Alors que la presse s’empare de millions de pages divulguées par le ministère américain de la Justice, les ombres de Jeffrey Epstein continuent d’effleurer des sphères jusqu’ici épargnées, des palais royaux aux arrière‑salles de la politique occidentale. Les derniers documents, dont la parution avait été rendue possible par une loi fédérale adoptée en décembre 2025, révèlent des liens indirects ou épistolaires avec des personnalités de premier plan, tout en laissant une partie de ces archives encore caviardées et hors de portée du public.
Mette‑Marit, future reine de Norvège
Le nom de Mette‑Marit, épouse du prince héritier Haakon et future reine de Norvège, apparaît au moins mille fois dans ces archives, selon le quotidien norvégien Verdens Gang, ce qui donne à ses échanges avec Jeffrey Epstein une dimension systématique plutôt qu’anecdotique. Les courriels datant de 2011 à 2014, dont certains ont été reproduits par la presse scandinave, dévoilent une tonalité de complicité et de familiarité, où la princesse répond à l’aveu d’Epstein d’être à Paris « en quête d’une épouse » qu’il y fait « bien pour l’adultère » mais que « les Scandinaves font de meilleures femmes ».
Face à cette tempête, Mette‑Marit a admis avoir « commis une erreur de jugement » et a reconnu qu’elle « regrette profondément d’avoir eu le moindre contact avec Epstein », tout en affirmant que « seul Jeffrey Epstein devait répondre de ses actes ». Elle a également précisé avoir cessé tout contact avec lui dès lors qu’elle a compris qu’il cherchait à exploiter ses liens avec la famille royale, ce qui laisse entrevoir une prise de conscience retardée mais publique.
Jack Lang et la famille Lang
L’ancien ministre français de la Culture Jack Lang, aujourd’hui président de l’Institut du monde arabe à Paris, assume « pleinement les liens » qu’il a entretenus avec Jeffrey Epstein, soulignant qu’ils remontent à une époque où rien ne laissait supposer qu’il pouvait être au cœur d’un réseau de criminalité. Contacts professionnels, déplacements, emprunts de voitures et de jets privés, ainsi que transactions immobilières et structurations offshore au Maroc et dans des paradis fiscaux, apparaissent dans les échanges rendus publics, où le nom de sa fille Caroline Lang revient à plusieurs reprises.
Interrogé par la presse française, Jack Lang a expliqué avoir rencontré Epstein il y a une quinzaine d’années par l’intermédiaire du réalisateur Woody Allen, séduit par son « érudition, sa culture et sa curiosité intellectuelle », tout en condamnant aujourd’hui ses « pratiques odieuses ». Aucune mise en cause judiciaire directe de Jack Lang n’est pourtant mentionnée dans ces documents, ce qui laisse la place à une lecture politique et éthique plutôt qu’à une accusation pénale immédiate.
Peter Mandelson, ex‑ambassadeur britannique
Les nouvelles pages consacrées à Peter Mandelson, ancien commissaire européen et ex‑ambassadeur britannique aux États‑Unis, dépeignent un réseau de proximité financière et épistolaire avec Jeffrey Epstein, qui pourrait compromettre durablement sa carrière. Selon des relevés bancaires, Epstein aurait transféré au total 75 000 dollars sur des comptes rattachés à l’ancien ministre travailliste, en trois virements de 25 000 dollars étalés entre 2003 et 2004, ce qui a conduit le gouvernement britannique à ordonner un « examen complet » de ses liens avec le financier.
Le Premier ministre Keir Starmer a également demandé une enquête sur des courriels gouvernementaux internes, dont l’un transmis par Mandelson à Epstein en 2009 alors qu’il occupait le poste de ministre du Commerce, ce qui soulève la question de la confidentialité des informations d’État. Face à la montée des soupçons, Mandelson a annoncé son retrait du Parti travailliste, affirmant qu’il commandait « une enquête de sa part » sur les allégations de paiements antérieurs, dont il dit « ne pas garder trace ni souvenir ».
Sarah Ferguson et la pression sur Andrew
La publication de nouveaux échanges de courriels a réactivé le cas de Sarah Ferguson, ex‑épouse du prince déchu Andrew, qui s’adresse à Jeffrey Epstein comme à un « frère » et lui demande 20 000 livres pour payer son loyer, tout en lui écrivant : « Je ne sais pas décrire mon amour et ma gratitude pour ta générosité et ta gentillesse. Je suis à ton service. Épouse‑moi. » Ces messages ont été envoyés après la condamnation d’Epstein en 2008, alors même qu’il était déjà connu pour avoir recouru aux services de prostituées mineures, ce qui renforce le caractère troublant de leur promiscuité.
Parallèlement, la pression sur Andrew, frère du roi Charles III, n’a cessé de croître, car une deuxième femme assure avoir été envoyée au Royaume‑Uni par Epstein pour avoir des rapports sexuels avec l’ancien prince déchu, dont la relation présumée se serait déroulée en 2010 à Windsor. Le Premier ministre Keir Starmer a appelé Andrew à témoigner aux États‑Unis, alors que les nouvelles images et courriels compromettants, dont certaines le montrent dans des postures choquantes, alimentent la demande de vérité des victimes.
Les révélations actuelles ne reconstituent pas seulement un réseau criminel, mais dressent le portrait d’un monde où les frontières entre proximité sociale, confiances politiques et soupçons de complicité restent floues, ce qui invite à une mise à nu plus large des élites qui ont côtoyé Epstein sans pour autant, jusqu’ici, être jugées.
