41 millions de Colombiens sont appelés aux urnes ce dimanche pour un second tour électoral complexe. Le pays retient son souffle, confronté à des accusations de fraude et à des menaces de violences post-électorales.
À Bogotá, le procureur général, Gregorio Eljach, a exprimé son inquiétude : « Si l’écart est minime, une nouvelle dispute éclatera. Chaque camp revendiquera la victoire et accusera l’autre de tricherie. » Ces déclarations, faites jeudi devant la presse, donnent le ton. Pourtant, le registraire national, Hernán Penagos, affirme : « Les doutes ne se résolvent pas dans la rue, et encore moins sur les réseaux sociaux ; ils se résolvent dans un État démocratique. »
Plus de 1 400 observateurs internationaux surveillent le scrutin. Le matériel électoral, transporté sous escorte militaire, est suivi par GPS.
Lors du premier tour, le 31 mai, Abelardo de la Espriella, avocat d’extrême droite et admirateur de Donald Trump, est arrivé en tête avec 43,78 % des voix. Le sénateur de gauche Iván Cepeda, soutenu par le président Gustavo Petro, le suit de près avec 40,98 %. L’écart entre les deux candidats est inférieur à trois points, soit 610 000 voix. L’abstention, chronique en Colombie, frôle habituellement 42 %. Cette fois, les autorités espèrent une mobilisation supérieure aux 25 millions de votants du premier tour.
La campagne a été marquée par une violence inédite depuis l’accord de paix de 2016. Selon la Mission d’observation électorale, 61 responsables politiques ont été tués en 2025. 130 municipalités, soit près d’un tiers du territoire, sont sous la menace de groupes armés. Guerrillas, paramilitaires et cartels de la drogue y imposent leur loi. Par ailleurs, le vote à l’étranger a déjà commencé : 1,41 million d’électeurs sont inscrits dans 116 consulats.
Les accusations de fraude ont empoisonné le climat. Le soir du premier tour, Gustavo Petro a dénoncé un « logiciel altéré » et un recensement gonflé de 885 000 noms. Iván Cepeda a repris ces allégations avant de reconnaître, une semaine plus tard, que son équipe n’avait trouvé « aucune anomalie ». La Registraduría a, quant à elle, démontré une concordance de 99,94 % entre le pré-comptage et le scrutin officiel. L’Union européenne, l’Organisation des États américains (OEA) et la Mission d’observation électorale ont validé la transparence du vote.
« Nous devons tous devenir des extincteurs », a insisté Gregorio Eljach, une métaphore bien choisie en cette période tendue. Les institutions appellent au calme, tandis que les candidats préparent déjà l’après-élection. Si le résultat est serré, chacun revendiquera sa victoire. Le pays, fracturé, attend ce dimanche avec une anxiété palpable.
