Cinq ans après la disparition d’Apple Daily, la liberté de la presse à Hong Kong n’a pas retrouvé d’air. Elle existe encore sur le papier, mais pour les médias critiques, l’espace s’est nettement rétréci depuis 2020, entre fermetures, poursuites et autocensure.
Le journal Apple Daily a sorti son dernier numéro le 24 juin 2021, après des perquisitions, des arrestations de dirigeants et le gel de ses avoirs, sur fond de loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin en 2020. C’était un tournant. Dans la foulée, d’autres rédactions comme Stand News ont aussi fermé, ce qui a accéléré le recul du pluralisme médiatique dans l’ex-colonie britannique.
Un recul chiffré
Aujourd’hui, Hong Kong pointe à la 135e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse de RSF publié en 2024. Le territoire a bien gagné cinq rangs par rapport à l’année précédente, mais RSF précise que son score a en réalité baissé de 1,8 point, la remontée venant surtout de la dégradation d’autres pays.
Le contraste est clair. Hong Kong était classé 18e en 2002, lors de la première édition de cet indice, avant une chute brutale après les fermetures d’Apple Daily et de Stand News. RSF parle même d’une série de revers « sans précédent » depuis 2020.
Ce qui bloque
Depuis la loi sur la sécurité nationale, puis l’adoption en 2024 de l’article 23 sur la sécurité nationale locale, les journalistes travaillent avec des lignes rouges floues et des risques pénaux plus lourds. Le procès de Jimmy Lai, fondateur d’Apple Daily, pour collusion avec des forces étrangères et publication de documents jugés « séditieux », reste l’un des symboles de cette pression durable.
Même hors de cette loi, l’infraction de sédition, héritée de l’époque coloniale et remise en service après 2019, a été utilisée contre des publications et des contenus en ligne. Résultat, beaucoup de grands médias sont tenus par des groupes pro-establishment, tandis que les organes indépendants avancent avec prudence, pour continuer à publier sans basculer dans l’illégalité aux yeux des autorités.
Ce que disent les autorités
Le gouvernement hongkongais soutient que la liberté de la presse reste « respectée et protégée » et que les médias peuvent critiquer les politiques publiques tant qu’ils respectent la loi. Même ligne du côté du secrétaire à la justice, Paul Lam, qui a assuré en 2024 que les critiques contre le gouvernement restaient permises, quelle que soit leur intensité.
Mais sur le terrain, les signaux restent mauvais. RSF a indiqué qu’une de ses représentantes pour l’Asie-Pacifique s’était vu refuser l’entrée à Hong Kong en 2024 après six heures d’interrogatoire à l’aéroport, un épisode présenté par l’organisation comme un nouveau recul.
Ce qu’il reste
Il reste des journalistes, des médias locaux et une partie de la profession qui continue à travailler. Mais souvent avec plus de retenue, plus de risques juridiques, et parfois depuis l’exil, justement pour combler le vide laissé par Apple Daily.rsf
En clair : la presse hongkongaise n’a pas disparu, mais sa marge de manœuvre s’est sérieusement réduite. Cinq ans après Apple Daily, Hong Kong n’est plus ce bastion asiatique du journalisme libre qu’il a longtemps été.
