En moins d’un an, l’agence fédérale américaine Immigration and Customs Enforcement (ICE) a vu ses effectifs passer d’environ 10 000 à 22 000 agents, après avoir embauché plus de 12 000 nouveaux éléments à la faveur d’une campagne de recrutement sans précédent. Cette montée en puissance, soutenue par une hausse de 120% de la dotation budgétaire et un appui politique direct, s’inscrit dans la volonté de l’administration Trump de multiplier les opérations d’arrestation et d’expulsion de migrants sans papiers.
Des critères de sélection allégés
Les responsables de la Sécurité intérieure justifient cette accélération par la suppression ou la réduction de plusieurs barrières classiques à l’embauche. Les limites d’âge ont été levées, permettant à des candidats de 18 ans de postuler, tandis que les conditions de recrutement, notamment pour les profils ayant déjà un casier judiciaire mineur, ont été assouplies afin de répondre aux objectifs chiffrés. À cela s’ajoutent de fortes incitations financières, avec des primes à l’embauche pouvant atteindre 50 000 dollars et des dispositifs de remboursement de prêts étudiants, qui ont attiré plus de 220 000 candidatures pour un objectif initial de 10 000 recrutements.
Une formation fortement réduite
Parallèlement à l’assouplissement des critères, la durée et la densité de la formation ont été revues à la baisse. Le programme de base, qui totalisait environ cinq mois, se réduit dorénavant à une quarantaine de jours, soit une diminution de moitié environ, ce qui inquiète plusieurs anciens cadres de l’agence et des spécialistes. Pour les responsables de l’ICE, cette reconfiguration du cycle de formation vise à déployer les nouveaux agents plus vite sur le terrain, au moment où l’agence doit multiplier ses interventions dans les lieux de travail, les zones urbaines et les centres de détention.
Des profils très hétérogènes
Les observateurs soulignent que, derrière la montée en puissance, se dessine un corps de recrues plus jeune, parfois peu expérimenté, avec des profils parfois proches de ceux des hooligans ou des candidats motivés avant tout par la confrontation et l’usage de la force. Certains candidats, venus de catégories sociales défavorisées, répondent à l’appel pour bénéficier des avantages matériels, tandis que d’autres viennent des rangs des forces de l’ordre ou des milices locales, ce qui renforce la fracture avec les communautés ciblées par les opérations.
Un outil de politique intérieure
L’expansion de l’ICE participe d’un projet politique plus large, qui vise à mobiliser la police de l’immigration comme un levier de communication et de contrôle social. Les arrestations spectaculaires, les opérations dans les magasins ou les usines, et la diffusion de vidéos de raids servent à montrer une présence très visible de l’État, tout en nourrissant les critiques sur les risques de dérapage et sur la qualité des recrues.