Sur un terrain de sport de Niamey où les jeunes scandaient des cris hostiles à la France, le général Amadou Ibro, bras droit du chef de la junte Abdourahamane Tiani, a annoncé publiquement que le Niger allait « entrer en guerre avec la France », ce qui a aussitôt ravivé les tensions déjà à vif entre Niamey et Paris. Alors que les relations se sont dégradées depuis le putsch de juillet 2023, cette déclaration marque une nouvelle phase de radicalisation verbale, alors même que la France assure ne pas envisager d’intervention militaire sur le territoire nigérien.
Lors de ce rassemblement, le général Ibro a affirmé que la France souhaitait « faire la guerre au Niger » en raison de ce qu’il décrit comme un « mauvais état » économique imputé au pays, ce qui lui a servi de justification pour exhorter la population à se préparer à un conflit armé. Il a insisté sur le fait que la mobilisation était « décrétée » pour permettre au Niger de se tenir prêt, ajoutant que « ce n’était pas une guerre jusqu’à présent, mais que c’est maintenant qu’on va entrer en guerre avec la France », ce qui a suscité des applaudissements et des slogans hostiles au pouvoir français.
Depuis la prise du pouvoir par les militaires, Niamey accuse régulièrement la France de vouloir déstabiliser le pays, allant jusqu’à affirmer que le président Emmanuel Macron financerait ou soutiendrait des groupes armés djihadistes, ce que Paris rejette fermement et qualifie de « guerre informationnelle ». Le régime militaire a également nationalisé des actifs en lien avec l’énergie atomique, notamment la filiale nigérienne du groupe français Orano, ce qui a alimenté les contentieux économiques et juridiques entre les deux pays.
Dans ce contexte, l’appel à la préparation à la guerre s’inscrit dans une stratégie de mobilisation intérieure, tandis que l’état‑major français rappelle qu’aucune intervention sur le Niger n’est envisagée et relativise ces déclarations comme une mise en scène politique. Pourtant, alors que la région du Sahel reste marquée par les tensions sécuritaires et les reconfigurations géopolitiques, cette escalade de la rhétorique interroge sur les risques de dérapage dans un espace où les armes et les discours extrêmes progressent conjointement.