Imagine, tu es Michel Piccoli dans un film de Claude Sautet, un vrai film de cinéma hein, pas un
truc du style Avengers. J’ai rien contre les films d’action actuels, mais ça reste quand même
beaucoup de boum et de clac, et parfois, question scénario… c’est un peu bof-bof.
Donc, tu es Michel Piccoli. Image couleur. Tu roules avec une DS des années 70. Séquence de nuit
sur autoroute avec lampadaires. Oui, ok, si tu veux, il pleut. Et maintenant on imagine une musique
actuelle pour accompagner ton voyage. Concernant le scénario : tu pars rejoindre ta maîtresse jouée
par Romy Schneider (yeahhh), qui t’attend dans une petite maison en Normandie (c’est pour ça que
j’accepte la pluie pour la scène). Ben oui, c’est quand même plus romantique qu’un Avengers.
J’ai planté le décor, tu y es ? Maintenant je te rajoute la musique sur l’image : Kerala Dust, album
An Echo Of Love (sorti récemment). Tu vois ça ? Carrément génial. Les deux vont exactement
ensemble : le mélange ancien monde pour l’image, et musique actuelle pour la bande-son. Boum,
clac dans les dents les Avengers !
Alors qui sont ces gars ? Kerala Dust est un trio londonien formé en 2016 par Edmund Kenny
(chant et claviers), accompagné de Lawrence Howarth (guitare) et Harvey Grant (basse). Leur son
est un mélange subtil de deep house, blues-rock et ambient. Imagine un croisement improbable
entre Tom Waits et Massive Attack, passé dans une boîte à rythmes.
Le nom du groupe évoque le voyage : Edmund Kenny, grand amateur de littérature et de road trips,
voulait suggérer l’idée de poussière, de traces laissées, comme une cartographie sonore. Leur
première reconnaissance arrive avec le morceau « Maria » (2017), puis ils s’affirment avec l’album
« Light, West » (2020), déjà très cinématographique. Mais c’est avec An Echo Of Love (2023) qu’ils
affinent leur univers : basses chaudes et hypnotiques, nappes planantes, et cette voix grave, un peu
désabusée, qui te murmure à l’oreille comme un secret.
Petit détail qui fait la différence : Kerala Dust est surtout connu pour ses lives. Ils improvisent
énormément, transforment chaque morceau en longue odyssée hypnotique. Beaucoup parlent de
leurs concerts comme de véritables rituels. Et anecdote sympa : avant la musique, Edmund Kenny
écrivait sur la philosophie politique, ce qui explique sans doute cette gravité dans ses textes et ce
côté introspectif dans la musique.
Voilà, naturellement, on peut inverser l’histoire : c’est Romy qui roule sous la pluie pour rejoindre
Michel, mais j’insiste, toujours dans un film de Claude, un film de cinéma (oui je me répète, mais
c’est important).
Alors, tu peux me dire que Kerala Dust n’est pas la plus grande découverte musicale de la décennie,
et je serai d’accord avec toi. Mais en tant que Michel Piccoli, je t’avoue que j’ai quand même
vachement aimé les écouter, surtout en revenant dernièrement d’un petit musée et une journée à
Nice.
Allez, à bientôt bande de nazes.
