Au procès en appel de l’affaire libyenne, la stratégie de défense de Nicolas Sarkozy est mise à mal par la riposte inattendue de son ancien bras droit, Claude Guéant. Absent pour raisons de santé, ce dernier sort du silence via des lettres cinglantes à la cour, contredisant frontalement son ex-patron et fragilisant ses arguments.
Contexte du procès
Le procès en appel, qui s’est ouvert le 16 mars 2026 à Paris, porte sur les soupçons de financement occulte de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 par la Libye de Mouammar Kadhafi. Condamné en première instance en septembre 2025 à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs, l’ancien président conteste vigoureusement ces accusations, niant tout pacte de corruption. Claude Guéant, lui, avait écopé de six ans ferme.
La stratégie de Sarkozy et ses failles
Lors de son interrogatoire fleuve fin mars et début avril, Sarkozy a méthodiquement chargé Guéant, son fidèle collaborateur de longue date – directeur de cabinet, de campagne, puis secrétaire général de l’Élysée. Il a mis en doute sa probité, évoquant des intérêts personnels et niant l’avoir connu avant 2002 ou lui avoir donné des instructions sur des dossiers libyens sensibles, comme le mandat d’arrêt d’Abdallah Senoussi. Cette tactique vise à se distancier de ses coprévenus, mais elle s’avère risquée.
La contre-attaque de Guéant
Empêché d’assister aux audiences, Guéant réplique par deux lettres : la première lue le 14 avril, la seconde datée du 26 avril. « Écœuré », il dément point par point, affirmant que Sarkozy l’a appelé pour « voir » la demande de Kadhafi sur Senoussi en 2007, et que leurs voyages en Libye étaient à la demande du président. Cette rupture après 20 ans de loyauté ébranle la défense sarkozyste, alors que de nouveaux interrogatoires sont prévus ce 29 avril.
Vers un verdict incertain
Le procès se poursuit jusqu’au 3 juin, avec des enjeux majeurs pour Sarkozy, poursuivi pour corruption passive, recel de détournement et financement illégal. La sortie de Guéant, qualifiée de « seisme » par les observateurs, complique une défense déjà sous pression et ravive les tensions au sein de l’ex-tandem présidentiel.
