Au début du XIXᵉ siècle, une idée audacieuse voit le jour sur les rivières américaines : propulser des embarcations non plus par la seule force du courant, mais par des chevaux ou des mules faisant tourner un tapis roulant. Ces « bateaux à chevaux » ou « ferries à chevaux » illustrent une étape de transition entre l’âge de la voile et celui de la machine à vapeur.
Une invention née du besoin de contrôler le courant
En raison des forts courants et des routes fluviales toujours plus fréquentées, les milieux de transport cherchent des solutions pour remonter les fleuves sans dépendre du vent. C’est dans ce contexte qu’un système de propulsion animale, apte à actionner une hélice mécanique, apparaît. Dès 1801, l’inventeur américain David Grieve dépose un brevet pour des « bateaux pour remonter les rivières », basé sur une hélice à pattes d’oie immergée, alors qualifiée de « roue à aubes » mécanique.
Comment fonctionnait ce ferry hippomobile ?
Le bateau-démonstration, parfois désigné sous le nom d’« Experiment », pèse environ 12 tonnes, mesure près de 30m de long sur 6m de large, et dispose d’un tirant d’eau modeste. Huit chevaux marchent sur un tapis roulant disposé à bord, ce dernier étant relié à une hélice horizontale qui remplace la roue à aubes traditionnelle. Lorsque les animaux avancent, leur énergie se transforme en mouvement rotatif, ce qui permet de propulser l’embarcation en amont du courant.
Une expérience longtemps oubliée
Entre 1807 et 1810, selon les sources, cette expérience navigue sur les eaux américaines, mais elle reste limitée et peu connue. Les brevets originaux, dont celui de Grieve, sont ensuite perdus lors de l’incendie de l’Office des brevets des États‑Unis en 1836. L’idée de propulser un navire par une hélice mécanique n’en reste pas moins clés pour la suite de l’histoire maritime, puisqu’elle préfigure ce que l’on appellera plus tard l’« hélice d’Ericsson ».
Un modèle hybride entre l’animal et la machine
Les bateaux à chevaux, principalement utilisés comme ferries sur les rivières américaines de 1810 à 1850, illustrent une étape hybride où la traction animale rencontre la mécanique industrielle naissante. Leur fonctionnement repose sur un principe simple mais peu répandu : transformer le mouvement d’animaux de trait en énergie marine grâce à un système de tapis roulant et d’hélice immergée.
Un héritage technique encore visible
Bien que ces embarcations à propulsion hippomobile aient disparu, leur logique reste inscrite dans le développement des hélices modernes. Le principe de base — une roue ou une hélice tournant dans l’eau — sert désormais à propulser les bateaux de toute taille, des ferry urbains aux porte‑avions. Source 1 Source 2

