Désindexation des pensions de retraite : qui serait concerné et quelle différence entre retraite moyenne et médiane ?

Pendant des décennies, les pensions de retraite ont été régulièrement revalorisées pour accompagner la hausse des prix. Ce mécanisme, souvent présenté comme une protection du pouvoir d’achat, pourrait toutefois être remis en question. La désindexation des pensions de retraite consisterait à augmenter les pensions moins vite que l’inflation, voire à les laisser temporairement inchangées.

Derrière cette formule technique se joue une question très concrète : combien restera-t-il réellement aux retraités pour se loger, se chauffer, se nourrir et financer leurs dépenses de santé ? Pour comprendre les conséquences d’une telle mesure, il faut aussi distinguer deux indicateurs souvent confondus : la retraite moyenne et la retraite médiane.

Qu’est-ce que la désindexation des pensions de retraite ?

La désindexation consiste à ne plus faire évoluer automatiquement les pensions au même rythme que les prix. Si l’inflation atteint 2% mais que les pensions ne sont revalorisées que de 1%, les retraités subissent une perte de pouvoir d’achat réel.

Prenons l’exemple d’une pension mensuelle de 1 500 euros :

  • avec une inflation de 2% et une revalorisation de 2%, le pouvoir d’achat est théoriquement préservé ;
  • avec une inflation de 2% et une revalorisation de 1%, la perte atteint environ 15 euros par mois en fin d’année ;
  • avec une inflation de 3% et une pension revalorisée de 1%, l’écart représente environ 30 euros par mois ;
  • avec une inflation de 4% et aucune revalorisation, la perte atteint environ 60 euros mensuels.

Ces montants peuvent sembler limités à court terme. Mais lorsque l’écart se répète plusieurs années, la perte devient cumulative. Une pension qui progresse moins vite que les prix recule progressivement en valeur réelle.

Quels retraités seraient concernés ?

Le périmètre exact dépendrait de la mesure adoptée. Une désindexation pourrait notamment concerner les pensions de retraite de base versées par le régime général, les retraites des fonctionnaires, les pensions relevant de la Mutualité sociale agricole et certains régimes spéciaux.

Les pensions de réversion pourraient également être touchées si elles sont rattachées aux régimes concernés. En revanche, les retraites complémentaires, notamment celles versées par l’Agirc-Arrco, obéissent à des règles distinctes. Leur évolution dépend de décisions propres aux partenaires sociaux et ne suivrait donc pas nécessairement le même calendrier.

Une désindexation pourrait être uniforme ou ciblée. Dans le second cas, le gouvernement pourrait préserver les retraités les plus modestes en maintenant une revalorisation intégrale pour :

  • les bénéficiaires de l’Aspa, le minimum vieillesse ;
  • les retraités percevant une pension inférieure à un certain seuil ;
  • les personnes dont les revenus sont situés sous un plafond ;
  • certains bénéficiaires de prestations sociales.

Toutefois, la protection des petites pensions dépendrait entièrement des critères retenus. Un plafond fixé au niveau du revenu fiscal, de la pension individuelle ou des ressources du ménage ne produirait pas les mêmes effets.

Quel serait l’impact sur le pouvoir d’achat ?

La désindexation ne signifie pas nécessairement une baisse nominale de la pension. Dans la plupart des cas, le montant versé en euros continuerait à augmenter, mais moins rapidement que les prix.

Cette nuance est importante. Une pension de 1 500 euros portée à 1 515 euros augmente bien de 1%. Mais si, dans le même temps, les prix progressent de 2%, cette hausse ne suffit pas à maintenir le même niveau de vie.

Les dépenses contraintes pourraient rendre la perte particulièrement visible. Les retraités consacrent une part importante de leur budget au logement, à l’énergie, aux assurances, à l’alimentation et aux frais de santé. Une progression insuffisante de la pension réduit alors la capacité à absorber les hausses de prix.

La DREES a déjà observé un écart entre l’évolution des pensions et celle des prix. Entre fin 2017 et fin 2022, la pension brute mensuelle moyenne a augmenté de 7,2%, tandis que les prix ont progressé de 12,1%. En euros constants, la pension moyenne a ainsi diminué de 2,6%.

Retraite moyenne : une valeur globale

La retraite moyenne est calculée en additionnant l’ensemble des pensions puis en divisant le résultat par le nombre de retraités. Elle fournit une vision générale du montant versé, mais elle peut donner une image trompeuse de la situation du retraité « type ».

Pourquoi ? Parce que les pensions élevées tirent la moyenne vers le haut. Quelques retraités ayant eu des carrières très rémunératrices peuvent augmenter sensiblement le résultat final.

Selon la DREES, fin 2022, la pension mensuelle moyenne de droit direct des retraités résidant en France atteignait 1 626 euros bruts, soit 1 512 euros nets après prélèvements sociaux.

Cette moyenne recouvre cependant des situations très différentes. La pension moyenne de droit direct s’élevait à 1 268 euros bruts pour les femmes, contre 2 050 euros bruts pour les hommes. La DREES indiquait également qu’une part importante des retraités percevait une pension relativement faible, tandis qu’une minorité touchait plus de 3 000 euros bruts par mois.

Retraite médiane : une mesure plus représentative

La retraite médiane est le montant qui partage les retraités en deux groupes égaux :

  • la moitié perçoit une pension inférieure ;
  • l’autre moitié perçoit une pension supérieure.

La médiane est souvent plus représentative de la situation centrale que la moyenne, car elle est moins influencée par les pensions les plus élevées.

Exemple de calcul

Imaginons cinq pensions mensuelles :

  • 900 euros ;
  • 1 000 euros ;
  • 1 200 euros ;
  • 2 000 euros ;
  • 5 000 euros.

La retraite médiane est de 1 200 euros : deux personnes perçoivent moins et deux autres davantage.

La retraite moyenne, elle, atteint 2 020 euros. Elle est fortement augmentée par la pension de 5 000 euros.

Cet exemple montre pourquoi il est risqué de présenter la pension moyenne comme le montant touché par la majorité des retraités.

Pension moyenne et niveau de vie : deux notions différentes

La pension de retraite correspond à un revenu individuel lié à la carrière professionnelle. Le niveau de vie mesure une situation économique plus large.

Il tient notamment compte :

  • des pensions du ménage ;
  • des revenus du patrimoine ;
  • des prestations sociales ;
  • des impôts et prélèvements ;
  • du nombre de personnes composant le foyer.

En 2022, le niveau de vie médian des retraités s’établissait à 2 030 euros par mois, selon la DREES. Ce montant ne correspond pas à la pension médiane d’un retraité individuel : il s’agit d’un indicateur de ressources disponibles corrigé de la composition du ménage.

Cette distinction permet de mieux comprendre les inégalités. Un retraité disposant d’une pension modeste peut vivre dans un ménage bénéficiant d’une seconde retraite ou d’un patrimoine important. À l’inverse, une personne seule ayant une pension proche de la moyenne peut être très vulnérable à une hausse du loyer, du chauffage ou des dépenses médicales.

Les femmes davantage exposées

Les écarts de pension entre les femmes et les hommes constituent un enjeu central dans le débat sur la désindexation. Les carrières interrompues, le temps partiel, les salaires plus faibles et les périodes consacrées à l’éducation des enfants se traduisent souvent par des droits à la retraite moins élevés.

Une même mesure de désindexation peut donc avoir des effets différents selon le montant initial de la pension. Une perte de 1% représente quelques euros pour une petite pension, mais davantage en valeur absolue pour une retraite élevée. En revanche, les retraités modestes disposent généralement de moins de marges pour réduire leurs dépenses.

L’analyse doit donc combiner le montant de la pension, la situation familiale, le logement, l’état de santé et le patrimoine.

Une réforme aux effets cumulatifs

La principale difficulté d’une désindexation réside dans son effet cumulatif. Si une pension est revalorisée chaque année de 1 point de moins que l’inflation, l’écart ne disparaît pas l’année suivante. Il s’inscrit dans le niveau de pension atteint et peut peser durablement sur le pouvoir d’achat.

À long terme, le débat oppose deux logiques :

  • réduire la progression des dépenses publiques liées aux retraites ;
  • préserver le revenu réel de personnes qui ne peuvent plus augmenter leur activité professionnelle.

Le choix du mécanisme est donc déterminant. Une désindexation générale ferait porter l’effort sur l’ensemble des retraités. Une désindexation progressive ou ciblée chercherait à concentrer l’effort sur les pensions les plus élevées, au risque de créer de nouveaux effets de seuil.

Ce qu’il faut retenir

La désindexation des pensions de retraite aurait pour conséquence de faire progresser certaines pensions moins vite que l’inflation. Les retraités concernés dépendraient du périmètre de la réforme : pensions de base, pensions de réversion, fonctionnaires, régimes spéciaux ou, éventuellement, seuils de revenus.

Pour évaluer les effets de la mesure, la retraite médiane est souvent plus parlante que la retraite moyenne. La moyenne donne une valeur globale, mais elle est tirée vers le haut par les pensions élevées. La médiane permet de situer le retraité qui se trouve au centre de la distribution.

Au-delà des chiffres, la question touche à l’équilibre social entre générations. Dans une société vieillissante, chaque point d’indexation devient un choix politique : préserver la promesse de stabilité faite aux retraités, ou ralentir la progression des dépenses publiques. Entre ces deux impératifs, le véritable indicateur ne sera peut-être ni la moyenne ni la médiane, mais la capacité de chacun à continuer de vivre dignement lorsque les prix montent.

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