Lorsque René Higonnet (Valence), ingénieur français, pénètre pour la première fois dans une imprimerie en 1944, il est frappé par le contraste entre la modernité des presses offset et l’archaïsme persistant de la composition en plomb, alors que la guerre vient de s’achever et que l’imprimerie peine à se moderniser. C’est dans ce contexte que, avec son collègue Louis Moyroud (Moirans), il conçoit l’idée d’une machine capable de produire du texte directement sur film, en remplaçant les caractères mobiles par la lumière. Cette idée, bien que simple en théorie, exige des années de recherche et de développement, car elle implique la combinaison de la photographie ultrarapide, du calcul binaire et de l’électronique, des technologies alors peu connues dans le monde de l’imprimerie.

Après avoir essuyé un refus des investisseurs français, Higonnet et Moyroud s’expatrient aux États-Unis en 1948, où ils trouvent un soutien financier et technique auprès de la société Lithomat, qui rebaptise la machine Lumitype Photon. La première démonstration publique a lieu à New York en 1949, et le premier livre entièrement composé sans plomb, The Wonderful World of Insects, paraît en 1953. Ce procédé, qui dématérialise la lettre d’imprimerie, marque le début d’un nouveau virage pour l’industrie graphique, où la lumière remplace définitivement le plomb.
La Lumitype connaît un succès commercial croissant dans les années 1950 et 1960, mais son développement est freiné par des coûts élevés et des retards techniques. En France, Charles Peignot, directeur de la fonderie Deberny et Peignot, perçoit tout le potentiel de la Lumitype et en devient l’un des principaux défenseurs, bien que la société finisse par déposer son bilan en 1974. Parallèlement, d’autres fabricants comme Linotype et Monotype lancent des photocomposeuses concurrentes, mais c’est la Lumitype qui reste le symbole de la modernisation des industries graphiques jusqu’à l’arrivée de l’informatique et de la publication assistée par ordinateur dans les années 1980.
