Brexit : quel coût pour la France et l’Europe ?

Le 23 juin 2016, bien dix ans après le cliché des urnes, le Brexit reste un boulet pour l’économie britannique, une charge administrative pour les entreprises françaises et un coup de vieux pour l’Union européenne. On ne parle plus d’un simple « divorce », mais d’un redécoupage durable des échanges, des flux de personnes et du rôle de Londres au cœur du vieux continent.

Le Royaume‑Uni paie la facture

Dix ans plus tard, le Royaume‑Uni tourne au ralenti par rapport à l’Europe. Les études convergent sur un trou de 6 à 8% du PIB par rapport à ce qu’il aurait été sans sortie de l’UE, avec des investissements, des emplois et la productivité en retrait de quelques points. Concrètement, les entreprises essuient plus de frictions à la frontière, les travailleurs européens ont déserté certains secteurs – restauration, santé, transport – et la livraison de marchandises prend plus de temps.

Les Britanniques, qui espéraient maîtriser l’immigration et diminuer le coût de la vie, reconnaissent aujourd’hui que le divorce a eu surtout des effets négatifs sur l’économie, le pouvoir d’achat et même la marge de manœuvre budgétaire de l’État.

La France, partenaire directement touchée

Pour la France, le Brexit sonne comme une perte de client premium. Le Royaume‑Uni était le sixième client de la France avant 2019, avec près de 6,8% des exportations de marchandises. Depuis, l’excédent français du solde des échanges de marchandises vis‑à‑vis du Royaume‑Uni est passé de 12,7 milliards d’euros en 2019 à 5,6 milliards par an, hors énergie.

La Cour des comptes comptabilise entre 8 000 et 9 000 entreprises françaises qui ont cessé d’exporter vers le Royaume‑Uni entre 2018 et 2021, découragées par les paperasses et les contrôles. Les secteurs agricoles, viticoles ou industriels qui expédient des lots récurrents ont supporté un surcoût, des délais, parfois des refus de marchandises.

L’Europe, handicapée mais stable

Pour l’Union à 27, le Brexit a pesé sur la croissance, sans la freiner de façon spectaculaire. Les institutions estiment une chute de l’ordre de 0,5 à 0,8 point de PIB à l’échelle de l’UE, avec une baisse de l’emploi de 0,3 à 0,7% selon les scénarios. En pratique, les filières européennes exportatrices vers Londres ont perdu en fluidité, mais l’Europe a pu reallocer certains flux vers d’autres marchés.

Politiquement, le Brexit a marqué un tournant : première sortie d’un État membre, ce choix a freiné les velléités de nouveaux « Frexit » ou « Nexit », mais aussi resserré les rangs à Bruxelles. Les États membres ont poussé à approfondir la zone euro, la défense commune et la souveraineté économique, comme si la sortie britannique avait donné un coup de fouet à la construction européenne, même en l’absence de Londres.

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