Grenoble : l’université saisit la justice après le refus de soutenir une thèse critique du numérique

L’Université Grenoble Alpes a saisi le procureur de la République le 9 juin pour « fraude présumée au financement » et « suspicions d’ingérence étrangère » après le refus d’autoriser la soutenance d’Achille Baucher. Ce doctorant en mathématiques proposait un manuscrit sans équations, sous forme d’aquarelles et de tracts, dénonçant l’omniprésence numérique..

La présidence de l’UGA affirme que l’intitulé initial de la thèse a été choisi pour obtenir un financement interne sans correspondance avec le projet final. Elle pointe un financement « significatif » par une « entreprise étrangère impliquée dans des faits d’ingérence » – Huawei, sans la nommer – et suggère que le directeur de thèse Romain Couillet aurait « publiquement pris position contre des entreprises technologiques françaises ».

Romain Couillet conteste « point par point ». Il confirme avoir appelé un financement Huawei Labs Paris en 2020 pour cofinancer sa chaire en IA, aux côtés d’autres fonds, publics. Le contrat, clos en 2022, a laissé des crédits non consommés gérés par Floralis, la filiale de valorisation de l’UGA. « Je ne sais pas ce qui relève des fonds publics ou privés », précise-t-il. L’évolution du sujet de thèse a été « signalée chaque année au comité de suivi et à l’école doctorale MSTII, qui l’ont bien validé ». L’enseignant-chercheur a aussi déposé plainte pour « dénonciation calomnieuse ».

« Cette tentative d’intimidation destinée à faire taire des voix dissonantes » inquiète le collectif Scientifiques en rébellion. « Le dossier est vide. » L’association UGA en commun dénonce « un fiasco pour l’université » : « Comment l’université a-t-elle pu découvrir quinze jours avant la soutenance, après plus de trois ans de travail, que la thèse n’était pas soutenable ? »

Guillaume Mandil, élu au conseil d’administration, regrette une « stratégie de l’autruche de trois ans ». « Il aurait mieux valu que la soutenance soit autorisée, le jury ne lui aurait sûrement pas accordé la thèse. » Le SNCS-FSU-Grenoble a répondu : « L’université a mal géré cette affaire. »

Cette affaire, qui s’inscrit dans un climat déjà tendu, annonce un été bien chargé. Le président Yassine Lakhnech fait l’objet d’une enquête administrative, menée par le rectorat de juin 2025 à avril 2026, pour des comportements jugés « inappropriés et agressifs » ainsi que pour « un climat démocratique dégradé ». Les conclusions de cette enquête ne sont pas encore rendues publiques.

Il faut également préciser que David Déchenaud, vice-président, a démissionné début juin, évoquant « un fonctionnement trop abrupt et vertical ».

L’école doctorale MSTII indique que la thèse pourrait se poursuivre si une école en sciences humaines accepte de la codiriger. Romain Couillet redoute un désengagement total. « Ce nouvel épisode occulte le sujet de départ : comment lutter contre l’accroissement continu du numérique depuis les laboratoires d’informatique ? » Source

Un commentaire sur « Grenoble : l’université saisit la justice après le refus de soutenir une thèse critique du numérique »

  1. Franchement cette affaire laisse perplexe. Bon. Le vrai problème c’est plutôt que le sujet de la thèse critiquâit le numérique, non ? On le sait que ces sujets gênent certains

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