–Votre feuilleton, offert par Titan-Informatique, Assistance aux particuliers et entreprises–
La soirée avait pris son rythme.
Un rythme presque parfait.
Ni trop rapide, ni trop lent.
Les premiers clients étaient arrivés peu à peu. Quelques voisins, des amis d’Alex, deux couples attirés par le bouche-à-oreille et même un vieux marin qui semblait connaître tout le monde.
Mais le centre de gravité de la terrasse restait la table des quatre femmes.
Derrière le bar, Alex jonglait entre les verres, les bouteilles et les conversations avec une facilité déconcertante.
Chaque fois qu’un sujet semblait s’essouffler, il en lançait un autre.
Comme un chef d’orchestre.
Finalement, il leva son shaker comme un micro.
— Donc les filles ! D’où venez-vous et où allez-vous ?
Jennifer éclata de rire.
— C’est philosophique ou c’est l’apéro qui parle ?
— Les deux, répondit Alex.
Célia posa son verre.
— Bon… je vais commencer par la plus vieille.
Jennifer leva immédiatement un doigt accusateur.
— Je vais te jeter dans la piscine.
— Il n’y a pas de piscine.
— Je trouverai autre chose.
Les rires éclatèrent autour de la table.
Célia poursuivit :
— Voici Jennifer. La sportive du groupe.
Jennifer fit un petit salut ironique.
— Une ancienne sportive.
— Ancienne championne de rugby, corrigea Célia.
— Il y a longtemps…
— Trois fois le Grand Chelem du Tournoi des Six Nations.
Jennifer soupira.
— Célia…
— Et trois essais en finale à chaque fois.
Cette fois plusieurs personnes autour du bar se retournèrent.
— On ne peut pas dire que tu sois passée inaperçue dans le milieu.
Alex ouvrit soudain des yeux immenses.
Puis il s’écria :
— C’EST NORMAL ! C’EST MA FILLE, C’EST NORMAL !
Un silence.
Puis Jennifer posa lentement son verre sur la table.
— Oh non…
Célia éclata de rire.
Pascale ne comprenait pas.
Anne non plus.
Jennifer passa une main sur son visage.
— J’avais réussi à passer toute la journée incognito…
Alex venait de comprendre.
— Attends…
— Oui.
— Ton père ?
— Oui.
Alex frappa le comptoir du plat de la main.
— Mais évidemment !
Il riait maintenant tout seul.
L’expression était célèbre.
Après le premier titre international de Jennifer, une nuée de journalistes avait entouré son père à la sortie du stade.
Complètement dépassé par les événements, celui-ci avait répondu à toutes les questions de la même façon :
— C’est normal ! C’est ma fille, c’est normal !
La séquence était devenue virale.
Puis un mème.
Puis un slogan.
Puis même une série de tee-shirts.
Alex finit par se calmer.
Il contourna le bar et s’approcha de Jennifer.
— Excuse-moi.
Son ton était devenu plus doux.
— Mais j’ai connu ton père.
Jennifer leva les yeux.
— Vraiment ?
— Quand je travaillais à BDM vers 2020.
Jennifer sembla surprise.
— Sérieusement ?
— Oui.
Il réfléchit quelques secondes.
— Un gars sympathique. Toujours souriant.
Puis il ajouta :
— Il venait régulièrement avec un de ses copains.
Célia hocha immédiatement la tête.
— Oui, ça devait être mon oncle.
Jennifer fit une grimace.
— Je ne l’aimais pas celui-là.
— Pourquoi ? demanda Célia.
— Il était cool pourtant.
Jennifer réfléchit quelques secondes.
Puis haussa les épaules.
— Je sais pas.
Tout le monde attendait une explication plus sérieuse.
Mais elle conclut simplement :
— Sa tête ne me revenait pas.
Un éclat de rire général secoua la terrasse.
Même Alex dut s’appuyer sur le comptoir.
— Voilà une analyse psychologique particulièrement poussée.
— Je sais, répondit Jennifer avec le plus grand sérieux. J’ai toujours été une femme de nuance.
Cette fois même les clients des autres tables rirent.
La nuit tombait doucement sur la baie.
Les lumières de Carqueiranne commençaient à apparaître une à une.
Et tandis qu’Alex préparait une nouvelle tournée de cocktails, Anne regarda autour d’elle.
Les gens parlaient.
Riaient.
Racontaient des histoires.
Alex venait justement d’appeler Kléber.
— Viens voir deux minutes !
— Pourquoi ?
— Je t’explique qui est Jennifer.
— Pourquoi ?
— Parce que tu ne la connais pas.
— C’est grave ?
— Non, mais moi ça me fait bizarre.
Jennifer leva les yeux au ciel.
— Je sens que ça va encore être long…
Pendant qu’Alex tentait de résumer une carrière sportive entière à un jeune homme qui n’était même pas né lors de ses premiers matchs internationaux, Anne posa son verre.
Puis elle regarda Célia.
— En fait…
Célia la regarda à son tour.
— Quoi ?
— On sort ensemble depuis plusieurs mois.
— Oui.
— On a fait des restaurants, des balades, une soirée ratée au Prosper Club…
— Oui.
— Mais tu ne racontes jamais ta vie.
Jennifer approuva immédiatement.
— C’est vrai.
Pascale hocha la tête.
— On sait presque rien de toi.
Anne poursuivit :
— D’où tu viens. Ton travail. Tes amours. Tout et tout.
Célia regarda ses amies.
Puis Alex.
Puis Kléber qui écoutait désormais discrètement depuis le bar.
Elle sourit.
— Bon…
Elle prit une gorgée de cocktail.
— Je suis née à Carqueiranne.
— Ça, on savait, dit Jennifer.
— À vingt ans, je suis montée à Paris avec mon copain de l’époque.
Anne semblait captivée.
— Et alors ?
— Alors j’ai trouvé un travail.
— Et le copain ?
— Je suis redescendue sans lui.
Jennifer éclata de rire.
— Résumé efficace.
— C’est une compétence professionnelle.
— Tu fais quoi exactement ? demanda Pascale.
Célia hésita quelques secondes.
Comme chaque fois qu’elle devait expliquer son métier.
— Je travaille dans la fusion-acquisition.
Silence.
Anne cligna des yeux.
Pascale aussi.
Jennifer éclata de rire.
— Traduction : elle organise l’achat d’entreprises.
— Voilà.
— Des grosses entreprises, ajouta Jennifer.
Célia leva immédiatement un doigt.
— Je précise que je ne suis propriétaire d’aucune entreprise.
— Non.
— Je ne possède pas de groupes industriels.
— Non.
— Je ne suis pas milliardaire.
— Non.
Jennifer prit un air innocent.
— Tu travailles seulement sur des entreprises qui valent plus d’un milliard.
Célia soupira.
— Oui.
— Voilà.
— Les commissions sont plus importantes.
— Voilà.
— Mais il y a beaucoup plus de travail.
Alex siffla doucement.
— Ah oui quand même…
Jennifer se tourna vers les autres.
— Et vous savez comment on appelle ces entreprises ?
Anne secoua la tête.
— Non.
— Des licornes.
— Sérieusement ? demanda Pascale.
— Sérieusement.
Jennifer désigna Célia.
— Et c’est pour cela que le logo de son entreprise représente un lasso à paillettes.
Anne éclata de rire.
— Un quoi ?
— Un lasso à licornes.
Même Kléber venait de s’arrêter pour écouter.
— Je veux absolument connaître l’histoire derrière ça, annonça-t-il.
Célia secoua la tête.
— Tout est la faute de mon oncle.
— Ah ! s’exclama Jennifer. Le fameux oncle.
— Oui, celui dont la tête ne te revenait pas.
— Exactement.
Les rires reprirent.
Célia poursuivit :
— Quand j’étais petite, pendant une fête de village, j’avais gagné une corde à sauter pleine de paillettes.
— D’accord…
— Et mon oncle m’avait raconté que ce n’était pas une corde à sauter.
— Ah bon ?
— Non.
— C’était quoi ?
— Un lasso à licorne.
Anne éclata de rire.
— C’est ridicule.
— Je sais.
— Et après ?
— Après il a passé des années à m’appeler « La Licorne ».
Jennifer approuva.
— Ça lui ressemble.
— Donc quand j’ai créé mon entreprise…
— Tu as pensé au lasso.
— Exactement.
Alex secouait déjà la tête en souriant.
— Franchement, c’est une bonne histoire.
— Moi aussi je trouve.
— Et ton oncle ?
Célia prit une expression faussement dramatique.
— Je lui ai montré le logo.
— Et ?
— La première chose qu’il m’a dite…
Elle marqua une pause.
Toute la table attendait.
Puis elle imita sa voix :
— « Pourquoi tu as mis une corde à sauter comme logo ? »
Un silence.
Puis l’explosion de rire fut générale.
Même Alex dut s’appuyer au comptoir.
Kléber riait tellement qu’il manqua de faire tomber un plateau.
Jennifer essuyait déjà une larme.
— Je savais qu’il avait fait quelque chose comme ça !
Célia pointa un doigt accusateur dans le vide.
— Je l’ai frappé immédiatement.
— Fort ?
— Non.
— Dommage.
— Gentiment.
Alex riait toujours.
— Il avait quand même raison.
— Alex !
— Je plaisante !
— Non parce que j’en peux plus de lui.
Jennifer leva son verre.
— Au fameux oncle.
— Non !
— Au lasso à licornes.
— Non plus !
— À la corde à sauter !
Cette fois, même Célia finit par rire.
Et pendant quelques minutes encore, sous le ciel étoilé de Carqueiranne, les éclats de rire couvrirent presque le bruit de la mer. Une chose était certaine : l’histoire du lasso à licornes venait d’entrer officiellement dans les légendes du CDM.
Votre feuilleton, offert par Titan-Informatique, Assistance aux particuliers et entreprises
#1 Carqueiranne 2046 – le Prosper
#2 Carqueiranne 2046 – Le Pavillon bleu
#3 Carqueiranne 2046 – Du Carthage à Peno
#4 Carqueiranne 2046 – Le lasso à licornes
#5 Carqueiranne 2046 – Combines et combinaisons
#6 Carqueiranne 2046 – Se diriger vers le tunnel
#7 Carqueiranne 2046 – Toujours en vie
#8 Carqueiranne 2046 – Des pâtpillons
#9 Carqueiranne 2046 – Cocktail 0.0
#10 Carqueiranne 2046 – Cartouches 0.0
#11 Carqueiranne 2046 – le QR code
