Les moutons de North Ronaldsay, seuls mammifères à se nourrir exclusivement d’algues

Sur la minuscule île de North Ronaldsay, dans l’archipel écossais des Orcades, vit une race de moutons unique au monde : isolés sur le rivage depuis la construction d’un mur de pierre en 1832, ils se sont totalement adaptés à un régime marin, à base d’algues.

Un isolement qui a tout changé

Lorsqu’un mur de 1,8 mètre de hauteur fut érigé pour protéger les cultures agricoles de l’île, les moutons se retrouvèrent confinés sur la bande côtière. Sans herbe suffisante, ils se tournèrent génération après génération vers la seule ressource abondante disponible toute l’année : les algues marines, notamment les laminaires brunes (Laminaria digitata et Laminaria hyperborea). Ils sont aujourd’hui les seuls mammifères terrestres connus à se nourrir exclusivement d’algues sur d’aussi longues périodes, aux côtés de l’iguane marin des Galápagos.

Un organisme profondément reconfiguré

L’adaptation dépasse le simple changement d’habitude alimentaire : le microbiome de leur rumen s’est spécialisé dans la dégradation des fibres d’algues, au point que les micro-organismes digestifs ne sont plus capables de traiter correctement la cellulose contenue dans l’herbe. L’organisme a également modifié son absorption du cuivre – les algues contiennent des substances inhibant naturellement ce minéral, et les moutons ont développé une capacité à en extraire jusqu’à quatre fois plus que les races ordinaires. Résultat : un simple retour à un pâturage classique, trop riche en cuivre, peut désormais les intoxiquer mortellement.

La mer comme horloge biologique

Ces moutons ont également calé leur rythme de vie sur les marées : ils broutent à marée basse, quand les zones de varech sont exposées, et ruminent à marée haute. L’alimentation commence environ 3,5 heures après la marée haute, et se termine juste après la marée basse. Fait notable, même lorsqu’un peu d’herbe est disponible en été, ils lui préfèrent désormais les algues. Ce régime iodé confère également à leur viande une saveur décrite comme intense et sauvage, appréciée des connaisseurs.

Un intérêt scientifique grandissant

Les climatologues s’intéressent de près à ces moutons car leur régime à base d’algues réduit drastiquement leurs émissions de méthane, un gaz à effet de serre puissant produit par la fermentation digestive des ruminants. Des chercheurs des universités de Liverpool et du Minnesota étudient leur microbiome unique, espérant y trouver des pistes pour réduire la pollution liée à l’élevage.

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