#7 Carqueiranne 2046 – Toujours en vie

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Les premiers rayons du soleil éclairaient désormais toute la baie.

Au large, les silhouettes des bateaux de pêche apparaissaient une à une.

Ils rentraient lentement de leur campagne de pêche, escortés par les deux vedettes de la SNSM.

Une image devenue familière depuis que chaque sortie en mer nécessitait un accompagnement permanent.

Sur les hauts du quai, l’agitation ne retombait pas.

Les barrières de sécurité étaient toujours en place.

Les policiers municipaux continuaient de tenir les curieux à distance.

Le tunnel de décontamination fonctionnait sans interruption.

Lorsqu’Alex avait appris ce qui se passait sur le port, il avait aussitôt fermé le bar.

Sans même se concerter, Célia, Jennifer, Anne et Pascale étaient descendues jusqu’au port.

Elles avaient retrouvé Mr Papon, qui suivait les opérations sans quitter le tunnel des yeux.

Pascale était arrivée quelques minutes avant les autres.

Depuis, elle n’avait presque pas bougé.

Son regard restait fixé sur la sortie du tunnel.

— Il est toujours dedans… murmura-t-elle.

Anne regarda à son tour.

— Ça fait longtemps ?

— Plus de dix minutes.

Jennifer tenta de la rassurer.

— Les protocoles sont peut-être plus longs après une intervention.

Mais elle n’en était pas vraiment convaincue.

Célia, elle, observait les allées et venues des équipes techniques.

Personne ne semblait paniquer.

Mais personne ne souriait non plus.

Le tunnel demeurait fermé.

Le bruit des moteurs des bateaux qui entraient au port se mêlait au cri des mouettes.

Les pêcheurs débarquaient les premiers bacs de poissons pendant que les sauveteurs de la SNSM terminaient leur mission d’escorte.

Soudain, une voiture autonome grise franchit lentement le périmètre de sécurité.

Les policiers ne l’arrêtèrent pas.

Au contraire, ils s’écartèrent pour lui laisser le passage.

— C’est qui ? demanda Anne.

Mr Papon jeta un rapide coup d’œil.

— Une navette sanitaire.

La voiture s’immobilisa juste à côté du tunnel.

À peine les portières s’étaient-elles ouvertes…

qu’une silhouette surgit.

— Kléber !

s’exclama Pascale.

Le jeune océanographe portait une tenue de rechange simple.

Les cheveux encore humides.

Le visage fatigué.

Sans perdre une seconde, il traversa les quelques mètres qui le séparaient du véhicule.

Il salua rapidement un médecin d’un signe de tête.

Échangea quelques mots avec Mr Papon.

Puis se glissa à l’intérieur de la voiture.

Tout cela s’était déroulé si vite que les quatre jeunes femmes n’eurent même pas le temps de l’interpeller.

Les portières se refermèrent.

Le véhicule repartit presque aussitôt.

Pascale fit un pas en avant.

— Attends !

Mais la voiture s’éloignait déjà en direction de la pointe Peno.

Elle regarda Mr Papon.

— Il va où ?

Le vieux marin suivit le véhicule des yeux avant de répondre calmement :

— Là où on a besoin de lui.

— Encore ?

— Les journées ne s’arrêtent pas parce qu’on a réussi un sauvetage.

Anne resta silencieuse quelques secondes.

— Le garçon… celui qu’il a ramené…

Mr Papon esquissa un léger sourire.

— Il est vivant.

Les quatre femmes laissèrent échapper le même soupir de soulagement.

— Les médecins disent que le garrot a probablement fait gagner le temps nécessaire.

Pascale sourit enfin.

— Alors il l’a sauvé…

Le coordinateur de la SNSM hocha lentement la tête.

— Aujourd’hui, oui.

Il regarda une dernière fois la voiture disparaître dans les rues de Carqueiranne.

— Et je parie que, si vous lui demandez, il vous répondra qu’il n’a fait que son travail.

Célia observa l’horizon où les derniers bateaux entraient au port.

Puis elle murmura :

— C’est étrange…

Jennifer tourna la tête vers elle.

— Quoi donc ?

— Hier soir, on a rencontré un barman qui nous disait qu’un bar était une aventure…

Elle regarda la route qu’avait empruntée la voiture de Kléber.

— Et ce matin, on découvre que certains de ceux qui y passent vivent des aventures dont ils ne parlent même pas.

Personne ne trouva rien à ajouter.

Le port retrouvait peu à peu son calme.


La voiture autonome quitta le port sans perdre une seconde.

Quelques secondes plus tard, elle emprunta la route qui menait à la Pointe Péno.

À mesure qu’elle avançait, les traces de vie devenaient plus rares.

Puis apparurent les installations scientifiques.

Non pas un immense centre de recherche comme on aurait pu l’imaginer, mais une succession de laboratoires mobiles installés sur d’anciennes plateformes portuaires renforcées.

Depuis que le littoral était devenu une zone à risques, les équipes préféraient travailler au plus près du terrain.

À l’entrée du site, la voiture ralentit.

Un sas s’ouvrit automatiquement.

Puis un secondsas de sécurité.

Des capteurs analysèrent la carrosserie.

L’air fut filtré.

Une fine brume de décontamination enveloppa entièrement le véhicule avant que les portes du laboratoire ne s’ouvrent.

Cette procédure était devenue obligatoire pour toute personne revenant de la zone côtière.

La voiture s’immobilisa.

Kléber descendit aussitôt.

Il marchait vite.

Très vite.

Son visage ne trahissait plus la fatigue.

Seulement une impatience maîtrisée.

À peine avait-il franchi la porte principale que plusieurs chercheurs levèrent la tête.

Le silence tomba dans le laboratoire.

Puis Kléber leva les deux mains avec un grand sourire.

— Je suis en vie !

Quelques rires nerveux répondirent à la plaisanterie.

L’atmosphère se détendit immédiatement.

Une femme d’une cinquantaine d’années souffla discrètement.

— Tant mieux…

Un jeune biologiste vint lui taper l’épaule.

— Tu nous as fait peur.

Puis un homme aux cheveux blancs, blouse entrouverte sur une combinaison technique, s’approcha de Kléber.

Il l’observa quelques secondes.

Comme pour vérifier qu’il ne cachait aucune blessure.

Puis il dit calmement :

— C’est maintenant que cela va devenir compliqué.

Le sourire de Kléber disparut.

Il hocha simplement la tête.

— Je sais.

Le scientifique poursuivit :

— Tu as retiré ta combinaison.

— Oui.

— Tu as été exposé aux embruns.

— Oui.

— Une vague dans son intégralité.

Un nouveau silence.

Personne n’avait besoin d’en dire davantage.

Tous savaient ce que cela impliquait.

Kléber inspira profondément.

Puis déclara avec une sérénité qui surprit plusieurs de ses collègues :

— Je dois passer à la suite.

Il balaya la pièce du regard.

— Et je compte sur vous pour assurer mes arrières.

Personne ne répondit immédiatement.

Puis la femme qui avait poussé un soupir de soulagement quelques instants plus tôt prit la parole.

— Comme toujours.

Le biologiste acquiesça.

— Tu nous donnes du travail…

Un autre ajouta avec un sourire :

— Mais on a signé pour ça.

Le responsable du laboratoire posa alors une tablette sur la paillasse centrale.

L’écran afficha automatiquement le protocole d’urgence.

Une liste de prélèvements.

Des analyses sanguines.

Des examens respiratoires.

Des suivis neurologiques.

Et une ligne, tout en bas, que Kléber connaissait par cœur.

Début du protocole d’observation renforcée.

Le scientifique aux cheveux blancs posa une main sur son épaule.

— On va surveiller chaque paramètre.

— Je sais.

— Si quelque chose change…

— Vous serez les premiers à le voir.

Le chercheur sourit faiblement.

— Tu continues à plaisanter…

Kléber haussa les épaules.

— Tant que je plaisante…

Il regarda l’ensemble de l’équipe.

— C’est que je vais encore bien.

Personne ne rit cette fois.

Parce que chacun savait que, derrière cette phrase, se cachait une vérité simple.

Ils avaient consacré des années à comprendre cette mer devenue dangereuse.

Ils avaient sauvé des vies.

Repoussé les limites de leurs connaissances.

Mais, ce matin-là, leur plus grande inconnue ne se trouvait plus au bout de la jetée.

Elle venait de franchir la porte du laboratoire… en leur souhaitant, avec un sourire, de bien vouloir « assurer ses arrières ».

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#1 Carqueiranne 2046 – le Prosper
#2 Carqueiranne 2046 – Le Pavillon bleu
#3 Carqueiranne 2046 – Du Carthage à Peno
#4 Carqueiranne 2046 – Le lasso à licornes
#5 Carqueiranne 2046 – Combines et combinaisons
#6 Carqueiranne 2046 – Se diriger vers le tunnel
#7 Carqueiranne 2046 – Toujours en vie
#8 Carqueiranne 2046 – Des pâtpillons
#9 Carqueiranne 2046 – Cocktail 0.0
#10 Carqueiranne 2046 – Cartouches 0.0
#11 Carqueiranne 2046 – le QR code

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