Brigitte Bardot, icône du cinéma français qui s’est éteinte dimanche à l’âge de 91 ans, reste gravée dans les mémoires canadiennes comme l’activiste acharnée qui, dès 1976, avait dénoncé publiquement la chasse commerciale aux phoques alors que cette pratique, soutenue par des communautés côtières, générait des revenus essentiels pour les pêcheurs de l’Atlantique.
Au Canada, où les médias comme CityNews rappellent que Bardot fut la première célébrité de premier plan à s’élever contre cette chasse qui, bien que réglementée depuis 1987 pour interdire la mise à mort des phoques blancs (whitecoats), continue d’opposer militants animalistes et défenseurs économiques des régions comme Terre-Neuve ou le Nunavut, son engagement apparaît à la fois comme un catalyseur de débats mondiaux et comme une source de tensions persistantes. En 1977, lorsqu’elle débarqua à Terre-Neuve pour assister de ses yeux à la tuerie qu’elle qualifiait déjà de « barbare », Bardot, photographiée enlaçant un bébé phoque harp, provoqua une chute brutale des prix des peaux qui, selon la CBC, affecta durablement les moyens de subsistance des chasseurs Inuit et des familles dépendant de cette activité traditionnelle.
Vingt-neuf ans plus tard, en 2006, Bardot revint au Canada où, marchant avec peine à l’aide de cannes alors qu’elle espérait rencontrer le premier ministre Stephen Harper qui refusa toutefois l’entrevue, elle plaida lors d’une conférence de presse à Ottawa pour l’arrêt définitif de ce « massacre » avant sa mort, un appel que le gouvernement conservateur ignora tandis que sa fondation, créée en 1986, poursuivait inlassablement sa croisade contre les spectacles animaux et les tests sur bêtes. Par la suite, Bardot élargit son combat au pays puisqu’en 2022, elle adressa une lettre virulente au maire de Longueuil près de Montréal, condamnant le projet de « massacre à l’arbalète » de 105 cerfs dans le parc Michel-Chartrand qui, justifié par la ville pour rétablir un équilibre écologique, se solda malgré ses protestations par l’abattage des animaux dans un lieu prisé des familles. Ces interventions, qui rappelaient immanquablement les racines profondes de son virage animaliste amorcé dans les années 1970 lorsque le glamour hollywoodien cédait la place à une vocation militante, soulignaient un paradoxe canadien où, d’un côté, des sénateurs de Colombie-Britannique ou du Labrador plaidaient l’an dernier pour lever l’interdiction européenne des produits de phoques afin de contrer les « impacts socio-économiques désastreux », tandis que de l’autre, la Fondation Bardot réclamait une protection accrue des animaux marins même après ses 90 ans.
Aujourd’hui, alors que l’Union européenne examine toujours son embargo sur ces importations qui, lancé sous l’impulsion d’activistes comme Bardot, divise encore Ottawa et Bruxelles, les réactions au décès de l’icône se multiplient au Canada où Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd qu’elle soutint pendant près de 50 ans, évoque sur RTL leur première rencontre qui, marquée par son ignorance initiale de la star, forgea une alliance indéfectible contre la chasse. Les Français expatriés à Montréal, interrogés par TVA Nouvelles, confirment que Bardot, qui avait sensibilisé le monde entier dès 1977 aux images de bébés phoques massacrés sur la banquise, « marqua une sacrée génération » même si, au Canada, son legs oscille entre admiration pour son courage et ressentiment économique persistant.
Cette vue du Canada, nuancée par des décennies de controverses où Bardot incarna à la fois la muse sensuelle des années 1950 et la guerrière animaliste inflexible, interroge sur l’héritage d’une femme qui, jusqu’à son dernier souffle, défia les traditions nordiques pour imposer une éthique globale.
