–Votre feuilleton, offert par Titan-Informatique, Assistance aux particuliers et entreprises–
Les deux robotaxis arrivèrent presque simultanément à l’entrée du chemin du Canebas.
Le premier s’immobilisa.
Puis le second vint se ranger à ses côtés.
Les portières s’ouvrirent dans un léger sifflement.
Célia et Pascale descendirent d’un côté.
Jennifer et Anne de l’autre.
À quelques dizaines de mètres, cinq hommes discutaient près d’un vieux portail métallique.
Leurs vêtements couverts de poussière et leurs bottes usées ne permettaient pas de savoir s’ils étaient chasseurs, agriculteurs ou simplement propriétaires des parcelles voisines.
En revanche, une chose était certaine.
Ce n’étaient pas des employés de la mairie.
Jennifer n’attendit pas une seconde.
À peine les deux pieds posés au sol, elle marcha droit vers le groupe.
— C’est qui qui tire sur mes amies ?
Les cinq hommes se retournèrent d’un seul mouvement.
Jennifer continua sans ralentir.
— Et c’est quoi son groupe sanguin ?
Anne leva discrètement les yeux au ciel.
— Elle recommence…
Pascale murmura à Célia :
— Tu crois qu’elle est sérieuse ?
— Avec Jennifer…
Elle sourit.
— On ne sait jamais.
Pendant une fraction de seconde, les cinq hommes restèrent figés.
Puis l’un d’eux esquissa un sourire.
Un autre étouffa un rire.
Mais avant que la situation ne puisse dégénérer, Mr Papon sortit du groupe.
Il leva immédiatement les deux mains.
— Doucement…
Sa voix n’avait plus rien de l’autorité qu’il affichait une heure plus tôt.
Au contraire.
Elle se voulait apaisante.
— C’est un malentendu.
Jennifer ne ralentit pas.
— Ah oui ?
— Oui.
— Parce que deux coups de feu derrière un robotaxi, chez moi, ça s’appelle rarement un malentendu.
Mr Papon acquiesça lentement.
— Je comprends votre réaction.
Il désigna les cinq hommes.
— Personne n’a tiré sur personne.
Jennifer croisa les bras.
— Alors on a entendu quoi ?
Avant qu’il ne puisse répondre, Célia prit calmement la parole.
— Vous venez de nous mettre dehors d’un terrain en nous disant que nous n’avions rien à y faire.
Elle fit un pas en avant.
— Notre robotaxi emprunte ensuite un itinéraire manifestement détourné.
— Et, quelques secondes plus tard, nous entendons deux détonations.
Elle regarda successivement chacun des hommes.
— Il y a tout de même de quoi se poser des questions.
Mr Papon baissa les yeux quelques instants.
Puis il poussa un profond soupir.
— Vous avez raison.
Cette réponse surprit tout le monde.
Même Jennifer.
Le vieux marin se retourna vers les cinq hommes.
— Montrez-leur.
L’un des hommes s’approcha alors de son véhicule.
Il ouvrit le coffre.
En sortit un petit fusil à canon basculant.
Jennifer se raidit immédiatement.
Mais l’homme posa l’arme ouverte sur le capot de son utilitaire.
Les deux cartouches avaient déjà été retirées.
— Ce sont des cartouches d’effarouchement, expliqua-t-il.
Il en présenta une.
— Aucune balle.
Seulement une forte détonation.
Pascale observa la cartouche.
— Pour faire fuir les sangliers ?
— Les sangliers…
Les corvidés…
Parfois les étourneaux.
L’homme haussa les épaules.
— En cette saison, ils ravagent les cultures en quelques heures.
Mr Papon reprit la parole.
— Les deux coups de feu que vous avez entendus venaient d’ici.
Il désigna un champ voisin.
— Pas de votre direction.
Jennifer resta méfiante.
— Vous auriez pu nous le dire tout à l’heure.
Le vieux marin acquiesça.
— J’aurais dû.
Un silence s’installa.
Puis Célia revint au sujet qui l’intéressait vraiment.
— Très bien.
Admettons pour les détonations.
Elle fixa Mr Papon droit dans les yeux.
— Maintenant…
Expliquez-moi votre réaction lorsque je vous ai parlé du complexe hôtelier.
Le visage du vieux marin se referma de nouveau.
Les cinq hommes échangèrent un regard.
L’un d’eux secoua discrètement la tête, comme pour lui dire de ne rien répondre.
Mr Papon resta silencieux plusieurs secondes.
Puis il regarda la mer, visible entre les pins.
Enfin, il revint vers Célia.
— Si je vous raconte ce que je sais…
Sa voix était devenue grave.
— Vous me promettez une chose.
— Laquelle ? demanda Célia.
— Vous ne prenez aucune décision avant d’avoir tout entendu.
L’assurance de Célia laissa place à la curiosité.
Elle hocha lentement la tête.
— Je vous le promets.
Mr Papon inspira profondément.
— Alors asseyez-vous.
Il désigna un vieux muret de pierres sèches.
— Parce que cette histoire…
Il marqua une pause.
— Elle a commencé bien avant votre projet… et même bien avant ma naissance.
L’atmosphère s’était légèrement détendue.
Jennifer gardait les bras croisés, mais son regard n’était plus aussi combatif.
Les cinq hommes semblaient eux aussi avoir compris que les quatre femmes n’étaient pas venues chercher la bagarre.
Mr Papon inspira profondément.
— Bon…
Il posa sa casquette sur le muret.
— Cette histoire commence il y a…
Au loin, le bruit caractéristique d’un moteur électrique l’interrompit.
Tous se retournèrent.
Une voiture de la police municipale de Carqueiranne remontait lentement le chemin.
Le véhicule s’immobilisa à quelques mètres du groupe.
Deux policiers en descendirent.
Mr Papon soupira.
— Décidément…
Il remit sa casquette.
Puis se tourna vers Célia.
— Ce n’est ni le bon moment… ni le bon endroit.
Célia fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
Le vieux marin jeta un rapide coup d’œil en direction des policiers.
— Parce que certains sujets méritent d’être abordés tranquillement.
Il marqua une pause.
— Et surtout devant les bonnes personnes.
Il réfléchit quelques secondes.
— On se retrouve ce soir au CDM.
Alex nous trouvera bien une table un peu à l’écart.
— D’accord, répondit Célia.
— Là, je pourrai vous expliquer ce qui m’inquiète réellement.
Son regard devint plus sérieux.
— Mais pas ici.
Pas maintenant.
Les quatre jeunes femmes acquiescèrent.
Elles comprenaient que le vieux marin ne cherchait plus à les éloigner.
Au contraire.
Il semblait désormais vouloir leur parler.
Elles reprirent donc le chemin de leurs robotaxis.
Jennifer marchait quelques pas derrière les autres.
Puis elle se retourna discrètement.
Son regard se posa sur l’homme qui avait manipulé le fusil d’effarouchement.
Grand.
La barbe de quelques jours.
Le visage tanné par le soleil.
Les avant-bras marqués par des années de travail en extérieur.
Elle sourit.
— Il est pas mal, le chasseur…
Célia tourna la tête.
— Qui ?
Jennifer désigna discrètement l’homme d’un mouvement de menton.
— Lui.
Célia l’observa quelques secondes.
Puis haussa les épaules.
— On dirait surtout qu’il sort de la colline après dix jours de crapahutage.
Jennifer éclata de rire.
— Et alors ?
Elle fit un geste de la main.
— Un bon jet d’eau…
Elle laissa volontairement planer un silence.
— …et au lit.
Célia s’arrêta net.
Elle regarda Jennifer avec de grands yeux.
— Toi…
Elle secoua la tête en riant.
— T’as vraiment la dalle ?
Jennifer prit son air le plus innocent.
— Faute de grives…
Elle regarda de nouveau le chasseur.
— …on mange des merles.
Son sourire avait quelque chose de celui d’un prédateur qui venait de repérer sa proie.
L’homme, sentant un regard posé sur lui, leva la tête.
Pendant une fraction de seconde, leurs yeux se croisèrent.
Jennifer lui adressa un petit signe de la main.
L’homme, visiblement surpris, répondit par un salut un peu maladroit avant de retourner vers ses compagnons.
Célia éclata de rire.
— Tu vas finir par lui faire peur.
— Impossible.
— Pourquoi ?
Jennifer retrouva son sourire malicieux.
— Un homme capable de rester calme avec un fusil entre les mains…
Elle ouvrit la portière du robotaxi.
— …ne devrait pas être impressionné par une femme qui sourit.
Anne, qui n’avait pas perdu une miette de la scène, souffla en montant à son tour dans le véhicule :
— J’ai comme l’impression que la réunion de ce soir au CDM va être beaucoup plus animée que prévu.
Personne ne la contredit. Les quatre amies avaient désormais deux raisons d’attendre la soirée : les révélations promises par Mr Papon… et les plaisanteries dont Jennifer allait sans doute être la cible pendant tout le trajet jusqu’au bar.
Votre feuilleton, offert par Titan-Informatique, Assistance aux particuliers et entreprises
#1 Carqueiranne 2046 – le Prosper
#2 Carqueiranne 2046 – Le Pavillon bleu
#3 Carqueiranne 2046 – Du Carthage à Peno
#4 Carqueiranne 2046 – Le lasso à licornes
#5 Carqueiranne 2046 – Combines et combinaisons
#6 Carqueiranne 2046 – Se diriger vers le tunnel
#7 Carqueiranne 2046 – Toujours en vie
#8 Carqueiranne 2046 – Des pâtpillons
#9 Carqueiranne 2046 – Cocktail 0.0
#10 Carqueiranne 2046 – Cartouches 0.0
#11 Carqueiranne 2046 – le QR code
#12 Carqueiranne 2046 – le Merle
