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title: "Intelligence artificielle et littérature : qui tient la plume ?"
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published_at: "2026-10-21T21:28:12+00:00"
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  - "Culture"
  - "Tech"
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## Quand la machine met son nez dans le texte

Après avoir annoncé la rupture de sa collaboration avec Thélyson Orélien, la maison d’édition canadienne Les Éditions du Boréal justifie sa décision en affirmant que l’auteur aurait eu recours à l’intelligence artificielle lors de l’écriture de son roman « C’était ça ou mourir », malgré ses assurances contraires. La maison d’édition a décidé de ne pas rééditer son livre ni de publier ses ouvrages futurs. Cette nouvelle polémique soulève des questions qui dépassent largement le cadre de ce cas particulier.

## Qui décide qui est un véritable auteur de nos jours ?

Ce dilemme mérite un examen plus approfondi. Bien que l’intelligence artificielle puisse bouleverser les règles du jeu, elle remet également en question les vieilles habitudes du secteur.

> Un stylo, plusieurs mains

## La littérature a toujours été une œuvre en devenir.

D’Alexandre Dumas, dont les œuvres furent en partie écrites par son collaborateur Auguste Maquet, aux « nègres » littéraires et aux livres publiés sous pseudonyme, certains principes fondamentaux demeurent inchangés. Le nom figurant sur la couverture d’un livre n’est pas toujours celui de son unique auteur. Mais à quel moment la collaboration devient-elle imitation ? Car, dans le cas de Thélyson Orélien, la collaboration s’est faite au détriment de l’auteur, sur décision de l’éditeur.

En effet, le recours aux nègres littéraires se multiplie depuis longtemps : hommes politiques, acteurs, réalisateurs, chanteurs, et même philosophes, ont souvent fait appel à ces héros méconnus du monde littéraire. Qu’il s’agisse de leurs discours, de leurs mémoires ou même de livres prétendument écrits par eux, La vérité est rarement celle que tu crois.

Dès lors, peut-on affirmer qu’un livre écrit par un nègre littéraire est moins légitime qu’un livre écrit à l’aide d’une intelligence artificielle ? Peut-on établir une distinction entre ces deux pratiques ? L’authenticité d’une œuvre ne dépend-elle pas des intentions de ceux qui ont participé à sa création ?

Le plagiat et la collaboration sont deux choses bien distinctes. Utiliser l’intelligence artificielle pour corriger des textes ou suggérer des alternatives n’équivaut pas à lui demander d’inventer des paragraphes entiers. Trahir son éditeur n’est pas synonyme de manque de talent littéraire. Confondre ces concepts reviendrait à juger un livre à l’aune de ses moyens de création plutôt que de son contenu.

## Des encyclopédies aux robots parlants

Poussons ce raisonnement un peu plus loin.

L’auteur d’un roman qui consulte une encyclopédie est-il moins un auteur que celui qui écrit de mémoire ? L’utilisation d’un dictionnaire, d’un correcteur orthographique ou d’un traitement de texte ne nuit-elle pas à l’authenticité d’un texte ? Ne faut-il pas également considérer que les romanciers peuvent faire appel à une expertise extérieure, comme celle d’un historien, d’un traducteur ou même d’un correcteur, pour écrire certaines scènes ?

Tous les écrivains ne sont pas des Rimbaud. Tous ne possèdent pas une culture encyclopédique, une maîtrise parfaite des genres et des formes littéraires, ni une mémoire irréprochable. La littérature est aussi un processus d’apprentissage et de découverte.

L’idée même paraît absurde. Mais c’est précisément le piège dans lequel nous tombons. Nous confondons les moyens et les fins.

Bien sûr, une encyclopédie n’écrit pas un roman à votre place. Un correcteur orthographique n’invente pas d’intrigue. Un dictionnaire ne choisit pas les sentiments de vos personnages. Mais l’intelligence artificielle franchit ce seuil et participe activement à la création du texte. C’est pourquoi nous devons repenser la transparence, le rôle de l’auteur et les attentes des éditeurs.

## Peut-on reconnaître l’auteur d’un texte grâce à l’intelligence artificielle ?

L’affaire Orélien soulève une autre question : puisque l’intelligence artificielle peut reconnaître des textes générés avec son aide, peut-elle également reconnaître l’auteur d’un texte ?

Si l’on soumettait les œuvres littéraires les plus populaires publiées depuis l’invention de l’imprimerie à l’analyse de ces nouveaux algorithmes de détection, quelles surprises nous attendraient ? Pourrions-nous découvrir des influences insoupçonnées, des imitations, voire les sources d’inspiration de certains auteurs ? Cette opération serait sans aucun doute à la fois divertissante et instructive.

Cependant, les détecteurs d’intelligence artificielle ne sont pas aussi fiables qu’ils le prétendent. Les statistiques ne sauraient remplacer une analyse littéraire objective. Même si un passage peut paraître suspect à un algorithme, il n’est pas pour autant automatiquement considéré comme un faux.

Dans le cas de Thélyson Orélien, la maison d’édition canadienne affirme désormais que de nouveaux éléments, notamment des informations sur la préparation du manuscrit, confirment sa thèse selon laquelle l’intelligence artificielle a été utilisée. Au-delà de la simple question de style, cela ouvre un débat long et complexe sur l’authenticité et la provenance. Sur quels nouveaux éléments se base-t-il ? Un document papier ? Numérique ? Manipulé par qui ? Un pro éditeur ? Un pro auteur ?

> Car qui serait juge des juges si l’intelligence artificielle devenait juge de la littérature ? Les auteurs ?

## La littérature ne devrait-elle pas se protéger du progrès ?

L’édition traverse une révolution qui pourrait bien être aussi importante que certaines avancées technologiques du passé. L’invention de l’imprimerie a permis la multiplication des exemplaires. La machine à écrire a facilité l’écriture. Les logiciels de traitement de texte ont simplifié la correction. Internet a rendu possible le partage de textes à l’échelle mondiale. L’intelligence artificielle est désormais sur le point de devenir un partenaire essentiel à la création d’œuvres.

Chacune de ces inventions a eu un impact majeur sur le commerce du livre et sur la société en général. Chaque génération doit régulièrement redéfinir les paramètres de l’authenticité, de la créativité, de la contribution et du pouvoir.

Les maisons d’édition ont parfaitement le droit de fixer les règles du jeu : elles peuvent, si elles le souhaitent, imposer leurs critères aux auteurs qui utilisent l’intelligence artificielle générative et refuser tout manuscrit qui ne répond pas à leurs exigences. Il appartient aux lecteurs de se demander s’ils souhaitent réellement connaître les conditions de rédaction d’un livre qu’ils achètent. Mais les principes appliqués doivent être précis, cohérents et surtout proportionnés.

Aider à la relecture n’équivaut pas à écrire un roman. Déclarer une collaboration n’est pas de la tromperie. Un livre n’est pas automatiquement disqualifié du simple fait qu’une machine ait participé à sa création.

Le véritable défi consiste donc à veiller à ce que les principes de valeur littéraire, de créativité et de responsabilité soient appliqués équitablement, maintenant que ces critères doivent être redéfinis dans le contexte de l’intelligence artificielle.

## Et si nous analysions les classiques ?

On pourrait croire que l’idée même de soumettre de tels chefs-d’œuvre littéraires à ces analyses est saugrenue. Après tout, la littérature est rarement le fruit d’une création isolée. Les écrivains s’inspirent les uns des autres, échangent, se corrigent mutuellement ou puisent leur inspiration chez d’autres auteurs. Un examen systématique des best-sellers depuis l’invention de l’imprimerie révélerait sans aucun doute des influences, des imitations, voire des sources d’inspiration insoupçonnées chez certains auteurs.

Une question, cependant, ne peut être résolue par l’intelligence artificielle : voulons-nous juger un livre selon sa valeur littéraire, selon l’authenticité de ses origines ou selon la conformité de son auteur à une idée particulière ?

> Ces trois approches ne s’excluent pas mutuellement. Elles ne sont pas non plus incompatibles.

Espérons que cette crise ne soit qu’un malentendu passager. Si les éditeurs souhaitent appliquer une politique aussi restrictive, qu’elle soit clairement définie, transparente et surtout équitable.

Car si nous consacrons notre vie à chercher une machine derrière chaque phrase, nous risquons de négliger la richesse des idées, la variété des émotions et des contradictions qui rendent la littérature si extraordinaire. Et dans notre quête de vérité, nous pourrions même finir par tuer ce que nous aimons le plus. Dans cette grande chasse aux sorcières, même les mouches devront faire attention à leur derrière.

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