Un barbier de Six-Fours fermé pour travail illégal

Quand les habitants de Six‑Fours‑les‑Plages se rendaient jusqu’au « Les Marseillais de Six‑Fours », au 733 avenue Maréchal de Lattre de Tassigny, ils ignoraient que l’établissement servait aussi de terrain de fraude au droit du travail. Le 17 février 2026, alors que le quartier retrouvait peu à peu un rythme normal, le rideau du barbier a de nouveau été baissé, cette fois sur ordre du préfet du Var, qui a prononcé une fermeture administrative de trois mois pour travail illégal.

Auparavant, le salon avait déjà fait parler de lui en décembre dernier, lorsque des policiers avaient découvert un différend entre plusieurs individus à l’intérieur, avant une bagarre dans la traversée du Pont‑Faraut qui s’était soldée par une agression grave avec un tournevis. Le maire avait alors pris un arrêté de fermeture pour troubles à l’ordre public, mais le juge des référés avait récemment suspendu cet arrêté et de condamner la commune à verser 1 500 euros au gérant, ce qui laissait entendre que le combat juridique entre la mairie et l’établissement n’était pas terminé.

Le préfet du Département, saisi par la police nationale dans le cadre du comité départemental antifraude (CODAF), a ensuite instruit une autre procédure, plus lourde, centrée cette fois sur le fonctionnement interne du salon. Les agents ont constaté plusieurs faits graves : emploi de travailleurs étrangers sans titres autorisant l’exercice d’une activité salariée, et travail dissimulé par texte dire qu’une activité légale avait été cachée aux organismes de recouvrement, ce qui touche à la fois la sécurité sociale et l’administration fiscale.

La décision de fermeture s’inscrit dans une logique de sanction « exemplaire », car les infractions se répètent dans le temps et touchent une partie importante de la main‑d’œuvre. Les services de l’État soulignent que les organismes sociaux, l’administration fiscale et les salariés eux-mêmes ont subi des préjudices concrets, puisque certains travailleurs se sont retrouvés sans couverture sociale ni contrat officiel, tout en versant des impôts à des conditions souvent précaires.

Avant de prononcer ces trois mois de fermeture, le préfet a laissé l’entreprise exercer son droit à être entendue, dans le cadre d’une procédure contradictoire pilotée par la direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités (DDETS). Cette étape, imposée par le Code du travail, a permis à l’établissement de présenter ses observations, mais sans empêcher la sanction, ce qui laisse supposer que les éléments de défense ne sont pas venus infirmer la gravité des faits constatés par les agents de contrôle.

En plus de la fermeture temporaire, d’autres sanctions administratives seront prononcées pour tenir compte de la fraude financière, notamment en matière de cotisations sociales et de déclarations fiscales. Les enquêteurs mettent en avant la fraude cumulée, qui peut se traduire par des redressements lourds sur plusieurs années, et laissent entendre que l’autorité judiciaire pourrait, à son tour, ouvrir des poursuites pénales si les faits relèvent du délit de travail dissimulé ou d’emploi de travailleurs étrangers en situation irrégulière.

Pourquoi ce cas concerne les habitants du Var

Pour les riverains, la fermeture du barber pose d’abord une question de concurrence déloyale : les établissements qui respectent les règles supportant des charges sociales et fiscales plus élevées que ceux qui dissimulent leurs salariés, ce qui pèse sur la viabilité de nombreuses petites structures du secteur. Les habitants qui se rendaient chez « Les Marseillais » faisaient partie de ce marché, sans toujours savoir qu’ils alimentaient présentaient une économie grise, ce qui fragilise l’ensemble du tissu commerce local.

Sur le plan social, les salariés concernés sortent souvent victimes de la situation : sans contrat déclaré, sans couverture santé ni chômage, ils travaillent dans la précarité et peuvent être exposés à des pressions ou à des abus dont ils ne disposent pas toujours des moyens pour se défendre. Au-delà de Six‑Fours, la multiplication de fermetures administratives dans des communes voisines comme La Seyne‑sur‑Mer montre que le travail illégal gagne des secteurs où la clientèle est importante, ce qui renforce la nécessité de contrôle et de vigilance dans tout le Var.

Qui décide, qui agit et qui subit

Les décisions viennent d’abord de la préfecture, qui incarne l’État dans le département et possède des pouvoirs spécifiques, notamment via la loi sur la fermeture administrative pour travail illégal, appuyée par l’article L. 8272-2 du Code du travail. Les agents de la police nationale, le CODAF et la DDETS préparent les dossiers, mais c’est le préfet qui, après analyse, décide de la sanction, en pesant la gravité des faits et la nécessité de protéger les salariés et les organismes sociaux.

En face, les gérants concernés tentent de se défendre, parfois en attaquant les arrêtés municipaux jugés disproportionnés, comme ce fut le cas à Six-Fours-les-Plages, où le juge a déjà condamné la commune à rendre une somme au supplémentaire. Les salariés, souvent en situation fragile, restent dans l’ombre, car ils risquent de perdre leur emploi s’ils parlent ou s’ils sont directement interpellés, ce qui oblige les services de l’État à nouer des partenariats avec des associations d’aide aux personnes en situation irrégulière.

Conflit maire – préfet sur le même salon

Ce cas met aussi en lumière une tension entre acteurs locaux et acteurs de l’État : la mairie avait d’abord agi pour un motif de trouble à l’ordre public, puis la justice a suspendu l’arrêté, ce qui désavoue la décision municipale. Le préfet, lui, intervient sur un autre fondement, celui du Code du travail, ce qui renvoie à une logique plus nationale et moins immédiate, mais qui s’inscrit dans une politique de lutte renforcée contre le travail illégal dans le Var.

Pour les habitants, ce qui frappe, c’est de voir un établissement rouvrir peu après une fermeture d’ordre public, puis se faire de nouveau condamner quelques jours plus tard sur des motifs de fraude, ce qui peut alimenter les soupçons sur la gestion des contrôles et la réactivité des autorités. Dans un contexte où la concurrence est grossière entre les petits commerces, cette affaire rappelle que la régularisation des salaires et des emplois ne concerne pas seulement les patrons, mais aussi la justice sociale et la solidarité entre entreprises locales.

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