La vie des électrosensibles dans le Var

Ils vivent avec les ondes comme on vit avec une allergie invisible. Dans le Var, de plus en plus de personnes se disent électrosensibles. Leurs symptômes sont réels, même si la science hésite encore sur les causes.

Des troubles du quotidien

Les électrosensibles caractérisent des maux de tête, des troubles du sommeil, une fatigue chronique, des nausées, des vertiges. Parfois des rougeurs ou des picotements sur la peau. Ces problèmes surviennent au contact des téléphones portables, du Wi-Fi, des antennes-relais, des compteurs Linky ou des appareils électriques du quotidien.

Selon nos informations, entre 1 et 5% de la population française seraient concernés. Dans le Var, des habitants témoignent de difficultés croissantes, surtout en zone urbaine ou près des axes de communication.

Témoignage de Jean-Marc, cadre dans le secteur de la distribution: Je ne peux plus travailler. Mes collègues me prennent pour un fou. Heureusement, j’ai le soutien de ma femme et de mes enfants. C’est une véritable maladie qui m’est tombée dessus, sans que je comprenne comment.

J’utilise mon smartphone et mon Mac sans modération. Puis, un jour en 2024, j’ai commencé à ressentir des maux de tête, jusqu’à des nausées. J’avais déjà ressenti comme des brûlures en tenant mon téléphone, sans m’inquiéter : je me disais qu’il était simplement chaud. Mais ma femme m’a fait remarquer que, pendant la période du Covid, mon caractère lui semblait plus calme et serein. Il est vrai que nous avons la chance d’habiter en périphérie d’un village du centre du Var, sans antennes pour mobile à proximité.

Et pourtant, même si je prends en main un téléphone qui n’est pas en charge et qui n’a pas été utilisé récemment, je ressent comme des picotements tirant vers la chaleur. Je peux même sentir l’emplacement des antennes dans le téléphone.

Le pire pour moi, c’est la non-reconnaissance de ma maladie. Mon employeur m’a demandé d’accepter un arrêt maladie pour burn-out. Actuellement, je suis en « vacances » pour une reconversion. On m’a proposé de télétravailler. Normalement, cela devrait bien se passer, avec une connexion fibre et sans Wi-Fi.

Un statut encore flou

Côté reconnaissance officielle, la situation reste compliquée. L’Anses, en 2018, a bien noté la réalité des symptômes mais n’a pas établi de lien de causalité prouvé avec les champs électromagnétiques. Résultat : pas de diagnostic clair, pas de prise en charge spécifique par la Sécurité sociale.

Certaines associations locales tentent d’accompagner ces personnes. Elles conseillent de réduire l’exposition : passer au téléphone filaire, supprimer le Wi-Fi à la maison, éviter les zones saturées en ondes. Des solutions simples, mais pas toujours faciles à appliquer au travail ou dans les transports.

Des aménagements en cours

Il est temps que des élus prennent ce sujet au sérieux. Pourquoi ne pas envisager des salles sans ondes dans les bibliothèques, des chambres « blanches » dans certains hôtels, ou des démarches pour limiter les antennes près des écoles ? Rien de systématique, mais des pistes s’ouvrent.

Pour les électrosensibles, chaque petit compte d’aménagement. « On ne demande pas la lune, juste de pouvoir vivre sans être malades », confie une habitante de La Crau. La route est encore longue, mais la prise de conscience avance, doucement.

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