Le Parquet national financier (PNF) a ouvert, vendredi 6 février 2026, une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » visant l’ancien ministre de la Culture et président de l’Institut du monde arabe (IMA) Jack Lang , ainsi que sa filleCaroline Lang.
Cette procédure s’inscrit dans le prolongement de la révélation de liens financiers et immobiliers entre la famille Lang et le financier américain Jeffrey Epstein , occultés dans des structures offshore, notamment au Maroc et dans un paradis fiscal, selon les enquêtes de Mediapart et les documents publiés par la justice américaine.
Situation de Jack et Caroline Lang
Jack Lang, 86 ans, ancien ministre de la Culture sous François Mitterrand et Lionel Jospin, préside l’Institut du monde arabe depuis 2013. L’établissement, financé à plus de 70% par l’État français (ministère des Affaires étrangères), est au cœur d’enjeux politiques et institutionnels, à l’heure où plusieurs voix réclament sa démission.
Caroline Lang, productrice de cinéma et ancienne présidente du Syndicat des producteurs indépendants, a démissionné de cette fonction début février, après la diffusion de documents détaillants, notamment, une société offshore créée en 2016 avec Jeffrey Epstein et une transaction immobilière à Rabat présentée comme « offshore ».
Le gouvernement se réserve toutes les options
Le ministère des Affaires étrangères, principale autorité de tutelle de l’IMA, a convoqué Jack Lang, dimanche 8 février, au Quai d’Orsay, afin qu’il s’explique sur la nature et la durée de ses relations avec Epstein, ainsi que sur les retombées financières et d’image pour l’établissement.
Le gouvernement français se réserve « toutes les options » quant au maintien de Jack Lang à la présidence de l’Institut, sans exclure de demander sa démission, mais insiste sur la nécessité de laisser la justice faire son travail, conformément à la présomption d’innocence.
Développement judiciaire
L’enquête préliminaire du PNF, confirmée à l’AFP, est ouverte pourblanchiment de fraude fiscale aggravée, infraction prévue par les articles 324‑1 et 324‑8 du Code pénal. Le parquet indique que la procédure porte sur les « faits révélés par Mediapart relatifs à Caroline et Jack Lang » et sur leurs liens financiers présumés avec Jeffrey Epstein.
L’autorité judiciaire compétente est le PNF , en association avec des services de la police judiciaire spécialisés dans les délits fiscaux et la corruption économique. Les enquêteurs se sont saisis notamment des documents américains publiés le 30 janvier 2026, qui mentionnent à plusieurs reprises Jack et Caroline Lang dans le cadre de transactions immobilières et de structures sociétaires opaques.
Éléments teurs
Les pièces accessibles à ce stade montrent queCaroline Langfigure sur un testament financier rédigé par Jeffrey Epstein deux jours avant sa mort en 2019, lui versant 5 millions de dollars, somme dont elle assure n’avoir jamais eu connaissance.
Son nom apparaît également dans une transaction immobilière à Rabat, qualifiée de « offshore », et dans la création d’une société enregistrée dans un paradis fiscal, montée conjointement avec Epstein en 2016. Le PNF entend déterminer si ces structures ont servi à masquer des flux financiers français, éventuellement issus de revenus non déclarés, répondant ainsi à la définition juridique du blanchiment de fraude fiscale aggravée .
Réactions extérieures
Les publications de Mediapart ont suscité une rapide de plusieurs associations de lutte contre la corruption, dont l’Union nationale de l’indépendance judiciaire (UNIJ) et Transparency International France, qui appellent à une enquête « pleinement indépendante » et à une transparence totale sur les relations entre figures politiques et financières controversées.
Sur le plan politique, des élus issus de la gauche, de la droite et du centre s’expriment à la fois sur la nécessité de respecter la présomption d’innocence et sur la nécessité institutionnelle de protéger la crédibilité de l’IMA, structure emblématique de la diplomatie culturelle française.
Position de la défense
À ce jour, aucune déclaration officielle au nom de Jack Lang n’a été rendue publique, même si son entourage affirme saprésomption d’innocenceet son intention de « se placer pleinement sous le regard de la justice française ».
Caroline Lang, invitée par plusieurs médias, a indiqué ne pas avoir été informée à l’époque de la dimension criminelle de Jeffrey Epstein et n’avoir jamais perçu la somme prévue dans ce testament, insisté‑t‑elle, tout en admettant avoir eu des liens professionnels avec lui dans le cadre de projets culturels.
Défense et justification
Selon des proches, Jack Lang aurait toujours considéré Epstein comme un « investisseur international » impliqué dans des projets culturels, sans avoir eu connaissance de ses condamnations antérieures pour délits sexuels.
Caroline Lang, quant à elle, se défend de toute intention frauduleuse dans la création de la société offshore, en raison qu’il s’agissait d’un montage financier « répondant à des réalités du marché international » et non d’un dispositif destiné à échapper au fisc français.
Documents et citations
Les documents américains publiés début 2026 mentionnent le nom de Jack Lang plus de 670 fois dans différentes pièces, notamment des courriers, échanges et actes de transaction, tandis que Caroline Lang figure comme nommée dans des dispositions testamentaires et des actes de création de sociétés.
Les pièces produites par Mediapart, fondées sur ces documents, détaillent les modalités de la transaction immobilière à Rabat et la structure de la société offshore, en mettant en avant d’éventuelles connexions avec des flux financiers non déclarés.
Réactions politiques
Au sein du camp socialiste, plusieurs personnalités historiques invoquent la nécessité de protéger la réputation de Jack Lang, tout en jugeant indispensable de laisser la justice trancher.
À droite et au centre, certains élus appellent directement à sa démission, soulignant que la présidence d’un établissement financé par l’État français ne peut pas rester indifférente à une enquête pour blanchiment de fraude fiscale aggravée, même si la procédure est en cours.
L’Institut du monde arabe, créé en 1980, est un établissement public de coopération culturelle binationale, placé sous la tutelle du ministère des Affaires étrangères et chargé de promouvoir les relations entre la France et le monde arabe.
Jack Lang a été nommé à la présidence de l’IMA en 2013, poste auquel il est reconduit tous les six ans avec l’accord du comité de parrainage. Le dossier ouvert par le PNF, toujours en cours, laisse en suspens la question de son maintien à la tête de l’Institut, alors que la justice française devra apporter des éléments clairs sur la nature et la légitimité des flux financiers impliquant Caroline et Jack Lang dans le cadre de l’affaire Epstein.