Les lycaons votent-ils vraiment par éternuements ?

Chez les lycaons d’Afrique, espèce de canidés menacée qui vit en meute très structurée, les chercheurs ont mis en évidence un curieux système de « vote » par éternuements lorsqu’il s’agit de décider si le groupe doit partir chasser ou rester au repos, ce qui illustre la complexité de leurs prises de décision collectives.

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Au cours de rassemblements sociaux appelés « rallies », qui surviennent lorsque la meute se réveille après une phase de repos, les individus qui souhaitent se mettre en mouvement éternuent de manière répétée, tandis que les autres restent silencieux ou participent moins activement, de sorte que le nombre total d’éternuements permet d’atteindre ou non un seuil à partir duquel le départ pour la chasse devient beaucoup plus probable. Les études de terrain menées au Botswana ont ainsi montré que, lorsque le signal de départ provenait d’individus de haut rang, un petit nombre d’éternuements suffisait à déclencher le mouvement, alors que, lorsque l’initiative venait d’animaux subalternes, il fallait un nombre beaucoup plus élevé de « votes » pour que la meute se décide à quitter le site de repos, ce qui indique que cette forme de quasi‑démocratie reste fortement modulée par la hiérarchie sociale.

Une chasse collective très efficace

Même si certains récits anciens présentaient la chasse des lycaons comme une longue poursuite organisée en relais très stricts, durant laquelle des groupes se seraient relayés méthodiquement pour épuiser la proie, des travaux plus récents fondés sur des colliers GPS ont montré que les meutes recourent plutôt à une succession de courtes poursuites opportunistes, chacun des chiens participant à différents moments de la chasse tout en profitant des bénéfices du partage collectif de la carcasse. Dans ces habitats de savane boisée, où les proies peuvent se dérober rapidement à la vue, cette stratégie de multiples chasses brèves, combinée à un déplacement groupé relativement dispersé, permet d’augmenter le taux de capture sans exiger une coordination millimétrée des positions ni un système de relais formalisé, ce qui rend la meute particulièrement robuste sur le plan énergétique.

Les observations de terrain, qui montraient déjà que les lycaons chassaient en groupe en s’appuyant sur leur endurance et sur des attaques répétées, ont été complétées par ces données biométriques, lesquelles indiquent que le taux de succès des attaques, grâce à la coopération et au partage des proies, peut dépasser celui de prédateurs plus emblématiques comme le lion, bien que la scène de chasse elle‑même demeure souvent chaotique en apparence.

Des petits nourris avant les adultes

Dans l’organisation sociale des lycaons, qui repose sur un couple dominant mais sur une entraide poussée entre tous les membres de la meute, un trait frappe particulièrement les zoologues, puisqu’il s’agit de la priorité donnée aux jeunes au moment du nourrissage. Lorsque la meute effectue une mise à mort et que les jeunes ont quitté le terrier, les observations montrent que les louveteaux, qui ne chassent pas encore efficacement, accèdent les premiers à la carcasse, tandis que les adultes se tiennent en retrait et, le cas échéant, régurgitent de la nourriture pour les petits ou pour des congénères affaiblis, ce qui souligne l’importance des liens de solidarité au sein du groupe.

Cette organisation, qui peut surprendre si l’on compare avec d’autres grands carnivores où les adultes dominants se servent d’abord, s’explique par le fait que la survie de la meute dépend directement de la croissance rapide de la nouvelle génération, alors que les adultes, plus robustes, peuvent différer leur accès à la nourriture sans compromettre immédiatement leur état physique.

Quand les femelles quittent la meute

Sur le plan de la dispersion, qui conditionne la diversité génétique des populations, les lycaons présentent un schéma inversé par rapport à de nombreux autres canidés, puisque ce sont souvent les femelles qui quittent la meute natale à la maturité, tandis que les mâles restent le plus souvent au sein du groupe où ils sont nés. Les jeunes femelles, qui se regroupent parfois avec d’autres femelles issues d’une meute voisine, rejoignent alors un groupe où elles ne sont pas apparentées aux mâles et, en s’y installant, contribuent à limiter la consanguinité, ce qui explique que les meutes présentent fréquemment une proportion de mâles plus élevée que celle des femelles.

Ce système, qui oblige les femelles à « fonder » de nouveaux groupes tout en laissant les mâles constituer le noyau stable de la meute, rapproche la dynamique sociale des lycaons de celle de certains primates sociaux, et montre à quel point cette espèce, souvent réduite à son image de prédateur, développe des structures familiales élaborées dont les conséquences se mesurent à l’échelle de la conservation.

Une organisation sociale qui interroge

Dans un contexte où la recherche cherchait depuis longtemps à identifier des formes de décision collective chez les animaux sociaux, le fait que des lycaons utilisent un signal aussi banal que l’éternuement comme mécanisme de quorum, qui est modulé par le rang des individus, amène les scientifiques à reconsidérer la manière dont s’expriment l’initiative et le compromis dans les groupes non humains. Alors que les menaces qui pèsent sur l’espèce, comme la fragmentation des habitats et les conflits avec les activités humaines, ne cessent de s’intensifier, la compréhension fine de ces comportements sociaux et de ces stratégies de chasse, qui montrent une forte capacité d’adaptation collective, apparaît comme un enjeu important pour concevoir des programmes de protection mieux adaptés, si bien que chaque nouvelle observation de ces chiens sauvages interroge la frontière que l’on croyait nette entre décisions humaines et décisions animales.

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