Les Européens masquent mal leur malaise après l’opération US au Venezuela

Les États-Unis ont lancé, dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, une opération militaire d’envergure baptisée « Absolute Resolve » qui, menée par les forces spéciales Delta Force depuis des hélicoptères protégés par des drones et des bombardiers, a permis de capturer le président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores à Caracas, avant que ceux-ci ne soient exfiltrés vers New York où ils comparaîtront lundi devant un juge fédéral pour trafic de drogue. Alors que Donald Trump annonçait triomphalement sur Truth Social la fin de la « dictature Maduro » qui, selon lui, menaçait les intérêts américains via des liens avec des cartels, les capitales européennes peinaient, dès le lendemain, à formuler une réaction cohérente puisque l’Union européenne, par la voix de sa haute représentante Kaja Kallas, appelait à la « modération » et au respect du « droit international » sans condamner frontalement l’intervention unilatérale. Cette prudence, qui surprenait les observateurs parce qu’elle contrastait avec les critiques virulentes de la Chine, de la Russie et de l’Iran qualifiant l’assaut de « violation flagrante de la souveraineté », révélait un embarras profond chez les dirigeants du Vieux Continent qui, tout en soutenant traditionnellement les sanctions contre Caracas, répugnaient à endosser une action militaire perçue comme une résurgence de la doctrine Monroe.

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, déclarait ainsi que « toute solution doit respecter la Charte des Nations unies » lorsque, dans le même temps, Roberta Metsola, présidente du Parlement européen, saluait en espagnol une « Venezuela libre » qui, selon certains analystes, trahissait les divisions internes au sein de l’UE confrontée à un dilemme majeur. En France, Emmanuel Macron prenait acte de la « fin de la dictature » tandis que le ministre Jean-Noël Barrot rappelait, sur X, que « aucune solution ne saurait être imposée de l’extérieur » parce que les peuples souverains décidaient seuls de leur avenir, une position nuancée qui, critiquée par la gauche comme complaisante envers Washington, illustrait l’hésitation européenne face à un allié atlantique essentiel en pleine négociation sur l’Ukraine. Les 27 États membres réagissaient en ordre dispersé puisque, si l’Allemagne et l’Italie insistaient sur la « désescalade », d’autres comme l’Espagne restaient muettes initialement, ce qui, comparé aux condamnations immédiates du Mexique et de la Colombie, soulignait un malaise collectif né de l’opération surprise menée sans aval onusien.

Cette intervention américaine, qui succédait à des mois de renforcement naval en mer des Caraïbes incluant le porte-avions USS Gerald R. Ford et qui visait explicitement les ressources pétrolières de l’Orénoque via un blocus renforcé annoncé par Marco Rubio, ravivait des souvenirs douloureux puisque, jadis au XXe siècle, des opérations similaires comme celle de Panama en 1989 avaient embarrassé les Européens contraints de suivre Washington malgré leurs réserves. Le secrétaire d’État Rubio précisait que les États-Unis n’entendaient pas gouverner quotidiennement le Venezuela mais exerceraient une pression via l’interception de pétroliers, une stratégie qui, tout en promettant des changements alignés sur les intérêts américains, exacerbait les tensions internationales alors que le Conseil de sécurité de l’ONU se réunissait lundi à la demande de Caracas. L’opposition vénézuélienne, représentée par María Corina Machado, saluait l’action tandis que la vice-présidente Delcy Rodríguez, autoproclamée intérimataire par la Cour suprême et l’armée, jurait loyauté à Maduro et dénonçait des « assassinats » parmi les forces de sécurité, un chaos post-opération qui compliquait davantage la position européenne.

Les enjeux pétroliers, cruciaux pour l’Europe dépendante des importations, et géopolitiques, avec un Trump réaffirmant sa suprématie hémisphérique, expliquaient ce tiraillement puisque, si Maduro incarnait un régime autoritaire sanctionné depuis 2017, l’usage de la force unilatérale rappelait des précédents risqués comme l’invasion de l’Irak en 2003 qui, ayant divisé l’UE, avait érodé sa crédibilité mondiale. Alors que des alliés pro-Trump comme l’Argentine et Israël applaudissaient, les Européens, cherchant à ménager Washington tout en préservant leur image de défenseurs du multilatéralisme, optaient pour des déclarations tièdes qui, selon des commentateurs comme James Kanter, les faisaient passer pour des acteurs secondaires incapables d’influer sur les événements. Cette opération, survenue après des frappes sur plus de 30 bateaux soupçonnés de trafic, posait ainsi la question d’une transition vénézuélienne viable que l’UE, par son silence relatif, semblait déléguer aux Américains.

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