–Votre feuilleton, offert par Titan-Informatique, Assistance aux particuliers et entreprises–
Le robotaxi la déposa place de la République, entre le Café de la Gare et le Bar Populaire. Pascale descendit sans vraiment regarder autour d’elle.
Elle avançait d’un pas lent, l’esprit ailleurs et le cœur battant.
La lettre de Kléber était toujours dans son sac.
Elle avait beau essayer de penser à autre chose, la phrase revenait sans cesse dans sa tête.
Que voulait-il lui dire ?
Pourquoi lui avait-il écrit ?
Et surtout, pourquoi avait-il demandé à Alex de ne lui donner la lettre qu’après son départ ?
Pascale traversa la place et continua machinalement son chemin.
Elle ne remarqua même pas qu’elle avait dépassé l’endroit où elle aurait dû tourner.
Quelques minutes plus tard, elle se retrouva devant la mairie.
Elle s’arrêta net.
Elle regarda autour d’elle.
Puis son visage changea.
— Mais… qu’est-ce que je fais ici ?
Elle venait seulement de réaliser qu’elle n’avait pas pris la direction de chez elle.
Elle avait pris celle de son ancien appartement.
Celui où elle avait vécu pendant un an avec son ex-copain.
Pascale resta quelques secondes immobile.
Elle connaissait encore parfaitement le chemin.
Elle se souvenait de l’immeuble, de l’escalier, de la petite terrasse et même de la fenêtre de la chambre.
Elle avait quitté cet appartement depuis longtemps.
C’était elle qui avait mis fin à leur histoire.
À tout le monde, elle avait expliqué que leur séparation venait de problèmes de communication.
C’était la version simple.
La version acceptable.
Mais, au fond d’elle, Pascale savait parfaitement que ce n’était pas vraiment ça.
Son ex était simplement… un con.
Un con avec des problèmes.
Toujours des problèmes.
Quand elle organisait quelque chose pour eux, il trouvait quelque chose qui n’allait pas.
Si elle préparait un dîner, le repas n’était pas comme il fallait.
Si elle proposait une sortie, il trouvait une raison de ne pas y aller.
Si elle essayait de lui faire plaisir, il finissait toujours par trouver un détail à critiquer.
Et lorsqu’elle tentait de lui expliquer que son attitude la blessait, il retournait systématiquement la situation.
Ce n’était jamais sa faute.
Jamais.
Pascale eut un petit sourire amer.
— Même quand je faisais tout pour qu’on passe une bonne soirée, tu trouvais encore le moyen de créer un problème…
Elle secoua la tête.
Puis elle se demanda pourquoi elle pensait à lui maintenant.
Elle sortit machinalement l’enveloppe de son sac.
Elle la regarda.
Kléber.
La lettre.
Le présent.
Et pourtant, elle venait de parcourir plusieurs mètres en direction du passé.
Pascale inspira profondément.
— Bon… il serait peut-être temps de revenir dans le présent.
Pascale resta encore quelques secondes devant la mairie, puis elle se retourna.
Cette fois, elle prit la direction de son nouvel appartement.
Elle traversa la place d’un pas décidé.
Vingt mètres.
C’est tout ce qui séparait son ancienne vie de la nouvelle.
Vingt petits mètres qui, quelques minutes auparavant, lui avaient paru insignifiants. Et pourtant, en les parcourant, Pascale sentit quelque chose changer en elle.
Elle sourit.
Elle n’avait pas envie de retourner en arrière.
Elle avait envie de savoir ce qui l’attendait devant.
Et, pour la première fois depuis longtemps, cette pensée lui redonna de l’espoir.
Elle arriva devant son immeuble, poussa la porte et monta les deux étages à toute vitesse.
Arrivée chez elle, elle posa ses affaires sur une chaise, retira rapidement sa veste et resta un instant immobile au milieu de la pièce.
Tout était calme.
Après la soirée au CDM, ce silence lui semblait presque irréel.
Elle prit l’enveloppe.
— Bon…
Elle alla s’asseoir près de la fenêtre.
De là, elle avait une vue sur l’école primaire et, un peu plus loin, sur la rue qui descendait vers l’école maternelle.
Elle connaissait cette vue par cœur.
Et surtout, elle connaissait ce réverbère.
Habituellement, sa lumière trop présente l’agaçait. Elle avait même envisagé plusieurs fois de demander qu’on modifie son orientation.
Mais ce soir, le réverbère était exactement ce dont elle avait besoin.
Sa lumière entrait par la fenêtre et éclairait suffisamment la feuille pour qu’elle puisse lire sans allumer la lampe.
Pascale posa la lettre sur ses genoux.
Dehors, la rue était presque déserte.
Une légère brise faisait bouger les branches des arbres.
La lumière du réverbère dessinait un halo sur le trottoir.
L’atmosphère avait quelque chose de magique.
Ou peut-être était-ce simplement la fatigue.
La soirée au CDM avait été tellement folle qu’elle avait encore du mal à croire tout ce qui s’était passé.
Papon.
Les hommes.
Les armes.
Kléber.
Les révélations sur son équipe.
Et maintenant cette lettre.
Pascale sentit son cœur battre plus vite.
Il se passait enfin quelque chose dans sa vie.
Pas quelque chose de banal.
Quelque chose d’important.
Elle retourna l’enveloppe entre ses doigts.
Elle hésita encore quelques secondes.
Puis elle l’ouvrit complètement.
La feuille se déplia dans un léger froissement.
L’écriture de Kléber était régulière, presque trop soigneuse.
Pascale commença à lire.
La feuille tremblait légèrement entre les doigts de Pascale.
Elle essaya de reprendre sa lecture, mais quelque chose n’allait pas.
Les mots étaient trop serrés. Les lignes semblaient se mélanger les unes aux autres. Elle rapprocha la feuille de ses yeux, puis l’éloigna.
— Mais qu’est-ce que c’est que ça…
Elle connaissait pourtant parfaitement le français.
Mais cette lettre était devenue illisible.
Elle avait presque l’impression que Kléber n’avait pas écrit en français, mais dans une sorte de langage codé, avec des mots raccourcis et des phrases qui semblaient se superposer.
Pascale plissa les yeux.
— Impossible…
Elle retourna la feuille.
Rien.
Elle la remit à l’endroit.
Toujours rien.
La fatigue devait être en train de lui jouer des tours.
C’est alors qu’un bruit sourd monta du fond de la pièce.
Un genre de grognement.
Pascale se retourna brusquement.
Son cœur s’arrêta presque.
Quelqu’un était là.
Elle resta figée.
Puis une voix s’éleva dans l’obscurité :
— C’est à cette heure que tu rentres !
Pascale sentit immédiatement une boule se former dans sa gorge.
Elle connaissait cette voix.
Elle la connaissait trop bien.
— Non…
La silhouette s’avança légèrement dans la pénombre.
Pascale reconnut son visage.
C’était lui.
Son ex.
Le fameux « con ».
— Qu’est-ce que tu fais là ? cria-t-elle.
Il eut un petit rire.
— C’est aussi mon appartement. J’ai le droit d’être ici.
Pascale resta bouche bée.
Elle regarda autour d’elle.
Son appartement.
Ses meubles.
Ses affaires.
Son nouveau chez-elle.
— Non, répondit-elle. Ce n’est plus chez toi.
— Ah bon ?
Il fit quelques pas.
— Tu crois vraiment que parce que tu as décidé de partir, tout disparaît ?
Pascale recula.
Son cœur battait maintenant à toute vitesse.
Toute la joie qu’elle avait ressentie quelques minutes auparavant venait de disparaître.
Le CDM.
Jennifer.
Anne.
Célia.
Kléber.
La lettre.
Tout semblait soudain très loin.
Elle avait cru que quelque chose de nouveau commençait enfin dans sa vie.
Et voilà que le passé venait de pousser la porte.
Elle serra la lettre contre elle.
— Je ne veux plus de ça.
Il haussa les épaules.
— Tu n’as jamais voulu de rien. Tu compliques toujours tout.
Pascale sentit les vieux réflexes revenir.
Cette sensation de devoir se justifier.
De devoir expliquer.
De devoir encore prouver qu’elle n’était pas responsable.
Elle ferma les yeux.
Encore.
Toujours les mêmes reproches.
Toujours les mêmes problèmes.
Et toujours cette impression que, quoi qu’elle fasse, ce serait forcément elle qui aurait tort.
Une pensée terrible lui traversa alors l’esprit.
Peut-être devait-elle arrêter.
Arrêter de chercher.
Arrêter de se battre.
Arrêter de croire qu’elle pouvait changer quelque chose.
Peut-être devait-elle simplement accepter sa vie telle qu’elle était.
Même si elle était pourrie.
Pascale baissa les yeux.
La lettre de Kléber était toujours dans sa main.
Elle la regarda.
Puis elle entendit, comme venu de très loin, un souvenir de la soirée.
La voix de Kléber :
— Nous sommes une équipe de recherche qui a appris qu’il fallait parfois survivre pour pouvoir continuer à chercher.
Pascale releva lentement la tête.
Son ex la regardait.
— Qu’est-ce que tu regardes ?
Elle ne répondit pas.
Elle regardait la feuille.
Une grande sensation de douleur l’envahit. Elle voulait pleurer, mais rien ne sortit de ses yeux, seulement un profond sentiment de malheur.
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#1 Carqueiranne 2046 – le Prosper
#2 Carqueiranne 2046 – Le Pavillon bleu
#3 Carqueiranne 2046 – Du Carthage à Peno
#4 Carqueiranne 2046 – Le lasso à licornes
#5 Carqueiranne 2046 – Combines et combinaisons
#6 Carqueiranne 2046 – Se diriger vers le tunnel
#7 Carqueiranne 2046 – Toujours en vie
#8 Carqueiranne 2046 – Des pâtpillons
#9 Carqueiranne 2046 – Cocktail 0.0
#10 Carqueiranne 2046 – Cartouches 0.0
#11 Carqueiranne 2046 – le QR code
#12 Carqueiranne 2046 – le Merle
#13 Carqueiranne 2046 – Les quiproquos
#14 Carqueiranne 2046 – Ce n’est pas si simple
#15 Carqueiranne 2046 – La porte
#16 Carqueiranne 2046 – La lettre
