Entre patrimoine et sécurité, la chasse en quête de légitimité

Alors que les électeurs du Var se rendent aux urnes pour les municipales, les fédérations de chasse multiplient les démarches auprès des mairies afin de faire signer un manifeste qui défend les pratiques traditionnelles et, surtout, le maintien de la chasse le week-end et les jours fériés. Dans le département, cette pression s’insère dans un calendrier plus large, marqué par des mobilisations nationales des chasseurs devant les mairies, où les élus sont invités à prendre connaissance puis, lorsqu’ils le souhaitent, à apposer leur signature sous les 11 revendications du « manifeste pour la chasse ».

Un manifeste conçu comme un outil de lobbying local

Le document, élaboré par la Fédération nationale des chasseurs (FNC), conjugue des arguments patrimoniaux, économiques et sécuritaires pour défendre une vision très codifiée de la ruralité. Il revendique notamment la reconnaissance de la chasse comme patrimoine culturel à l’Unesco, la fin du financement des dégâts de gibier par les seuls chasseurs, la suppression des moratoires sans fondement scientifique et la défense des chasses traditionnelles, du piégeage ou du déterrage. Enfin, il appelle à la mise en place d’une « police de proximité rurale » portée par les fédérations de chasse, sous l’autorité de l’Office français de la biodiversité (OFB), ce qui confère à la structure une forme de rôle semi‑officiel dans la gestion des territoires.

Le week‑end, enjeu central du rapport de force

Parmi les onze points, la « liberté de continuer à chasser les week-ends, les vacances et les jours fériés » occupe une place centrale, car elle s’oppose directement aux propositions de loi et des mobilisations citoyennes qui appellent à interdire la chasse ces jours-là pour limiter les risques pour les marcheurs et améliorer la cohabitation entre usagers de la nature. Les chasseurs justifient cette revendication en rappelant que la pratique se fait majoritairement ces jours-là et qu’elle a lieu à 75% sur des territoires privés, ce qui, selon eux, renvoie à une logique de loisir plus qu’à une simple contrainte agricole. Pour les opposants, cette insistance souligne une volonté de verrouiller juridiquement une prérogative que les élus locaux pourraient, en théorie, encadrer davantage, notamment via des arrêtés municipaux ou des plannings de chasse concertés.

Un enjeu politique à la veille des municipales

Les élus de demain, qui seront élus dans les communes du Var, se retrouvent donc placés dans une position de médiateurs entre les demandes des chasseurs, les associations de protection animale et les usagers de la nature, alors même que la chasse reste un sujet sensible dans les campagnes et les zones périurbaines. Les signatures de maire sous le manifeste peuvent être mobilisées pendant les campagnes comme des gages de soutien à une certaine conception de la ruralité, tandis que leurs refus peuvent être instrumentalisés par les fédérations comme des signes de rupture avec les milieux ruraux. Dans ce contexte, chaque mairie du Var devient un terrain de négociation local, où la question de la chasse le week-end se mêle à d’autres enjeux comme la gestion des grands prédateurs, la sécurité des chemins et la pression sur la biodiversité.

Les chasseurs utilisent les élections municipales pour figer un cadre favorable à la pratique le week-end et les jours fériés, ce qui place les futurs maires du Var devant un choix politique concret entre cohésion rurale, sécurité des usagers et préservation de la biodiversité.
N’hésitez pas à réagir et à partager votre point de vue sur la place de la chasse dans votre commune.

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