Voyage dans le Cinéma Gothique : Rebecca et Le Château du Dragon

Affiche de Dragonwyck
Le Château du Dragon (Dragonwyck), Joseph L. Mankiewicz (1946)
Affiche de Rebecca
Rebecca, Alfred Hitchcock (1940)

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Cette semaine, poursuivons notre exploration du cinéma américain avec un voyage dans le temps. Nous allons découvrir deux films fascinants : Rebecca d’Alfred Hitchcock (1940) et Le Château du Dragon (Dragonwyck) de Joseph L. Mankiewicz (1946). Ces deux chefs-d’œuvre du genre gothique partagent des thèmes puissants et une esthétique marquée, tout en abordant des questionnements sur le mariage et le destin des femmes.


Deux Femmes, Un Piège : Le Mariage comme Thème Central

"You couldn't marry a dream", le dur constat de Miranda.
« On n’épouse pas un rêve« , Miranda dans Le château du Dragon

Rebecca et Le Château du Dragon suivent chacune une jeune femme innocente qui tombe sous le charme d’un homme cruel, et se retrouve piégée dans une réalité sombre et angoissante. Bien que ces films partagent de nombreux points communs, notamment leurs dates de parution proches, il est essentiel de noter que Hitchcock, déjà maître du cinéma à l’époque, adopte une approche différente de Mankiewicz, plus novice.

Le mariage, dans ces deux films, devient un terrain propice à l’esthétique gothique. David J. Skal, historien du cinéma, le souligne dans The Monster Show : A Cultural History of Horror :

« Dans l’horreur gothique, la famille et le mariage sont souvent des lieux de malaise, car ils représentent les liens psychologiques du passé, la perpétuation des traumatismes générationnels et la nécessité de confronter les histoires réprimées. »

Le mariage, au-delà de son aspect romantique, est ainsi dépeint comme un piège, une structure oppressante qui enferme les protagonistes dans un monde d’angoisse et de manipulation.

L’Esthétique Gothique : Une Époque Marquée par la Dualité

Dragonwyck: Miranda et Nicholas
Miranda et Nicholas dans Le château du Dragon

L’esthétique gothique connaît une popularité particulière dans les années 1940, en plein contexte de Seconde Guerre mondiale. Cette époque, marquée par les horreurs de la guerre, ravive les fantômes du passé tout en ouvrant la voie à la psychologie, un moyen de comprendre et de soigner les blessures invisibles. Ces deux éléments nourrissent la popularité du genre gothique, qui explore les ténèbres intérieures et les conflits psychologiques.

Toujours selon David J. Skal : « Le film d’horreur gothique offrait au public non seulement une évasion palpitante vers l’inconnu, mais aussi un miroir dans lequel la présence inquiétante du passé pouvait être reflétée, mettant en lumière la terreur de ce qui a été réprimé ou laissé non résolu. »

Au-delà de son identité visuelle marquée, le genre gothique met souvent en scène la dualité de l’homme, une exploration de la frontière entre le bien et le mal. Ce thème, né avec des œuvres comme Frankenstein de Mary Shelley (1818), se retrouve dans Rebecca et Le Château du Dragon, où les relations complexes entre les personnages principaux et leurs époux révèlent une double nature, à la fois charmante et terrifiante.

Dans Rebecca, l’héroïne doit affronter le fantôme de l’ex-femme de son mari, tandis que dans Le Château du Dragon, Miranda se confronte à ses rêves d’enfance et aux attentes écrasantes de sa famille traditionnelle. Dans les deux films, la tension entre désir et angoisse est exacerbée par des relations amoureuses et des désirs sexuels, créant une atmosphère lourde et inquiétante.

L’esthétique gothique est particulièrement évidente dans Le Château du Dragon, avec ses décors somptueux et ses costumes élaborés. Toutefois, le manichéisme des personnages y diminue parfois l’impact du suspense, limitant ainsi la profondeur de la réflexion gothique. À l’inverse, Hitchcock, dans Rebecca, adopte une approche plus subtile. Bien que l’identité gothique soit moins évidente, la tension psychologique incarnée par des personnages comme Mrs. Danvers renforce l’atmosphère gothique tout en maintenant un suspense palpitant.

Transmédialité : Du Roman au Cinéma

Un autre point commun entre ces deux films réside dans leur origine littéraire. Rebecca est adapté du roman éponyme de Daphne du Maurier, et Le Château du Dragon est tiré du livre Dragonwyck d’Anya Seton. La théorie de la transmédialité, développée par des penseurs comme Marshall McLuhan, permet d’expliquer les différences d’expérience entre le livre et le film. McLuhan, dans Understanding Media : The Extensions of Man (1964), soutient que « le média est le message », c’est-à-dire que chaque média, qu’il s’agisse d’un livre, d’un film ou d’un jeu vidéo, façonne notre perception de l’histoire de manière unique, indépendamment de son contenu.

Mrs Danvers présantant le fantôme à Rebecca.
Mrs. Danvers présentant à Rebecca l’ex-femme de son époux.

L’esthétique gothique, qui a d’abord émergé dans la littérature, est ensuite transposée au cinéma. Mankiewicz, encore novice dans l’industrie cinématographique, choisit de suivre fidèlement l’esprit du roman Dragonwyck, en mettant l’accent sur la forme et les décors pour recréer l’univers littéraire. Hitchcock, quant à lui, fort de son expérience cinématographique, privilégie l’évolution psychologique de ses personnages et utilise le médium audiovisuel pour accentuer le suspense et la tension. Ainsi, les deux réalisateurs, tout en respectant l’esprit des romans, exploitent les spécificités de leurs médiums respectifs. Ils offrent des expériences cinématographiques distinctes mais complémentaires dans le cadre du genre gothique.

Conclusion : Deux Approches Complémentaires du Gothique

En conclusion, Rebecca et Le Château du Dragon nous plongent dans des histoires où le mariage et la famille deviennent des sources d’angoisse et de mal-être, parfaitement adaptées à l’esthétique gothique. Tandis que Dragonwyck privilégie l’expérience visuelle en se concentrant sur les décors et l’atmosphère du roman, Rebecca utilise le langage cinématographique pour explorer la psychologie des personnages et maintenir un suspense haletant.

Ces deux films nous permettent d’explorer, sous des angles différents, les thèmes d’une époque troublée, en nous offrant des visions complémentaires du gothique : l’une plus visuelle, l’autre plus psychologique. Ensemble, ils forment un voyage fascinant dans les ténèbres de l’âme humaine et les secrets du passé.


A propos de Rebecca

Disponible sur YouTube en version originale ou en version originale sous-titrée. Egalement disponible à la médiathèque Chalucet.

A propos de Le château du Dragon (Dragonwyck)

Disponible sur YouTube en version originale ou en version française. Egalement disponible en VO sous-titrée à la médiathèque de Chalucet.


5 commentaires sur « Voyage dans le Cinéma Gothique : Rebecca et Le Château du Dragon »

  1. Un voyage dans le temps en effet, où sans pléthore d’effets spéciaux, un film ne vous lâchait pas du début à la fin…
    Je ne connaissais pas leur appartenance à une classe « gothique ». Merci encore pour vos articles… Mais n’allez vous écrire que sur le cinéma aux/des USA?

    1. Merci beaucoup pour vos commentaires! Le gothique est très souvent associé à un style vestimentaire, il est en réalité plus complexe.
      Je change de thème chaque mois. Et le mois prochain, ce sera le cinéma espagnol pour fêter la sortie du nouveau film d’Almodovar!

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