Dans les cours de récréation des années 1960, les Mistral gagnant étaient moins des chansons que de petits sachets de plaisir, puisque ces confiseries, vendues pour une dizaine de centimes, se présentaient sous la forme de pochettes en papier vert contenant une poudre sucrée et pétillante, que les enfants aspiraient avec une paille en réglisse sur la langue. On y trouvait parfois écrit l’inscription « gagnant » à l’intérieur de l’emballage, ce qui autorisait les plus chanceux à repartir avec un deuxième bonbon gratuitement, et ce principe de jeu donnait précisément son nom à la friandise.
Lorsque Renaud compose la chanson « Mistral gagnant » en 1985, il puise dans ce souvenir d’enfance, car le titre convoque à la fois les douceurs révolues de son époque et la nostalgie implicite d’un temps où les bonbons coûtaient un franc et où une simple mention manuscrite pouvait déclencher une petite récompense. La chanson, d’abord jugée trop intime pour figurer sur l’album, finit par devenir un titre emblématique, alors même que la confiserie dont elle tire son nom avait déjà disparu des rayons bien avant l’enregistrement. Ainsi, le Mistral gagnant de l’enfance, fruit de la mémoire tactile et gustative, devient métaphore du temps qui passe, lorsqu’il se transforme en chanson adressée à sa fille, Lolita, et à toutes les générations qui, elles aussi, ne retrouveront jamais ces bonbons.
