Depuis près d’une semaine, l’Albanie vibre au rythme d’une mobilisation inédite. Des dizaines de milliers de citoyens défilent chaque soir à Tirana et sur le littoral pour s’opposer à un complexe touristique de luxe porté par Ivanka Trump et son époux Jared Kushner, gendre du président américain. Estimé à près de 4 milliards d’euros, le projet prévoit la construction de quelque 10 000 villas et chambres d’hôtel sur l’île de Sazan, ancienne base militaire communiste, et dans la lagune de Vjosa-Narta, zone protégée classée Natura 2000.
Un écosystème menacé
La lagune de Vjosa-Narta abrite environ 3 000 flamants roses et constitue une escale majeure pour les oiseaux migrateurs sur l’Adriatique. Les militants écologistes, rassemblés sous la bannière « Flamingo Revolution », brandissent des silhouettes en carton et des ballons roses pour symboliser la biodiversité sacrifiée. « Nous avons 3 000 flamants roses aujourd’hui, demain on nous promet un zoo avec cinq flamants », dénonce Ornold Bazaj, guide local. Aucune étude d’impact environnemental n’a été rendue publique, pourtant les pelleteuses ont déjà défriché et clôturé le site depuis fin mai.
Opacité et colère politique
Le Premier ministre Edi Rama, au pouvoir depuis 2013, défend le projet comme un levier pour le tourisme haut de gamme et la candidature européenne de l’Albanie. Il assure que « les meilleurs experts » sont mobilisés et que rien n’est encore validé. Les manifestants y voient un « mensonge » : permis accordés dans l’opacité, statut d’investisseur spécial octroyé à la société de Kushner, travaux déjà engagés. L’agence anticorruption a ouvert une enquête, tandis que des heurts avec des agents de sécurité privés ont fait des blessés à Zvërnec.
Une contestation qui dépasse l’environnement
Sous le slogan « L’Albanie n’est pas à vendre », le mouvement cristallise un ras-le-bol plus large contre la gouvernance d’Edi Rama, accusée de clientélisme et de liens troubles avec les milieux d’affaires. La « révolution des flamants roses » est devenue le symbole d’un pays qui refuse de brader son patrimoine naturel au profit d’intérêts privés étrangers, fussent-ils portés par la famille du président américain.
