Agriculteurs mexicains bloquent-ils la Coupe du monde ?
Des agriculteurs mexicains paralysent routes et postes-frontières depuis fin octobre, car la réforme de l’eau adoptée en décembre menace leur accès à cette ressource rare. Alors que les négociations débutent ce 12 janvier, ces mobilisés, qui touchent 22 des 32 États, avertissent qu’ils durciront les blocages pendant la Coupe du monde en juin si le gouvernement ignore leurs revendications. Cette mobilisation inédite, où tracteurs et camions alignés coupent des axes logistiques majeurs comme Mexico-Querétaro, exprime une colère accumulée depuis des décennies.
Racines historiques des tensions
Les accords de libre-échange, initiés par l’Aléna en 1994 et prolongés par l’Aceum, inondent le marché de céréales américaines subventionnées, puisque les importations de maïs passent de 2,2 à 22,7 millions de tonnes entre 1994 et 2024. Bien que la production nationale augmente à 24,3 millions de tonnes, les petits exploitants, incapables de concurrencer, se tournent vers des cultures d’exportation vulnérables aux marchés extérieurs. Lorsque la présidente Claudia Sheinbaum impulse une réforme hydrique pour redistribuer les réserves via la Conagua, les agriculteurs craignent que les ventes de terres sans garantie d’eau favorisent les grands groupes, d’autant que les délais administratifs retardent déjà les permis.
Explication des faits actuels
La réforme prévoit que l’État réattribue l’eau après les transactions privées, ce qui rend les parcelles invendables pour les petits producteurs qui dépendent de cette ressource essentielle. Parce que la Conagua accumule des mois de retard dans les dossiers, les agriculteurs risquent des interruptions d’irrigation saisonnières, tandis que les multinationales rachètent à bas prix. Euclidio Rodríguez, dirigeant de la coalition nationale, déplore que le gouvernement n’accorde que quelques jours de dialogue pour un texte crucial, alors que les blocages touchent postes-frontières comme Ciudad Juárez-El Paso où 70% des échanges transitent. Sergio Narvaez, producteur d’ail à Aguascalientes, insiste sur l’ampleur inédite du mouvement qui paralyse le pays depuis deux mois.
