Le colombier mobile britannique : un centre de télécommunications à plumes (1918)

En 1918, l’armée britannique déploie des colombiers mobiles sur le front occidental. Camions, bus à impériale reconvertis, remorques sur châssis : ces véhicules transportent les pigeons voyageurs là où le fil et la radio font défaut. Un centre de télécommunications volant, en somme.

Le principe est simple. Le véhicule stationne à l’arrière des lignes. Quarante à soixante pigeons y logent dans des nichoirs en bois. Quand un message doit partir, on glisse le « colombogramme » – papier pelure roulé dans un tube d’aluminium — à la patte de l’oiseau. Le pigeon rentre au colombier. Vitesse : 50 à 120 km/h selon le vent. Portée : jusqu’à cent kilomètres.

« Les colombiers mobiles permettaient de s’affranchir des lignes terrestres non sécurisées », note le Musée de l’Armée. En novembre 1918, 350 unités équivalent équipent l’armée française. Les Britanniques en alignent des centaines, dont d’anciens bus londoniens B-type camouflés.

L’aménagement intérieur : nichoirs alignés, mangeoires en tôle, trappes de vol manuelles, réserve de grain. Chaque déplacement impose trois jours d’« adduction » -le temps que les oiseaux reprennent leurs repères. Le bruit du moteur, les bombardements, le gaz perturbent les volatiles.

Les Allemands forment des tireurs pour abattre les pigeons. Les Alliés ripostent : messages codés, entraînement au vol de nuit. Vingt mille pigeons français périssent au combat. Le plus célèbre, Vaillant, délivre le message de Vaux en 1916 malgré une aile brisée.

L’armée française conserve un unique colombier militaire au Mont-Valérien. Les colombiers mobiles britanniques, eux, ont disparu. Il en reste des photographies -bus à impériale à Pernes, juin 1918 -et quelques maquettes. Témoins d’une guerre où l’aile remplaçait le fil.

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