À Paris, le tribunal judiciaire entend depuis le 19 février une coalition d’ONG et la ville de Paris dénoncer la stratégie de TotalEnergies en matière de climat. Sur le banc, la multinationale se défend en invoquant la complexité des équilibres énergétiques et un changement climatique « global et multifactoriel », alors que des scientifiques, notamment Valérie Masson‑Delmotte, climatologue du Giec, démontent point par point cet argumentaire.
Historiquement, TotalEnergies a progressivement intégré la notion de devoir de vigilance dans ses communications, après l’adoption de la loi de 2017, tout en s’appuyant sur un discours de neutralité carbone et de gaz « moins émetteur » que le charbon. Pourtant, les plaintes soulignent que la compagnie continue de prévoir une augmentation de sa production de pétrole et de gaz, ainsi que la poursuite de projets d’expansion fossile, ce qui entre en contradiction avec les trajectoires 1,5 °C du Giec et de l’Agence internationale de l’énergie.
Lors de l’audience, les climatologues ont insisté sur le fait que le problème ne réside pas dans l’intensité carbone mais dans les émissions absolues, rappelant que la combustion de gaz, pétrole et charbon représente encore environ 70 % des émissions mondiales. Valérie Masson‑Delmotte a également souligné que le Giec ne fournit pas de feuille de route sectorielle, mais que les données scientifiques exigent la fermeture des infrastructures fossiles avant la fin de leur durée de vie et la cessation de nouveaux investissements dans ce secteur.
Cette confrontation met en lumière la tension entre une entreprise qui se présente comme « acteur de la transition » et une science du climat qui impose une réduction drastique et rapide des émissions fossiles. Le 25 juin, les juges décideront si la loi sur le devoir de vigilance peut s’appliquer au climat et contraindre TotalEnergies à aligner sa stratégie avec les objectifs de l’Accord de Paris.
