Alors que la République démocratique du Congo (RDC) fait face à l’une des pires épidémies d’Ebola de son histoire, le directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, s’est rendu pour la deuxième fois dans le pays le 4 août 2026. Cette visite s’inscrit dans un contexte préoccupant : l’épidémie se poursuit « à un rythme qui dépasse les capacités de réponse », selon l’OMS. Le Dr Ghebreyesus a tiré la sonnette d’alarme dans un message publié sur le réseau social X le 5 août : « L’épidémie se propage plus rapidement que le renforcement de notre riposte, les nouveaux cas ayant doublé dans certains foyers au cours de la seule semaine écoulée ».
Déclarée le 15 mai, cette 17e épidémie d’Ebola est devenue la deuxième plus meurtrière jamais enregistrée. Le ministère de la Santé de la RDC a dénombré, au 4 août, 3 973 cas et 1 801 décès, soit un taux de létalité de 45,3 %. Plus préoccupant, 567 nouveaux cas et 296 décès ont été enregistrés en une semaine. Il s’agit des chiffres hebdomadaires les plus élevés depuis le début de la flambée. L’épidémie, initialement concentrée dans la province de l’Ituri, s’est propagée à cinq provinces, dont le Nord-Kivu et le Sud-Kivu (zone de conflit frontalière avec le Rwanda). La dynamique de l’épidémie est cependant hétérogène : l’Ituri concentre plus de 85 % des cas, tandis que le dernier cas déclaré au Sud-Kivu remonte au 10 juin. Environ 75,3 % des cas contacts bénéficient d’un suivi, avec d’importantes disparités selon les régions.
Pour renforcer la riposte sur le terrain, le plus grand centre de traitement d’Ebola doit ouvrir ses portes cette semaine dans la province de l’Ituri. Porté par l’organisation humanitaire International Medical Corps (IMC) avec l’appui des Nations unies, cet établissement de 100 lits – dont 60 dédiés aux cas confirmés et 40 aux cas suspects – est implanté à Rwankole, en périphérie de Bunia. Plus de 300 professionnels de santé y seront mobilisés. Le Dr Mohamed Janabi, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, doit également se rendre dans les prochains jours en RDC pour rencontrer les équipes de première ligne.
La riposte à l’épidémie est toutefois confrontée à de nombreuses difficultés : financières, sociales et organisationnelles. Sur le plan financier, les promesses de dons tardent à se concrétiser et l’OMS a réitéré le 4 août son appel à un soutien accru. Sur le plan social, la méfiance des communautés locales, alimentée par des rumeurs et par un contexte de conflit chronique, complique l’acceptation des mesures de prévention et le travail des équipes de traçage des contacts. Sur le plan organisationnel, l’accès des soignants aux populations les plus isolées s’est avéré difficile dans ce contexte. Par ailleurs, les équipements de protection (gants, masques…) ont pu faire défaut au moins au début de l’épidémie comme en témoignent les 151 professionnels de santé contaminés depuis le début de l’épidémie, dont 44 sont décédés.
Au-delà des frontières congolaises, l’Ouganda a également été touché, avec 20 cas confirmés et 2 décès recensés, le dernier en date du 20 juin 2026. Trois médecins contaminés ont par ailleurs été rapatriés en Europe : un Français soigné dans un hôpital parisien a guéri, et deux Américains pris en charge en Allemagne, dont l’un également guéri, est sorti d’hospitalisation.
Pour l’heure, il n’existe pas de vaccin ni de traitement spécifique pour cette souche du virus Ebola (souche Bundibugyo). Des essais sur des vaccins en cours de développement sont menés, mais leur approbation prendra encore plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Dr Eric Farfour (clin92.com, hôpital Foch)
Sources : Institut National de Santé Publique de RDC, Organisation Mondiale de la Santé, Organisation des Nations Unis, déclarations du Dr Ghebreyesus (directeur général de l’OMS)
