Alors que les cartes et les images satellites révèlent aujourd’hui un quadrillage de routes désertes qui se déploie au cœur du Mojave, les visiteurs découvrent sur place une ville dont l’ambition initiale contraste fortement avec le paysage quasi vide qui persiste autour de quelques quartiers habités. Lorsque Nathan K. Mendelsohn lança ce projet à la fin des années 1950, il imaginait qu’une nouvelle métropole surgirait du sable et qu’elle attirerait des dizaines de milliers de résidents, même si aucune industrie majeure n’était prête à s’y installer.
Alors que l’État de Californie connaissait une forte croissance démographique, ce sociologue devenu promoteur acheta environ 82 000 acres de désert – soit une superficie qui place California City, avec près de 200 milles carrés, au troisième rang des villes de l’État par la taille, bien que sa population n’ait jamais dépassé quelques dizaines de milliers d’habitants. Tandis que Mendelsohn promettait aux acheteurs qu’ils acquéraient une forme de « mine d’or » foncière à un prix accessible, les commerciaux vendaient par dizaines de milliers des lots parfois achetés sans que les investisseurs se rendent sur place, ce qui entretenait l’illusion d’un futur centre urbain rivalisant avec Los Angeles.
Alors que des routes furent tracées, des rues baptisées du nom de grandes universités ou de constructeurs automobiles et qu’un lac artificiel ainsi qu’un golf voyaient effectivement le jour, la plupart des équipements structurants et des réseaux restèrent pourtant embryonnaires, ce qui empêcha la naissance d’un véritable tissu urbain continu. Lorsque Mendelsohn céda finalement ses parts à la fin des années 1960, seuls environ 1 300 habitants avaient été convaincus de s’installer, et les plans repris ensuite par d’autres opérateurs ne permirent pas davantage d’achever la ville rêvée, qui demeura fragmentée et largement sous-développée.
Alors que les décennies passèrent, les “ghost grids” de California City devinrent un cas d’école pour urbanistes et sociologues, parce que ces kilomètres de voirie menant à des parcelles vides illustrent à la fois les excès de la spéculation foncière et la distance qui peut séparer un plan directeur minutieusement dessiné de la réalité économique. Tandis que certains habitants apprécient aujourd’hui l’isolement et le calme, et que la ville compte tout de même des infrastructures comme un centre de détention et quelques équipements de loisirs, l’immense trame viaire inoccupée continue de rappeler qu’un projet urbain, aussi ambitieux soit-il, ne prospère que s’il répond à un besoin réel et s’inscrit dans un environnement capable de le soutenir durablement.
