L’Union européenne a décidé de ne plus imposer un passage au 100% électrique en 2035, en autorisant une part résiduelle de moteurs thermiques et hybrides sous conditions strictes.
Ce que change la nouvelle décision
Mardi 16 décembre, la Commission européenne a confirmé un infléchissement majeur de sa stratégie climatique pour l’automobile, en pleine crise du secteur sur le Vieux Continent. Le cap de 2035 est maintenu, mais il ne correspond plus à une interdiction totale des moteurs à combustion dans les voitures neuves.
Désormais, les constructeurs pourront continuer à vendre, au-delà de cette date, une part limitée de véhicules thermiques ou hybrides, à condition de compenser intégralement les émissions de CO2 associées à ces “flexibilités”. Cette ouverture inclut notamment les modèles fonctionnant avec des carburants de synthèse ou d’autres énergies considérées comme neutres en carbone.
Un revirement aux racines anciennes
Depuis 2023, le règlement européen affichait l’objectif de réduire à zéro les émissions de CO2 des voitures neuves en 2035, ce qui revenait de fait à écarter essence, diesel et hybrides. Le texte avait été présenté comme une pièce maîtresse du Pacte vert et du paquet “Fit for 55”, destiné à aligner transports et neutralité carbone à l’horizon 2050.
Mais dès 2023, l’Allemagne obtenait déjà une première brèche avec la promesse d’une dérogation pour les moteurs fonctionnant exclusivement aux e‑carburants neutres en carbone. Ces tensions annonçaient un débat plus large sur la place de l’électrique et la nécessité de ménager l’industrie, les sous-traitants et les automobilistes européens.
Un compromis présenté comme “pragmatique”
Le commissaire européen à la stratégie industrielle, Stéphane Séjourné, a salué une approche “pragmatique” face aux difficultés d’adhésion des consommateurs au tout-électrique. Bruxelles estime que l’offre de véhicules 100% électriques reste insuffisante pour basculer l’ensemble du marché dès 2035, notamment pour les segments les plus abordables.
Ce compromis conserve l’objectif de neutralité climatique mais en l’assouplissant par un bouquet technologique incluant électrique, hydrogène, hybrides à faibles émissions et carburants alternatifs. La stricte interdiction des moteurs à combustion est donc écartée, au profit d’un pilotage par les émissions moyennes de flotte et des mécanismes de compensation carbone.
Enjeux pour constructeurs et automobilistes
Pour les constructeurs, cette inflexion offre un répit industriel et social, en conservant une partie des chaînes thermiques tout en poursuivant les investissements massifs dans l’électrique. Les marques misant sur les hybrides rechargeables ou les technologies de prolongation d’autonomie devraient bénéficier d’une marge de manœuvre accrue dans leurs gammes européennes.
Pour les automobilistes, la transition s’annonce plus progressive, avec le maintien d’offres thermiques et hybrides neuves au-delà de 2035, mais dans un cadre réglementaire plus complexe et potentiellement plus coûteux. L’accès aux carburants de synthèse, encore chers et peu disponibles, restera un point clé pour mesurer l’impact réel de ce revirement sur le portefeuille des ménages.
Questions ouvertes pour le climat
Ce réajustement nourrit déjà les interrogations sur la trajectoire climatique de l’UE et la crédibilité de ses engagements pour 2050. Les défenseurs du tout-électrique redoutent un signal brouillé envoyé aux investisseurs, tandis que les sceptiques y voient enfin une prise en compte des réalités industrielles et sociales.
Le débat va désormais se déplacer sur la définition précise des carburants “neutres en carbone”, les dispositifs de contrôle et les plafonds de cette part résiduelle de moteurs thermiques. Autant de paramètres qui détermineront si ce compromis représente un simple ajustement technique ou un véritable tournant dans la politique climatique européenne.
