–Votre feuilleton, offert par Titan-Informatique, Assistance aux particuliers et entreprises–
Pascale resta face à lui.
Elle ne bougeait plus.
La lettre était toujours entre ses mains, mais elle avait presque oublié son existence.
Elle regardait son ex sans vraiment le voir.
Une seule pensée occupait tout son esprit :
Je ne vais jamais réussir à sortir de cette histoire.
Elle avait pourtant cru avoir tourné la page.
Elle avait quitté cet appartement.
Elle avait recommencé sa vie.
Elle avait rencontré Célia, Jennifer, Anne.
Elle avait découvert le CDM.
Et surtout, elle avait rencontré Kléber.
Pour la première fois depuis longtemps, elle avait eu l’impression que quelque chose pouvait arriver.
Quelque chose de nouveau.
Quelque chose qui lui appartenait.
Et en quelques secondes, tout venait de s’effondrer.
Elle serrait toujours la lettre.
Ses doigts étaient crispés sur le papier.
Elle aurait voulu faire un pas vers la porte.
Impossible.
Son corps refusait de bouger.
Elle aurait voulu parler.
Aucun son ne sortait.
Elle aurait voulu lui dire de partir.
Mais elle n’y arrivait pas.
Comme si quelqu’un avait pris les commandes de son corps.
Comme si sa vie ne lui appartenait plus.
Une immense tristesse l’envahit.
Elle sentit cette tristesse dans sa poitrine, dans ses jambes, dans ses bras, jusque dans sa tête.
Puis la chaleur devint insupportable.
La pièce semblait soudain beaucoup trop petite.
Elle avait chaud.
Terriblement chaud.
Elle entendait son propre souffle.
Elle ferma les yeux.
Pourquoi est-ce que je suis encore là ?
Une autre pensée surgit.
Pourquoi est-ce que je le laisse encore avoir autant de pouvoir sur moi ?
Elle ouvrit les yeux.
Son ex était toujours devant elle.
Il disait quelque chose, mais Pascale ne l’écoutait plus.
Sa voix semblait venir de très loin.
Elle regarda la fenêtre.
Dehors, le réverbère éclairait toujours la rue.
Tout était calme.
Normal.
Comme si le monde continuait sans se soucier de ce qui se passait dans cette pièce.
Pascale inspira profondément.
Puis une pensée terrible lui traversa l’esprit.
C’est donc cela, l’enfer.
Elle baissa les yeux vers la lettre.
L’enfer, ce n’était peut-être pas un endroit.
Ce n’était pas une punition.
C’était peut-être simplement le moment où l’on finit par croire que l’on n’a plus aucun choix.
Elle sentit une larme couler sur sa joue.
Son ex s’approcha.
— Tu vas encore pleurer ?
Pascale ne répondit pas.
Il soupira.
— Tu vois ? C’est toujours pareil avec toi.
Cette phrase eut un effet étrange.
Au lieu de l’écraser, elle réveilla quelque chose.
Une petite colère.
Minuscule.
Presque invisible.
Mais réelle.
Pascale regarda l’homme devant elle.
Puis elle regarda sa propre main.
Elle tenait encore la lettre de Kléber.
Elle se rappela alors une phrase qu’il lui avait écrite :
« Tu observes les choses différemment des autres. »
Elle inspira une nouvelle fois.
Plus lentement.
Cette fois, elle sentit ses doigts bouger.
Puis son bras.
La chaleur devenait de plus en plus insoutenable.
Pascale avait la bouche pâteuse. Elle avait du mal à respirer et sentait ses jambes lourdes.
Puis soudain, des cris éclatèrent.
— Maîtresse ! Maîtresse !
Pascale ouvrit les yeux.
Elle cligna plusieurs fois.
Devant elle, par la fenêtre, les enfants de l’école primaire couraient dans la cour. Leurs cris joyeux montaient jusqu’à l’appartement.
Elle regarda autour d’elle.
Plus d’ex.
Plus de silhouette dans la pièce.
Plus de menace.
Pascale resta quelques secondes sans comprendre.
Puis elle porta une main à son visage.
— Mais…
Elle regarda ses vêtements, son appartement, la lettre toujours posée sur ses genoux.
Tout lui revint progressivement.
Elle s’était endormie.
Elle n’avait jamais lu la lettre.
Son ex n’était jamais entré dans l’appartement.
Tout ce qu’elle venait de vivre n’était qu’un cauchemar.
Pascale poussa un long soupir.
— Quel con…
Elle ne savait même plus si elle parlait de son ex imaginaire ou de son inconscient.
Elle se leva et se décala immédiatement pour se mettre à l’ombre.
La chaleur était impressionnante.
Elle regarda le réverbère, puis le soleil qui entrait maintenant franchement par la fenêtre.
— Évidemment… Le soleil.
Elle prit la lettre.
Il fallait qu’elle la lise rapidement.
Cette nuit avait été suffisamment inconfortable sans qu’elle ait besoin d’en rajouter.
Elle allait s’asseoir lorsqu’une autre idée lui vint.
Cette situation urgente lui rappela une vieille phrase attribuée à Winston Churchill :
« La première chose à faire en cas d’urgence, c’est de boire du thé. »
Pascale sourit.
— Voilà enfin un conseil raisonnable.
Elle alla mettre de l’eau à bouillir.
Pendant que la bouilloire travaillait, elle regarda son appartement.
Puis elle remarqua le fauteuil placé près de l’entrée.
Elle s’arrêta.
Elle ne l’avait encore jamais utilisé.
— Tiens…
Elle s’y installa pour la première fois.
Le fauteuil était étonnamment confortable.
La porte d’entrée était à quelques mètres, la fenêtre sur sa gauche et la lettre posée sur ses genoux.
La bouilloire siffla.
Pascale se leva, prépara son thé et revint s’asseoir.
Elle posa la tasse sur la petite table.
Cette fois, pas question de s’endormir.
Elle prit l’enveloppe.
Elle en sortit la lettre.
Respira profondément.
Puis elle commença à lire.
Les premières lignes étaient parfaitement lisibles.
Pascale relut les premières lignes deux fois.
Cette fois, elle avait bien compris : la lettre ne contenait aucun message secret, aucun code, aucun avertissement mystérieux.
Elle parlait de lui.
De Kléber.
Elle tourna la première page.
La deuxième était couverte de la même écriture régulière. Elle prit une profonde inspiration et continua.
Pascale,
Comme tu as dû le remarquer, lorsque nous nous rencontrons au CDM, je suis toujours occupé à aider Alex.
Ce n’est pas un hasard.
C’est plutôt une méthode pour me contrôler.
Parce que je dois te l’avouer : en ta présence, mon cœur s’emballe, et ce n’est pas une situation dont j’ai l’habitude.
Je suis plutôt cartésien. C’est probablement pour cela que j’ai choisi cette lettre plutôt qu’une conversation.
Je suis fils unique et mes parents sont de vieux amis d’Alex.
Ma mère aurait pu avoir une carrière dans la chimie, mais elle a préféré travailler comme vendeuse afin de développer ses capacités d’enquêtrice. Elle concrétisera plus tard cette passion en créant une agence de détectives privés.
Mon père, lui, après avoir rencontré Delphine, ma mère, a terminé sa carrière militaire avant de la rejoindre dans la chasse aux méchants.
J’ai donc été élevé dans une ambiance de rigueur militaire, scientifique et de recherche de justice.
Mes rencontres amoureuses m’ont surtout permis de savoir ce que je cherchais : une compagne pour explorer cette vie si courte mais si merveilleuse. Je sais que cette lettre peut paraître comme un CV, mais dans notre monde, il nous est important d’être direct pour éviter toute déception.
Je te le dis derechef : j’ai compris que tu me plais au point de déstabiliser ma vie.
Et j’ai actuellement de grandes responsabilités.
Avant d’envisager une potentielle relation, j’ai besoin de savoir si tu veux bien comprendre ma situation et si celle-ci peut te convenir.
J’aurais voulu que tu ne me voies que comme un simple ami d’Alex, et que l’importance de mon travail n’empiète pas sur ce que je suis réellement.
Évidemment, cette lettre ne parle que de moi.
Et je voudrais de tout mon cœur — même avec mon cœur parfois un peu arythmique quand tu es là — pouvoir un jour parler de toi comme si je te connaissais depuis longtemps.
Maintenant, je vais attendre le bon moment pour te donner cette lettre… et probablement partir en courant.
Une période d’attente se prépare.
La prochaine fois que nous nous rencontrerons, je te laisserai parler en premier.
Je n’attends rien de précis.
Je veux simplement connaître ton ressenti.
Et bien sûr…
je veux que tu sois heureuse.
Kléber
Pascale resta immobile.
Elle avait terminé la lettre, mais elle continuait à regarder la dernière ligne.
Je veux que tu sois heureuse.
Elle posa doucement la feuille sur ses genoux.
Pascale reprit la lettre.
Elle la relut une dernière fois.
Puis elle la pressa contre elle.
— Quel idiot…
Elle regarda par la fenêtre.
Les enfants étaient toujours dans la cour de l’école.
La journée avait commencé depuis longtemps maintenant.
Elle regarda l’heure.
Puis la lettre.
Une pensée lui vint.
Les enfants ne criaient plus, ils chantaient, le soleil ne brûlait plus, il brillait,. Et si c’était cela, le paradis ?
Une autre idée lui traversa l’esprit.
La prochaine fois que nous nous rencontrerons, je te laisserai parler en premier.
Pascale sourit.
— Alors, monsieur le grand timide…
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