Un procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a affirmé vendredi que l’ex‑président philippin Rodrigo Duterte avait tué des « milliers de personnes » lors de sa campagne antidrogue, lors du dernier jour d’audiences de confirmation des charges à La Haye. Cette déclaration s’inscrit dans une procédure qui pourrait mener à un procès pour crimes contre l’humanité, impliquant des exécutions extrajudiciaires menées sur plusieurs décennies.
Rodrigo Duterte a longtemps promu une politique de tolérance zéro contre la drogue, d’abord comme maire de Davao, puis comme président des Philippines entre 2016 et 2022. Les autorités philippines ont recensé environ 6 200 morts lors d’opérations officielles, tandis que des organisations de défense des droits humains estiment que la « guerre contre la drogue » aurait fait jusqu’à 30 000 victimes. Selon la CPI, Duterte aurait dirigé un « escadron de la mort » à Davao et aurait ensuite étendu cette logique à l’échelle nationale.
Les procureurs ont présenté 76 cas de meurtres présumés, considérés comme un échantillon symbolique d’un ensemble beaucoup plus vaste. Ils accusent l’ex‑chef de l’État d’avoir personnellement sélectionné certaines victimes, dressé des listes de personnes à tuer et favorisé des exécutions ciblées, souvent dans des quartiers pauvres. Les juges ont entendu pendant quatre jours les arguments de l’accusation, de la défense et des représentants des familles de victimes, avant de disposer de 60 jours pour décider si un procès se déroulera.
Si les charges sont confirmées, Duterte pourra être jugé pour crimes contre l’humanité, malgré son absence physique à ces audiences, son avocat invoquant un état de santé incompatible avec la comparution. La défense conteste tout lien direct entre l’ancien président et les meurtres, ce que les représentants des victimes jugent insoutenable au regard de la souffrance endurée depuis des années.
La CPI affirme que Duterte a « promis de tuer des milliers de personnes et qu’il l’a fait », ce qui renforce la pression internationale autour d’un dossier qui met en lumière la responsabilité des dirigeants dans des campagnes de répression meurtrières. Les citoyens du monde entier suivent cette affaire, qui illustre la tension entre politique de sécurité publique et respect des droits fondamentaux.
La Cour rendra sa décision dans les semaines à venir, et la moindre évolution pourra avoir des répercussions sur la manière dont les autres États envisagent la lutte contre la drogue. L’ex‑président philippin fait face à l’Histoire et à la justice internationale, tandis que des milliers de familles attendent enfin une reconnaissance de leurs pertes.
