jaunes
Chapitre 19 — La rivière des Amoureux
Chapitre 20 — Échapper à la boue
Chapitre 21 — Les empreintes
Chapitre 22 — Elle rôde dans La Rode
Chapitre 23 — Aux genoux des égouts
Chapitre 24 — Macabre covoiturage
Chapitre 25 — Un bus c’est dur !
Chapitre 26 — Urgence à Saint-Musse
Chapitre 27 — Fuite hors sol
Chapitre 28 — Barbara balade
Chapitre 29 — Un caoua avec Barbara
Chapitre 30 — Barbaravatar
Chapitre 31 — Barbara spécial
Chapitre 32 — Probablement
Chapitre 33 — Les c***, ça ose tout !
Chapitre 34 — L’écoquartier
Chapitre 35 — La clochette
Chapitre 36 — Le téléphone
Chapitre 37 — A quatre dans le 4×4

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *