La nouvelle circule depuis lundi dans le milieu du reggae, où musiciens et fans saluent en urgence une figure qui structurait leurs repères sonores depuis un demi‑siècle. Sly Dunbar, batteur jamaïcain emblématique et moitié du duo Sly & Robbie, est mort à l’âge de 73 ans, laissant orphelin un univers musical qui s’était habitué à son tempo précis et à son son de caisse claire immédiatement reconnaissable.
Né Lowell Fillmore Dunbar en 1952 à Kingston, il découvre très tôt les maîtres du ska et du rocksteady, avant d’intégrer son premier groupe et d’enregistrer dès l’adolescence, ce qui inscrit sa trajectoire dans l’histoire moderne du reggae jamaïcain au moment où celui‑ci se structure autour de studios comme Channel One. Quand il forme au milieu des années 1970 le tandem Sly & Robbie avec le bassiste Robbie Shakespeare, le duo devient rapidement une section rythmique recherchée, en studio comme sur scène, et pose les bases du style « rockers » qui densifie le one drop traditionnel pour répondre aux exigences des grandes scènes et des tournées internationales.
Lundi matin, son épouse Thelma le trouve inanimé à leur domicile et alerte un médecin, qui constate le décès, alors que le musicien souffrait de problèmes de santé de longue date sans que la cause exacte de la mort ne soit rendue publique, ce qui nourrit une émotion teintée de stupeur dans la communauté reggae. Les hommages rappelent la prolixité d’un batteur qui, avec Sly & Robbie, aurait participé à des dizaines de milliers d’enregistrements, des productions de Taxi Records aux sessions pour des figures comme Peter Tosh, Black Uhuru, Gregory Isaacs ou Dennis Brown, tout en façonnant l’esthétique du dub et du dancehall à partir de la fin des années 1970.
Sa réputation dépasse pourtant très vite les frontières de la Jamaïque, car ce groove précis séduit des artistes de la pop et du rock, qui recherchent cette couleur rythmique singulière pour bousculer leurs propres codes. Sly Dunbar se retrouve ainsi derrière les fûts pour Serge Gainsbourg sur les albums enregistrés à Kingston à la charnière des années 1970 et 1980, il contribue aux disques de Madonna, il joue avec Mick Jagger et collabore avec les Rolling Stones, prolongeant une liste où apparaissent également Bob Dylan, Grace Jones ou encore Sinéad O’Connor, ce qui illustre une circulation permanente entre reggae jamaïcain et culture pop mondiale.
Les décennies 1980 et 1990 voient cette empreinte se renforcer, parce que ses patterns de batterie, souvent échantillonnés ou remixés, irriguent des productions allant du roots reggae à la pop radiophonique, tandis que les « Riddim Twins » Sly & Robbie consolident leur statut de pionniers auprès d’une nouvelle génération d’artistes et de producteurs. Sa disparition intervient après celle de Robbie Shakespeare en 2021 et referme une séquence historique pour cette paire basse‑batterie dont le travail continuerait d’influencer, à condition que les héritiers s’en emparent pleinement, les musiques urbaines contemporaines qui dialoguent avec l’héritage jamaïcain.
